Le nouveau programme, qui mène à l’obtention d’une attestation d’études collégiales (AEC), est d’une durée de 12 mois.

Nouveau programme à Mérici pour pilotes commerciaux

Avec la forte pénurie de main-d’œuvre qui frappe l’aviation, le collège privé Mérici a décidé d’offrir un deuxième programme de pilotage qui commence ces jours-ci. La formation, plus courte, permet de former des pilotes commerciaux. Et les étudiants sont au rendez-vous, malgré les dizaines de milliers de dollars à débourser.

Depuis l’an dernier, l’établissement collégial privé propose une formation pour pilote de ligne de 18 mois (825 heures). Le programme, le seul à Québec, a connu un fort succès, précise Bruno Lemieux, responsable de la formation continue à Mérici collégial privé. En plus d’attirer les élèves québécois, la clientèle internationale a aussi été séduite. Environ 35 % des étudiants sont étrangers.

La première cohorte n’est donc pas encore diplômée que le collège diversifie son offre. «Ça répondait à un certain besoin, mais on voyait qu’il y a une clientèle québécoise aussi qui s’intéresse au pilote commercial, et qui veut faire du transport régional», explique M. Lemieux. «Le jeune Québécois, lui, ce qu’il veut, c’est étudier, aller sur le marché du travail.» S’il décide d’être pilote de ligne, il pourra ensuite poursuivre ses cours. «Donc la formation courte qu’on a développée s’adresse davantage à une clientèle locale, qui veut justement travailler pour les entreprises québécoises.»

Le nouveau programme, qui mène à l’obtention d’une attestation d’études collégiales (AEC), est d’une durée de 12 mois (465 heures), dont plus de 200 heures de vol. Mérici continue son partenariat avec Orizon Aviation, qui forme des pilotes depuis 15 ans.

Reconnu par le ministère

M. Lemieux ajoute aussi que le programme est le seul reconnu par le ministère de l’Éducation dans la région de Québec, ce qui permet d’octroyer un statut d’étudiant à temps plein aux apprentis. Ils ont aussi accès aux prêts et bourses.

Parce que bien que le programme soit reconnu par le ministère de l’Éducation, ce dernier ne le finance pas. L’étudiant devra donc débourser 64 500 $ pour les 12 mois de formation pour devenir pilote commercial ou 73 900 $ pour être pilote de ligne (18 mois).

Ces frais élevés rebutent-ils les candidats? M. Lemieux explique que les gens sont prêts à payer puisque les revenus après la formation sont intéressants.

«Les deux premières années de travail, le salaire va tourner autour de 35 000 $. Aussitôt que le jeune a atteint 1000 heures de vol, son salaire va grimper entre 50 000 $ et 80 000 $ par année. Ils savent qu’il y a un potentiel de rentabilité rapide de leur formation», note M. Lemieux.

Et quand on se compare, on se console. Le coût de la formation est très avantageux pour les Européens. M. Lemieux donne l’exemple d’un jeune Français, qui doit débourser quelque 125 000 euros (190 873 $CAN) dans l’Hexagone pour une formation similaire.

Il n’est pas exclu que l’école fasse une demande pour du financement éventuellement, mais pas à court terme. Vingt-deux élèves commencent à l’automne, la cohorte d’hiver pourrait grimper à 30 étudiants. «On dépasse largement nos objectifs d’admission.»

Le Centre québécois de formation aéronautique (CQFA) du Cégep de Chicoutimi offre une formation publique.

Garder les étudiants

«Les entreprises, de leur côté, au Canada et au Québec, leur enjeu c’est de conserver par la suite les étudiants ici. Il y a tellement d’opportunités : l’Asie, l’Afrique...» remarque-t-il.

Effectivement, les nouveaux pilotes ont l’embarras du choix. La pénurie est mondiale. Une conjoncture d’un nombre croissant de vols, de transporteurs, de départ à la retraite qui s’ajoutent à de nouvelles normes qui limitent le nombre d’heures des pilotes, résume M. Lemieux.

L’Organisation de l’aviation civile estimait en février qu’il faudra recruter plus de 620 000 pilotes de ligne d’ici 2036.

De nombreux petits joueurs ont par exemple perdu des pilotes ces dernières années au profit des grands transporteurs internationaux.

En juin 2016, le transporteur Grondair Aviation avait lancé un cri du cœur. En mai dernier, Le Soleil rapportait qu’il y avait un manque criant de pilotes au Service aérien gouvernemental. Le premier ministre Couillard indiquait qu’il fallait faciliter les choses pour les petites écoles privées de pilotage, qui peinent à se faire reconnaître par le ministère de l’Enseignement supérieur.

Par voie de communiqué, la ministre déléguée aux Transports, Véronyque Tremblay, s’est réjouie de la nouvelle. «Cette offre de formation supplémentaire sera assurément bénéfique pour la région».