Le maire de Lévis, Gilles Lehoullier, n’achète pas l’argument d’Ottawa à l’effet que le ministère de la Défense nationale n’a pas besoin d’un deuxième pétrolier ravitailleur pour approvisionner en mer les navires de la flotte canadienne.

«Ottawa veut-il fermer Davie?»

«C’est à se demander s’il n’y a pas, à Ottawa, une volonté de fermer Chantier Davie. De fermer la bonbonne d’oxygène.»

Le maire de Lévis, Gilles Lehoullier, s’interroge sur les réelles intentions du gouvernement fédéral à l’égard du chantier maritime de «sa» ville.

Il n’achète pas l’argument d’Ottawa à l’effet que le ministère de la Défense nationale n’a pas besoin d’un deuxième pétrolier ravitailleur pour approvisionner en mer les navires de la flotte canadienne.

«Cette démonstration-là, on ne nous l’a pas faite encore. Deux comités, l’un de la Chambre des communes et l’autre du Sénat, disent plutôt qu’il s’agit d’une nécessité absolue. Nous, de notre côté, nous sommes convaincus qu’il s’agit bel et bien d’une nécessité absolue», affirme-t-il.

Gilles Lehouiller martèle que Davie ne peut plus attendre.

Jeudi dernier, 113 travailleurs et une cinquantaine d’employés contractuels ont appris qu’ils étaient temporairement mis à pied. Une autre vague de licenciements pourrait frapper aujourd’hui. Entre 300 et 350 salariés, cette fois, pourraient être renvoyés à la maison.

Le maire de Lévis n’en démord pas. La bouée de sauvetage de Davie, c’est l’Obelix. Le deuxième pétrolier ravitailleur que ne veut pas le gouvernement fédéral. Le départ de son jumeau — l’Asterix — dans les prochains jours provoque déjà une saignée dans les rangs des salariés.

«Si nous voulons garder l’expertise au sein de Chantier Davie, ça prend un contrat très rapidement. Et le contrat que Davie peut obtenir le plus rapidement, c’est celui du deuxième pétrolier ravitailleur.»

Gilles Lehouiller précise qu’Ottawa n’a pas un seul billet vert à mettre sur la table puisque Davie — comme il l’a fait avec l’Asterix (650 millions $) — finance la construction du bateau. Davie n’a besoin que d’une lettre d’intention d’Ottawa.

«D’envergure nationale»

Chose certaine, la pression sur les libéraux de Justin Trudeau risque de monter d’un cran.

Selon le maire de Lévis, un comité de mobilisation «d’envergure nationale» est en voie de formation. Il regrouperait des ministres du gouvernement du Québec, des députés de diverses formations politiques, des maires et des leaders économiques.

Des rencontres sont prévues au cours des prochains jours pour élaborer un plan d’action.

«Si le fédéral pense que l’on va lâcher le morceau, il va avoir des petites surprises. Nous allons maintenir le cap afin de corriger l’injustice commise en 2011» alors que le Québec avait fait chou blanc à l’occasion de l’attribution des premiers contrats de la Stratégie nationale de construction navale.

Jeudi matin, le député solidaire Amir Khadir se rendra au chantier pour rencontrer des travailleurs et prendre un egoportrait avec eux. L’image sera envoyée à Justin Trudeau qui aurait refusé de rencontrer les représentants des syndiqués.

En après-midi, ça sera au tour des députés conservateurs Steven Blaney, Tony Clement, Todd Doherty et Pierre-Paul Hus de s’installer devant la guérite du chantier pour accentuer la pression sur les «rouges» à Ottawa.