MTY avale un exploitant et franchiseur de pizzerias pour 253 millions $

MONTRÉAL — Groupe d’Alimentation MTY a pris une autre bouchée dans le marché américain en acquérant le franchiseur et exploitant de pizzerias Papa Murphy’s Holdings, mais il a laissé les investisseurs sur leur faim en raison de résultats trimestriels mitigés.

Le géant québécois spécialisé dans la restauration rapide avalera Papa Murphy’s Holdings dans le cadre d’une transaction de 253,2 millions $, incluant la dette, en offrant 6,45 $ US pour chaque action de l’américaine.

Néanmoins, le titre de MTY abandonnait 4,87 $, ou 8,31 pour cent, jeudi, à la Bourse de Toronto, pour se négocier à 53,70 $ alors que les investisseurs semblaient mal digérer le recul de 1,4 pour cent des ventes des établissements ouverts depuis au moins un an - un indicateur clé dans le secteur du commerce de détail - affiché par l’entreprise au premier trimestre.

«Je crois que le ralentissement de la croissance au Canada et les reculs enregistrés aux États-Unis et à l’international pèsent sur le cours de l’action», a estimé l’analyste Nick Corcoran, de la firme Acumen Capital.

Fondée en 1981, Papa Murphy’s se présente comme la cinquième chaîne de pizza en importance aux États-Unis et se spécialise dans les produits prêts à cuire et de plats à emporter comme des salades, des accompagnements et des desserts.

En territoire américain, la société de 1288 employés rivalise notamment avec des chaînes régionales et des enseignes comme Domino’s Pizza, Pizza Hut, Papa John’s et Little Caesars.

«Le réseau de Papa Murphy’s est très complémentaire au nôtre et sa présence aux États-Unis nous permettra de percer de nouveaux marchés au sud de la frontière», a commenté le président et chef de la direction de MTY, Eric Lefebvre, au cours d’une conférence téléphonique avec les analystes.

Celui-ci a expliqué que cette société évaluait ses options depuis un certain temps et que les discussions entre les deux parties s’étaient échelonnées sur plusieurs mois.

Établie dans l’État de Washington, Papa Murphy’s, a fait son entrée au Nasdaq en mai 2014 et compte 1331 établissements franchisés et 106 restaurants corporatifs principalement répartis dans 37 États américains. La société est également présente au Canada ainsi qu’aux Émirats arabes unis.

En 2018, les ventes de son réseau ont totalisé 809 millions $ US alors que le bénéfice d’exploitation ajusté a été de 22,3 millions $ US.

Pour sa part, la taille du réseau de MTY, propriétaire d’enseignes comme Thaï Express, Tiki-Ming, Tutti Frutti et Valentine, était de 5941 établissements dans son réseau au Canada, au sud de la frontière ainsi qu’à l’international.

Même si cette acquisition fait grimper le ratio d’endettement de l’entreprise à trois fois son bénéfice d’exploitation ajusté, M. Corcoran a noté qu’elle permettra à celle-ci de réduire la proportion des friandises glacées dans son offre aux États-Unis.

«Cela devrait réduire la saisonnalité puisque les ventes de friandises glacées atteignent un sommet pendant l’été et peut-être réduire la volatilité des ventes comparables», a souligné l’analyste.

Quant à sa performance financière au premier trimestre terminé le 28 février, MTY a engrangé un résultat net attribuable aux actionnaires de 14,75 millions $, ou 58 cents par action, en baisse par rapport à 44,28 millions $, ou 2,07 $ par action, il y a un an.

Cette variation est notamment attribuable à la réforme fiscale adoptée aux États-Unis à la fin de 2017.

De leur côté, les ventes du réseau ont été de 687,8 millions $, en hausse de 27 pour cent par rapport au premier trimestre de l’exercice précédent. Les ventes du réseau tiennent compte des recettes générées par les franchisés. Le chiffre d’affaires de l’entreprise s’est établi à 107,3 millions $, en progression de 42 pour cent.

Si les ventes comparables ont été neutres au Canada, elles ont fléchi de 2,3 pour cent aux États-Unis et de 9,2 pour cent à l’international - un marché qui ne représente que neuf pour cent du nombre de restaurants de MTY.

«Il y a une baisse au Québec, a concédé M. Lefebvre. Ce marché compte beaucoup au Canada. Un léger recul peut faire en sorte de mettre tout le réseau à plat.»

Le grand patron de MTY a par ailleurs estimé que le reste de l’exercice serait volatile en raison des conditions météorologiques imprévisibles, d’une concurrence féroce ainsi que d’une fluctuation du prix des produits de base.