Le chantier naval Seaspan Marine, de Vancouver se consacrera plus rapidement que prévu à la construction de deux nouveaux navires de soutien permanents de la Marine, d'un coût total de 3,4 milliards $.

Ottawa devance la construction d'un navire, ce qui risque d'irriter la Davie

OTTAWA — Le gouvernement fédéral prévoit d'accélérer la construction, à Vancouver, d'un des deux nouveaux navires de soutien permanents pour la Marine royale canadienne, une décision qui risque de mécontenter au chantier maritime Davie, à Lévis.

La Stratégie nationale de construction navale, un programme de plusieurs milliards de dollars, prévoyait pourtant que le chantier naval Seaspan Marine, de Vancouver, construise d'abord un navire océanographique pour la Garde côtière canadienne avant de se consacrer aux deux nouveaux navires de soutien permanents de la Marine, d'un coût total de 3,4 milliards $.

Mais le ministère des Services publics et de l'Approvisionnement a indiqué mardi que le gouvernement avait accepté la proposition de Seaspan d'achever d'abord l'un des deux navires de soutien avant de passer au navire scientifique. Cette décision signifie que ce nouveau navire de soutien serait vraisemblablement livré avant l'échéancier prévu de 2023.

Or, le chantier québécois Davie, concurrent de Seaspan, a obtenu en 2015 un contrat de 700 millions $ visant à convertir un porte-conteneurs civil en navire de soutien temporaire, l'Astérix, puis à le louer à la Marine pendant au moins cinq ans. Le contrat était destiné à combler plus rapidement le vide créé par la mise au rancart anticipée des deux navires de soutien de la Marine.

Le gouvernement du Québec, la Davie et les partis d'opposition aux Communes ont alors fait pression sur Ottawa pour qu'il loue un deuxième navire temporaire, au coût de 500 millions $, afin de soutenir la Marine, mais aussi les travailleurs du chantier naval de Lévis, qui a dû mettre à pied des centaines d'employés depuis 2017. On plaidait alors que la livraison des deux navires de soutien par le chantier Seaspan était constamment reportée.

«Si c’est vrai, ce serait contre tout bon sens et constituerait une insulte pour les contribuables canadiens», a déclaré le porte-parole de la Davie, Frédérik Boisvert. «Le principe le plus fondamental de la Stratégie nationale de construction navale était de commencer par des projets plus petits afin de permettre aux chantiers navals de faire leurs preuves avant de passer à de projets plus grands et plus complexes. Seaspan a échoué lamentablement sur tous les plans : coûts, échéancier et qualité. Ce chantier devrait se retrouver sur la liste noire du gouvernement au lieu d’être récompensé pour son échec», a-t-il ajouté.

Sauver des emplois à Vancouver

La décision de terminer d'abord le premier navire de soutien permettra de «poursuivre sur une même lancée», a expliqué mardi le porte-parole de Services publics et Approvisionnement Canada, Pierre-Alain Bujold. Les travailleurs ne seront pas inactifs, ou carrément mis à pied, en attendant de construire le navire océanographique, a ajouté M. Bujold. Cela donnera aussi le temps nécessaire pour que des leçons soient tirées du premier navire de soutien interarmées avant la construction du deuxième.

«Cette décision est sensée, a-t-il soutenu. Elle constitue un excellent exemple de la manière dont la [Stratégie nationale de construction navale] nous permet de faire preuve de souplesse afin de répondre aux exigences de la Marine royale canadienne et de la Garde côtière, tout en améliorant l'efficacité des chantiers navals.»

M. Bujold a indiqué que des détails supplémentaires sur l'échéancier de livraison du premier navire de soutien seraient fournis dans les mois à venir, mais des sources indiquent que ce pourrait être avant 2023.

De passage à Québec le 25 janvier dernier, Justin Trudeau avait fait face à un barrage de questions au sujet du refus de son gouvernement d'accorder un deuxième contrat au chantier naval Davie pour convertir un autre bateau en navire de soutien, l'Obélix. Le premier ministre a alors soutenu qu'il cherchait des moyens de fournir plus de travail au chantier de Lévis, mais il a précisé qu'un deuxième navire de soutien n'était tout simplement pas requis pour le moment à la Marine.

Le vice-amiral Ron Lloyd, commandant de la Marine, a lui aussi confié à La Presse canadienne lors d'une récente interview qu'il était «à l'aise» avec un seul navire de soutien temporaire pour ravitailler en mer les navires en carburant, en nourriture et en munitions.