Miguel Pérusse et Jérome Fortin-Légaré, de Neoxis, accompagnés de Julie Daigle, directrice du développement des affaires chez AG Bio Centre

Neoxis mise sur le ténébrion

Les insectes deviendront-ils la source de protéines à privilégier dans l’avenir? C’est le pari que fait la jeune entreprise Neoxis avec son usine dans Lotbinière où elle élève des ténébrions meuniers (vers de farine) pour la consommation humaine et la consommation animale.

Sur une surface de 2200 pieds carrés de production, Neoxis pourra produire entre 7 et 10 tonnes de ténébrions séchés ou en farine prêt à l’emploi pour l’inclure dans des recettes par les spécialistes de la fabrication de produit alimentaire.

Jérôme Fortin-Légaré et Miguel Pérusse ont fondé Neoxis en 2016 avant de construire leur usine en juillet 2017. «Notre usine ressemble à un laboratoire avec des contenants de grade alimentaire», souligne M. Légaré. «Notre production est en hauteur, ce qui prend moins d’espace.» La phase de commercialisation commencera dans une quinzaine de jours.

À la suite d’un rapport de l’Organisation des Nations unies pour la sécurité alimentaire, Miguel Pérusse a fait part de ses interrogations en soulevant l’idée de fonder une entreprise pour produire des protéines à partir d’insectes. Ce serait plus efficace que l’élevage de bovin, moins énergivore. Cela pourrait être une solution pour nourrir la planète.

L’intérieur de l’usine de Neoxis ressemble à un laboratoire.

Faible impact

La production de protéines à partir d’insectes prend peu d’espace et son impact environnemental est beaucoup plus faible que la production bovine et beaucoup plus efficace en termes de coûts.

Depuis quelque temps, Neoxis fournit des échantillons de leur farine de ténébrions à des entreprises alimentaires pour qu’elles évaluent comment intégrer les protéines dans leurs produits. Il faut des ajustements des recettes de manière à valider que cela convient bien dans leurs créations alimentaires en validant les caractéristiques fonctionnelles de la farine.

«Nous, nous sommes des transformateurs d’ingrédients au marché de la transformation alimentaire», précise Jérôme Fortin-Légaré. Nous fournissons la farine pour qu’elle soit intégrée dans les procédés de fabrication pour augmenter les valeurs nutritives de leurs produits.»

Ainsi, tout produit qui a besoin d’une source de protéines, de lipides, même de vitamines et des minéraux peut utiliser la farine d’insectes, car cette farine contient tout cela. Actuellement, il y a un grand intérêt pour l’alimentation des sportifs, notamment avec les barres d’énergie. Même chose pour l’alimentation animale avec la farine ajoutée à la moulée des animaux.

Le défi

Le défi pour Neoxis demeure de trouver des applications de leur produit en décrivant les caractéristiques fonctionnelles en fonction des produits. La recette pour ajouter la farine dans les yogourts ou les barres nutritives ne sera pas la même.

«Nous travaillons avec des centres de recherches en alimentation et avec des partenaires comme AG Bio Centre pour le volet innovation. Nous collaborons aussi avec l’INAF de l’Université Laval [Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels] pour le développement de l’expertise», continue M. Légaré. 

Ce sont les tests en laboratoire qui permettent à Neoxis de valider l’utilisation dans tel ou tel type de production d’aliments, car les protéines d’insectes ne réagissent pas de la même manière que les protéines animales ou végétales dans les recettes de transformations alimentaires.

Au départ de la production, l’équipe a découvert qu’il y avait peu ou pas d’expertise au pays, pas d’agronomes non plus, mais surtout des spécialistes en Europe dans des entreprises privées qui n’étaient pas enclines à partager leurs secrets industriels. Même au Québec, le ministère de l’Agriculture s’intéresse aux insectes, mais comme nuisance et non comme solution en alimentation. Il y a de l’intérêt de la part du ministère pour s’ajuster à ce nouveau secteur agricole.

Voici à quoi ressemblent les ténébrions.

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UNE NOUVELLE FÉDÉRATION

Comme tout est à faire dans le monde des protéines à base d’insectes, Jérôme Fortin-Légaré et Miguel Pérusse sont aussi à l’origine de la création de la Fédération des producteurs d’insectes comestibles du Québec (FPICQ) pour réunir la quarantaine de producteurs de la province.

Comme président du regroupement formé en janvier, M. Légaré et l’équipe de l’organisation s’atèle à la rédaction des statuts et règlements, de toute la documentation pertinente pour structurer cette industrie en émergences.

«Il faut développer la cohésion de l’industrie de sorte de la fédération aura un plus grand impact. Les producteurs ont différentes expertises. Ils sont dans des marchés différents avec différents insectes. C’est aussi une façon de trouver des partenaires. Il faut promouvoir cette nouvelle industrie», précise M. Légaré.

La page Facebook: www.facebook.com/fpicquebec

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EN BREF

Neoxis vient de la particule latine «neo» signifiant nouveau et de «xis» pour le six lu à l’envers représentant les insectes qui on six pattes.

Un ténébrion vivant pèse environ 100 mg (milligrammes). Sec, il pèsera en moyenne 35 mg. Il en faudra donc entre 28 000 et 29 000 pour un kilo. Le calcul se fait au poids et non avec le nombre d’insectes.

L’entreprise compte 3000 bacs en production avec une moyenne de 20 000 ténébrions par bac, soit quelque 60 millions d’insectes.

Neoxis vend des insectes entiers déshydratés et deux farines, l’une pour l’alimentation humaine, l’autre pour l’alimentation animale. La matière sèche comprend 42 % de protéines.

Le goût de la farine est comparable à celui de la noisette, indiquent les fondateurs de Neoxis.