Le professeur Laurent Bazinet était fier de faire visiter le nouveau laboratoire à la fine pointe de la technologie. Il est situé dans le pavillon Paul-Comtois, qui héberge la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation.

Nouveau laboratoire unique au Canada à l’UL

L’Université Laval a inauguré mardi un laboratoire multidisciplinaire sur la transformation alimentaire unique au Canada, axé sur la qualité des aliments et sur l’environnement. Et vous devriez éventuellement en voir les impacts dans votre assiette, sur votre santé et même sur la planète.

«Aujourd’hui, le secteur agroalimentaire ne doit plus seulement nourrir le monde. Il doit surtout répondre à nos nouveaux enjeux d’aliments santé», affirme le chercheur Laurent Bazinet, qui a porté le dossier du Laboratoire multidisciplinaire François-Bourgeois sur la qualité des aliments et l’écoconception des procédés.

Par exemple, le marché des nutraceutiques et des aliments fonctionnels — des produits ou aliments fabriqués à partir de substances alimentaires qui ont un effet bénéfique ou protecteur, comme les fameux oméga-3 —, est en croissance moyenne de 6 % par année. Un marché de 11 millards $ au Canada, «qu’il faut prendre», dit-il.

La transformation alimentaire est la deuxième industrie la plus importante du secteur manufacturier, l’équivalent de 300 000 emplois au pays.

Mais avec l’augmentation et la diversification des marchés, l’empreinte environnementale des entreprises s’accroît, alors même que le consommateur cherche de plus en plus à faire des choix qui respectent l’environnement.

«Ça retombe sur l’entreprise, qui doit faire des efforts pour changer son système de production, pour s’adapter aux besoins du consommateur», fait valoir M. Bazinet.

C’est là que le laboratoire se distingue. Toute la partie écoefficience, écoconception en bioalimentaire est unique au pays, affirme M. Bazinet. Une entreprise pourrait par exemple faire évaluer ses procédés pour trouver les failles ou des améliorations à y apporter.

Déchets à valeur ajoutée

Certains résidus pourront aussi être revalorisés pour diminuer l’empreinte environnementale. Imaginez les restes d’un saumon. Un déchet? Pas tout à fait. Pas si on extrait la protéine et qu’on la concentre pour en faire une capsule ou qu’on l’insère dans un autre aliment pour profiter de ses bienfaits dans le traitement du diabète ou de l’hypertension.

«On peut aller chercher des molécules très intéressantes dans les déchets», explique M. Bazinet. Ces nouveaux débouchés à haute valeur ajoutée créent de l’emploi et pourront avoir des impacts sur la santé humaine.

Le laboratoire a été complètement remis à neuf. Vieux de 50 ans, il était désuet et ne répondait plus aux normes, entre autres pour la sécurité. «Pour les étudiants, ce qui extrêmement intéressant, c’est qu’ils vont être formés aux toute dernières technologies, aux tout derniers procédés de fabrication et méthodes analytiques», précise le chercheur. Les recherches de l’université auront aussi une meilleure visibilité au pays et à l’international grâce à l’efficacité des appareils à la fine pointe de la technologie.

La métamorphose a coûté 5,2 millions $. Près de 3,5 millions $ proviennent du provincial, 900 000 $ de l’Université Laval, 400 000 $ de la Fondation canadienne pour l’innovation et 200 000 $ de fournisseurs.

Philanthropie

La Fondation François-Bourgeois a aussi financé le projet, à hauteur de 145 000 $. M. Bourgeois, décédé en 2001, a dirigé Lactancia pendant 35 ans. Une de ses six filles, Louise, a rappelé qu’il avait fait appel à la faculté pour expérimenter certains produits ou valider des résultats auprès des chercheurs.

Elle a d’ailleurs fait rire l’auditoire en indiquant qu’elle et ses sœurs avaient elles-mêmes fait bien des tests de goût pour leur père. «Le beurre au citron était meilleur que le beurre au saumon!» a-t-elle raconté. «L’expérimentation, dans le domaine de l’alimentation, on est tombées dedans à notre naissance.» Elle a souligné que son père serait extrêmement fier de voir son nom associé à ce laboratoire.

«Le programme annoncé aujourd’hui vient répondre aux besoins actuels et futurs de l’industrie agroalimentaire québécoise, qui pourra bénéficier d’une expertise recherchée», a commenté le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, Laurent Lessard.