L'abattoir Levinoff-Colbex, situé à Saint-Cyrille-de-Wendover, était le seul abattoir de bovins d'envergure dans l'est du Canada.

Offre d'achat pour l'abattoir Levinoff-Colbex

Une coopérative de producteurs de bovins a présenté avant Noël une offre d'achat à Investissement Québec pour les anciennes installations de l'abattoir Levinoff-Colbex qui a fait faillite en 2012. Le regroupement se dit à quelques jours de l'atteinte de son objectif de 500 membres qui lui permettrait de produire du boeuf certifié Québec de façon rentable.
La Coopérative d'abattage du Québec a vu officiellement le jour l'automne dernier, mais le projet est en branle depuis près d'un an. À l'origine, ses initiateurs espéraient rassembler 2000 membres, mais ont dû revoir leur objectif à la baisse. Jeudi, environ 475 éleveurs de bovins avaient adhéré à la coop, mentionnait au Soleil son président Paul Doyon. Il y a environ 10 000 producteurs de bovins au Québec.
Les producteurs comptent prendre leur place sur le marché extrêmement difficile de l'abattage bovin grâce à la valeur ajoutée que donnera la traçabilité de la viande qui sortira de leur usine. Celle-ci pourra être certifiée Québec, ce qui demeure une rareté dans le secteur bovin, alors que l'engouement pour l'achat local crée une demande.
À travers ce projet, c'est toutefois le problème de l'abattage de leurs animaux que ces éleveurs souhaitent régler.
Abattoir d'importance
Situé à Saint-Cyrille-de-Wendover, l'abattoir Levinoff-Colbex était le seul abattoir de bovins d'importance de l'est du Canada. Il était spécialisé dans l'abattage de vaches de réforme, soit les vaches laitières et les vaches reproductrices rendues en «fin de carrière» et qui se retrouvent en bonne partie en viande hachée. L'usine fermée, les producteurs n'ont d'autre choix que d'envoyer leurs animaux en Ontario ou aux États-Unis.
«Ça fait loin pour une vache qui part de la ferme et s'en va jusqu'en Pennsylvanie», dit Paul Doyon. Quant à l'origine de la viande qui revient de ce côté-ci de la frontière, elle est impossible à déterminer.
C'est en diminuant leurs coûts de transport que les coopérateurs espèrent pouvoir se mesurer aux géants nord-américains de l'abattage. Selon Paul Doyon, les producteurs pourront obtenir le prix du marché pour leurs bêtes, et la viande pourra être vendue à des prix comparables à ceux du marché pour une qualité équivalente.
Environ 75 personnes pourraient travailler à l'usine au départ, un nombre qui pourrait atteindre 130 à terme. D'ores et déjà, le syndicat a accepté des conditions de travail moins généreuses que sous l'ancienne administration.
Quelque 625 bêtes y seraient abattues chaque semaine. La coopérative prévoit aussi faire une place aux bouvillons, soit les jeunes boeufs élevés expressément pour leur viande. La découpe se fera sur place et la viande hachée préparée par une autre entreprise.
Le projet repose uniquement sur des fonds privés, provenant des membres de la coopérative et de partenaires privés qui acquerraient des blocs d'action. Plusieurs noms ont circulé, le distributeur Colabor, Viandes Première, le Groupe Dubé qui opérait l'ancien abattoir et le Fonds de solidarité de la FTQ.
Paul Doyon n'a pas voulu révéler le montant de l'offre qui a été faite à Investissement Québec pour l'acquisition de l'usine. Il dit toutefois que le Mouvement Desjardins «est très aidant» pour attacher la formule de financement.
Investissement Québec assure les coûts d'entretien des installations depuis la fermeture. L'ancienne propriétaire, la Fédération des producteurs de bovins du Québec, a dû se résoudre à mettre la clé sous la porte, car elle perdait trop d'argent. Le nouveau groupe fait le pari de pouvoir réussir grâce à un modèle d'affaires différent.