Les membres de l’Union des opérateurs grutiers (section locale 791-G de la FTQ-Construction) ont manifesté, le 5 mai, devant les bureaux du premier ministre Philippe Couillard à Montréal.

Moyens de pression des grutiers: la tension monte

MONTRÉAL - Craignant des moyens de pression de la part des grutiers, l’Association de la construction du Québec vient de transmettre un bulletin à ses entrepreneurs membres, leur conseillant de «sécuriser» leurs grues et leurs bureaux et de restreindre l’accès aux chantiers de construction.

Dans ce bulletin, obtenu par La Presse canadienne, l’association, qui représente 17 000 entrepreneurs dans les secteurs industriel, commercial et institutionnel au Québec, invite également ses membres à alerter les services de police en cas de «menaces ou de faits inusités».

Différents moyens peuvent être utilisés pour «sécuriser» les grues et les milieux de travail, a précisé Guillaume Houle, responsable des affaires publiques à l’Association de la construction, au cours d’une entrevue avec La Presse canadienne.

«On peut avoir une surveillance accrue et, souvent, dans les gros chantiers, on a des agents de sécurité, donc on peut avoir des rondes de ces agents de sécurité là qui sont plus fréquentes. Peut-être poser des caméras là où il y a des grues, également», a suggéré M. Houle.

L’ACQ se dit «très préoccupée par ce qui semble être une série de moyens de pression entrepris par les grutiers dans les dernières semaines».

Jeudi d’ailleurs, des grutiers qui travaillaient au chantier du nouveau pont Champlain, entre l’île de Montréal et la Rive-Sud, ont quitté le chantier. Leur syndicat, la section locale 791-G de la FTQ-Construction, nie qu’il y ait eu grève illégale et affirme que ses membres ont quitté parce que c’est l’employeur, Consortium Signature sur le Saint-Laurent, qui a fermé le chantier à cause des «intempéries». Mais l’employeur n’a pas voulu confirmer ni infirmer l’information, disant simplement qu’il ne commenterait pas la situation.

Reste que la Commission de la construction du Québec a lancé une enquête sur l’événement, afin de voir s’il s’agit bel et bien d’une grève. Le cas échéant, celle-ci serait illégale, puisque la convention collective qui lie les associations d’entrepreneurs et les organisations syndicales est en vigueur jusqu’en 2021.

De même, le 9 juin, une grue a été incendiée dans un stationnement de l’arrondissement de Rivière-des-Prairies à Montréal. Le Service de police de Montréal a confirmé qu’il s’agissait bien d’un incendie criminel. Les pompiers ont trouvé des traces d’accélérant.

Source de la grogne

La grogne des grutiers prend sa source dans des modifications réglementaires apportées à la formation des grutiers qui sont entrées en vigueur le 14 mai. 

Afin de pallier une éventuelle pénurie de main-d’oeuvre, la CCQ a ouvert une nouvelle voie d’accès au métier de grutier par de la formation en entreprise, notamment.

La CCQ assure qu’elle n’a fait aucun compromis sur la sécurité. 

«Ce métier devient accessible de la même façon que les autres métiers de la construction, sous réserve de règles strictes sur la préqualification des non-diplômés», précise-t-elle.

Mais l’Union des opérateurs grutiers (section locale 791-G de la FTQ-Construction) dit craindre pour la sécurité de ses membres et de celle du public, puisque les grues déplacent de lourdes pièces, parfois au-dessus de zones habitées, de véhicules. Elle a même déjà porté plainte au Protecteur du citoyen, en invoquant la sécurité du public.

«Que les grutiers aient des revendications, c’est correct. Ils peuvent se faire entendre de certaines façons, mais pas de façon illégale, par contre, et encore moins de façon criminelle», a objecté M. Houle, de l’Association de la construction.

Les grutiers avaient également manifesté, le samedi 5 mai, avec des grues, au centre-ville de Montréal, jusque devant les bureaux du premier ministre Philippe Couillard.