Le ministre des Finances fédéral, Bill Morneau, ne devrait pas avoir à demander aux Canadiens de se serrer la ceinture lors du prochain budget.
Le ministre des Finances fédéral, Bill Morneau, ne devrait pas avoir à demander aux Canadiens de se serrer la ceinture lors du prochain budget.

Ottawa aurait la marge de manœuvre pour augmenter ses dépenses

OTTAWA — Le directeur parlementaire du budget (DPB) affirme que le gouvernement fédéral — tout comme le gouvernement du Québec, d’ailleurs — dispose de la marge de manoeuvre nécessaire pour augmenter ses dépenses tout en demeurant financièrement viable à long terme, ce qui n’est pas le cas de nombreuses provinces.

Selon le DPB, Yves Giroux, le gouvernement fédéral, sur la base de ses politiques et programmes actuels, pourrait augmenter de façon permanente ses dépenses ou réduire les impôts d’environ 41 milliards $, tout en maintenant à long terme la proportion actuelle de la dette nette par rapport au PIB, qui est de 28,5 %.

En entrevue avec La Presse canadienne, M. Giroux a toutefois prévenu que «cela pourrait changer si le gouvernement modifiait les paramètres des programmes ou se mettait à dépenser sans compter, ou encore s’il créait de nouveaux programmes».

Il s’agit probablement d’une bonne nouvelle pour le gouvernement libéral, qui est souvent critiqué par les conservateurs pour avoir empilé des dizaines de milliards de dollars de dette fédérale supplémentaire au cours des dernières années. Ce rapport du DPB pourra certainement donner aussi des munitions au ministre des Finances, Bill Morneau, qui déposera bientôt son premier budget de gouvernement minoritaire.

L’évaluation faite par le DPB indique par ailleurs que le Québec, la Nouvelle-Écosse et l’Ontario ont toutes une marge de manoeuvre pour augmenter leurs dépenses ou réduire les impôts. Le Québec pourrait ainsi augmenter ses dépenses ou réduire les taxes et impôts de manière permanente dans une proportion correspondant à 1,1 % de son PIB, alors que cette marge de manoeuvre est de 0,1 % en Ontario.

Les mesures requises par le gouvernement du Nouveau-Brunswick pour assurer sa viabilité financière seraient par contre de 0,7 % du PIB — comme en Alberta. L’évaluation de M. Giroux est moins rose pour le Manitoba, la Saskatchewan et Terre-Neuve-et-Labrador, qui risquent d’être submergées par leur dette à long terme, selon lui. Cela s’explique en partie par la hausse des coûts des soins de santé ainsi que par la baisse prévue des transferts fédéraux.

Le gouvernement fédéral pourrait utiliser une partie de sa propre marge financière pour aider ces provinces, en modifiant la formule des paiements de péréquation, croit M. Giroux. Ottawa pourrait aussi réduire ses taux d’imposition pour permettre aux provinces d’augmenter les leurs afin de combler l’écart, a déclaré le directeur parlementaire du budget.

Pas de baisse des dépenses

Le déficit fédéral de l’an prochain devrait atteindre 28,1 milliards $, sans tenir compte des promesses électorales que les libéraux dévoileront dans leur prochain budget — comme le programme national d’assurance-médicaments.

Le ministre Morneau a déclaré au Comité des finances de la Chambre des communes, plus tôt ce mois-ci, qu’il ne prévoyait pas de réduction radicale des dépenses. «De toute évidence, retirer rapidement une part importante de l’économie aurait un impact négatif sur la croissance», disait-il.

Dans son Rapport sur les dépenses fiscales fédérales, déposé aux Communes jeudi, le gouvernement libéral prévoit des dépenses de 304 milliards $ pour le prochain exercice, une évaluation qui ne tient pas compte, toutefois, des promesses électorales ou de toute autre dépense imprévue. Il s’agit d’une augmentation de 5 milliards $ par rapport à la même période l’an dernier — et 28 milliards $ de plus que l’année précédente.

Statistique Canada dévoilera vendredi l’évolution de l’économie au cours des trois derniers mois de 2019. Et la semaine prochaine, la Banque du Canada devrait mettre à jour son taux directeur.

Les prévisions de la banque centrale et de M. Giroux suggèrent que les statistiques de vendredi montreront un ralentissement de l’économie, attribuable en partie à l’arrêt du trafic ferroviaire lors d’une grève du CN en novembre, qui se répercutera aussi sur les premiers mois de 2020.

Par ailleurs, la confluence du coronavirus et des perturbations plus récentes du trafic ferroviaire en appui aux chefs héréditaires de la première nation des Wet’suwet’en ont énervé les regroupements d’entreprises, qui ont demandé au ministre Morneau de revoir son plan budgétaire.

Dans une lettre au ministre, la semaine dernière, le président du Conseil canadien des affaires, Goldy Hyder, estimait qu’»une économie faible rendrait difficile le maintien de services publics vitaux dont dépendent les Canadiens tout en relevant les défis du changement climatique et du vieillissement de la population».