Le Canada prévoyait de dépenser 26,2 milliards $ sur les 15 nouveaux navires de guerre lors de la conception initiale du projet en 2008, mais ce nombre a été porté à 60 milliards $ en 2017 à la suite d’un examen budgétaire et avant que l’industrie ne soumette les propositions de conceptions.

Navires de guerre: un manque d’expertise au fédéral, dit un ex-officiel

OTTAWA — Un ancien responsable du ministère de la Défense lève le voile sur ce qu’il qualifie de graves problèmes concernant les investissements de 60 milliards $ du gouvernement fédéral dans l’achat de nouveaux navires de guerre pour la Marine.

Parmi ces problèmes figurent des lourdeurs administratives et l’inexpérience de principaux responsables gouvernementaux.

Les révélations figurent dans un rapport du vice-amiral à la retraite Ian Mack pour l’Institut canadien des affaires mondiales, dans lequel M. Mack dit que le Canada a beaucoup à apprendre de l’Australie en matière de construction navale.

M. Mack a passé une décennie à aider à gérer les efforts déployés par Ottawa pour construire une nouvelle flotte de navires de guerre avant de prendre sa retraite, en 2017. L’Australie lui a alors demandé de l’aider à le conseiller sur l’achat d’une nouvelle flotte de frégates.

Le projet australien est passé de l’approbation initiale du gouvernement à la sélection d’un modèle en trois ans, comparativement à six ans pour le processus au Canada.

Selon M. Mack, contrairement à ce qui s’est passé en Australie, de nombreuses personnes travaillant sur le projet des navires de guerre canadiens n’avaient que peu ou pas d’expérience pertinente, tandis que d’autres responsables intermittents avaient souvent une influence démesurée bien qu’ils n’étaient pas entièrement dévoués au projet.

L’Australie et le Canada envisagent tous deux de construire des variantes de la frégate de type 26 de conception britannique. Le Canada planifie la construction de 15 de ces nouveaux navires par le chantier Irving à Halifax, devant constituer l’épine dorsale de la Marine royale canadienne pendant la plus grande partie de la prochaine décennie.

L’arbre qui cache la forêt

Les retards dans le projet ont déjà coûté des centaines de millions de dollars aux contribuables canadiens. Le gouvernement s’est efforcé de prévenir des mises à pied chez Irving en promettant d’acheter trois navires plus petits et en ralentissant la production du chantier naval de Halifax jusqu’à ce que les travaux sur les nouveaux navires de guerre puissent commencer.

L’évaluation de M. Mack suggère qu’Ottawa est pris par l’arbre qui cache la forêt en se concentrant davantage sur l’atténuation des risques et l’évitement des poursuites que sur la livraison efficace de navires de pointe à la Marine.

L’approche du Canada «semble beaucoup plus complexe et nécessite beaucoup de travail pour toutes les parties concernées en comparaison au... futur programme de frégates de l’Australie. C’est une façon coûteuse de faire des affaires pour le Canada et pour les soumissionnaires.»

Les responsables canadiens ont fait tout leur possible pour adapter le projet de navires de guerre de plusieurs milliards de dollars aux règles et procédures d’approvisionnement standard du gouvernement, écrit M. Mack, plutôt que de tenter de refléter le caractère unique du projet.

Cela incluait une approche extrêmement normative dans laquelle les responsables définissaient «des centaines d’exigences techniques obligatoires» pour les nouveaux navires. Lorsque les soumissionnaires ont eu du mal à répondre à ces exigences, le gouvernement a été contraint de reprendre ses travaux, perdant du temps et de l’énergie.

En revanche, l’Australie n’a énoncé que quelques exigences et a laissé une grande marge de manœuvre aux concepteurs de navires de guerre, ce qui, selon M. Mack, était beaucoup plus pragmatique et efficace.

Le travail au Canada qui a conduit à la sélection d’un design a également été marqué par une «préoccupation» face à la menace de poursuite en justice d’entreprises laissées pour compte, a ajouté l’ex-vice-amiral, ce qui a poussé, selon lui, les fonctionnaires à faire des pieds et des mains pour prouver que le processus était tout à fait juste et équitable.

L’Australie, pour sa part, a abordé la concurrence avec en tête qu’il s’agissait de comparer «des pommes, des oranges et des bananes», a écrit M. Mack.

Le Canada prévoyait de dépenser 26,2 milliards $ sur les 15 nouveaux navires de guerre lors de la conception initiale du projet en 2008, mais ce nombre a été porté à 60 milliards $ en 2017 à la suite d’un examen budgétaire et avant que l’industrie ne soumette les propositions de conceptions.

Tout en reconnaissant que l’approche de l’Australie posait ses propres problèmes et que certains éléments ne correspondraient pas au contexte canadien, M. Mack a suggéré aux responsables fédéraux de se pencher de plus près sur la manière dont d’autres pays gèrent les principaux achats militaires.

«Notre gouvernement a toujours porté des œillères pour la réalisation de projets complexes impliquant le processus d’approvisionnement», a-t-il soutenu.