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Ottawa accepte de prêter jusqu’à 700 millions$ à Transat [VIDÉO]

Julien Arsenault
La Presse canadienne
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Alors que ses avions sont cloués au sol, Transat A.T. pourra emprunter jusqu'à 700 millions $ auprès d'Ottawa afin de rembourser ses clients dont les vols ont été annulés en raison de la pandémie de COVID-19, en plus de poursuivre ses activités tout en continuant de discuter avec Pierre Karl Péladeau, toujours intéressé à acquérir le voyagiste.

Ce financement, qui a fait l'objet de plusieurs mois de négociations, sera octroyé par l'entremise du Crédit d'urgence pour les grands employeurs (CUGE), le même programme ayant permis à Air Canada — dont le mariage avec Transat A.T. a été annulé le 2 avril dernier — d'avoir accès à 5,9 milliards $ le 12 avril.

Au cours de l'assemblée annuelle des actionnaires, qui s'est déroulée jeudi, quelques heures après l'annonce, la haute direction de Transat A.T. a estimé qu'il s'agissait «probablement» de sa «meilleure journée» depuis le début de la crise sanitaire.

«Nous allons pouvoir concentrer nos efforts sur la relance et le plan stratégique dans les années à venir pour construire une entreprise solide et rentable», a dit le président et chef de la direction du voyagiste, Jean-Marc Eustache, à l'occasion du rendez-vous annuel.

À la Bourse de Toronto, le titre de Transat A.T. a pris de l'altitude dans la foulée de l'annonce. L'action s'est appréciée de 27 cents, ou 5,96 %, pour clôturer à 4,80 $.

L'aide s'accompagne d'une série de conditions, notamment en matière de rémunération des hauts dirigeants, dont la paye globale — excluant le régime de retraite — ne pourra dépasser 1 million $ tant et aussi longtemps que l'argent n'aura pas été remboursé. L'entreprise n'aura pas le droit de verser des dividendes et de racheter des actions.

Transat A.T. devra également maintenir le plancher de 772 employés actifs observé en date de mercredi. Ce niveau demeure loin de l'effectif évalué à quelque 5200 salariés avant la crise.

PKP toujours dans le portrait

La société continue également de discuter avec M. Péladeau, qui a déjà indiqué publiquement qu'il était intéressé à offrir 5 $ pour chacune des actions en circulation.

«Nous avons des discussions très cordiales qui se poursuivent depuis un certain temps, a dit M. Eustache à ce sujet. On continue les discussions pour en arriver à une offre formelle à un moment donné, s'entendre sur une proposition ferme et contraignante. Donc, je dirais, les discussions vont très bien.»

Celui-ci n'a pas voulu dire si d'autres acquéreurs potentiels s'étaient manifestés. L'actionnaire de contrôle de Québecor n'a pas commenté les déclarations de M. Eustache.

Transat A.T. avait déjà signalé avoir besoin d'au moins un demi-milliard de dollars pour traverser l'année.

Jusqu'à 390 millions $ du financement obtenu seront consacrés à soutenir ses activités, alors que 310 millions $ serviront à rembourser les voyageurs dont le départ était prévu à compter du 1er février 2020 et pour lequel un crédit de voyage a été émis en raison de la crise sanitaire. En date du 31 janvier, les crédits de voyage représentaient 519,1 millions $, dont 44 % étaient placés en fiducie.

En tenant compte de ses facilités de crédit existantes, l'entreprise a accès à 820 millions $. Elle disposait également de liquidités de 303 millions $ au 31 janvier.

Néanmoins, le voyagiste a indiqué qu'il entend également frapper à la porte du gouvernement Legault, qui a déjà ouvert la porte à un coup de pouce financier. Le chef de la direction financière de Transat A.T., Denis Pétrin, a expliqué que l'on cherchait des «solutions» pour réduire les «coûts d'emprunt».

«C'est une bonne nouvelle, a commenté à Québec le premier ministre François Legault, à propos de l'entente du voyagiste avec Ottawa. On va continuer nos discussions avec Transat. Si c'est nécessaire de les aider […] c'est certain qu'on veut garder Transat en vie. Je vais faire attention parce que j'ai un attachement un peu sentimental.»

D'autres enjeux

Même si le financement offert par le gouvernement fédéral constitue une bonne nouvelle, Transat A.T. est toujours confrontée à des «défis majeurs», a toutefois prévenu Cameron Doerksen, de la Financière Banque Nationale.

«Puisque les restrictions de voyage continuent d'être resserrées au Canada, nous ne voyons aucun scénario où Transat disposerait d'une capacité significative pour la saison estivale», a écrit l'analyste dans une note envoyée à ses clients.

Selon M. Doerksen, la dette du voyagiste pourrait s'élever à 940 millions $ l'an prochain, ce qui constitue un «fardeau d'envergure» pour une compagnie dont la valeur boursière oscille aux alentours de 180 millions $.

Dans son plus récent rapport annuel, Transat A.T. anticipait qu'il faudrait attendre jusqu'en 2023 avant de voir ses activités retrouver un niveau comparable à celui d'avant la crise sanitaire.

Les avions d'Air Transat sont cloués au sol depuis janvier à la suite de la demande du gouvernement Trudeau de suspendre temporairement les voyages vers les destinations soleil afin d'aider à freiner la propagation du nouveau coronavirus.

La relance progressive était prévue vers la mi-juin, mais dans le contexte actuel, tout indique que la pause forcée se prolongera. Selon M. Pétrin, Transat A.T. perd mensuellement 30 millions $. Mais si l'exercice en cours sera encore teinté d'encre rouge, M. Eustache a laissé entendre que l'entreprise pourrait être au seuil de l'équilibre en 2022.

«Transat est une société de loisir, a-t-il dit. C'est la clientèle qui va revenir et on imagine qu'elle va revenir assez rapidement. On peut imaginer que l'hiver prochain, on sera peut-être à 50 % du niveau par rapport à l'hiver 2020. On peut imaginer cela. On peut imaginer plus aussi.»

Dans le cadre de l'entente intervenue avec Ottawa, le voyagiste a également émis 13 millions de bons de souscription au gouvernement fédéral, ce qui lui permettrait d'acheter des actions de Transat A.T. au prix de 4,50 $. La participation gouvernementale dans l'entreprise ne pourrait pas dépasser 19,9 %.

Quelques détails du financement

- Une facilité de crédit non renouvelable de 78 millions $ garanti par les actifs de la compagnie portant intérêt au taux offert en dollars canadiens majoré de 4,5 %.

- Une somme de 312 millions $ sous forme de facilité de crédit non renouvelable à un taux d'intérêt de 5 % la première année, 8 % la deuxième et 2 % par la suite.

- Une facilité de crédit non garantie de 310 millions $ pour rembourser les voyageurs dont les vols ont été annulés après le 1er février 2020. Le montant est remboursable sur sept ans. Le taux d'intérêt est de 1,2 %.

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QUELQUES QUESTIONS ENTOURANT LES REMBOURSEMENTS 

Après avoir conclu une entente avec Ottawa pour emprunter jusqu'à 700 millions $, Transat A.T. remboursera ses clients ayant acheté un billet pour des vols dont le départ était prévu le 1er février 2020 ou après, mais qui ont été annulés en raison de la pandémie de COVID-19.

Tour d'horizon des différentes modalités.

Qui est admissible à un remboursement?

Les passagers concernés doivent avoir reçu un crédit de voyage qui n'a pas été transféré. Le départ devait être prévu pour le 1er février 2020 ou plus tard et la réservation devait avoir été effectuée avant le 29 avril 2021.

Parmi les autres mises en garde, l'entreprise souligne qu'il ne faut pas avoir soumis une demande de réclamation à une compagnie d'assurance, que la réservation ne fait pas l'objet d'une demande rétrofacturation active ou n'a pas déjà été remboursée par un émetteur de carte de crédit.

Comment demander un remboursement?

Les demandes peuvent être acheminées par l'entremise du formulaire en ligne sur le site web de l'entreprise.

Combien de temps faut-il attendre avant de recevoir son remboursement?

D'après Transat A.T., les délais peuvent s'échelonner sur trois mois en raison du nombre élevé de demandes. En marge de l'assemblée annuelle des actionnaires, le président et chef de la direction du voyagiste, Jean-Marc Eustache, a indiqué que la formule était celle du «premier arrivé, premier servi».

«En une heure, on en avait eu 10 000 (demandes), a dit M. Eustache. En une heure et demie, on en avait 30 000. On a (ajouté) 60 personnes supplémentaires pour répondre au téléphone.»

Il y aurait environ 550 000 clients à rembourser, selon le grand patron du voyagiste.

Quelle est la date limite pour soumettre des demandes?

Les demandes de remboursement doivent être acheminées par l'entremise du formulaire en ligne avant le 26 août. Au-delà de cette date, il ne sera pas possible d'obtenir un remboursement. L'entreprise a indiqué que le crédit de voyage demeurera valide pour effectuer une nouvelle réservation.

Le remboursement pourrait s'effectuer en plusieurs étapes. Il pourrait, par exemple, y avoir un premier versement pour un vol ou un forfait ainsi qu'un autre pour des «services auxiliaires» comme la sélection de sièges ou pour les bagages.

Dans le cas d'une réservation effectuée avec une agence de voyages ou un tiers?

Transat A.T. suggère de les contacter afin qu'ils puissent soumettre une demande en votre nom. Dans l'éventualité où il n'est pas possible de joindre l'agence concernée ou si celle-ci est fermée, il faut remplir, en ligne, un formulaire d'analyse de remboursement avant le 26 août.

Et si j'ai réservé après le 29 avril?

La politique de remboursement actuelle s'applique aux vols et aux forfaits réservés avant le 29 avril. Après cette date, si l'entreprise doit procéder à des modifications, les clients concernés seraient également admissibles à un remboursement.

Pour ceux qui ne veulent pas de remboursement:

Les clients qui souhaitent conserver leur crédit de voyage n'ont rien à faire. La somme demeurera au dossier avec les mêmes conditions et sera disponible au moment d'effectuer une nouvelle réservation. Transat a indiqué qu'on ne peut demander un remboursement partiel, car le crédit de voyage ne peut être «fragmenté». PC