Le succès du mousseux italien est attribué à son prix plus abordable qui rend attrayant après une journée de travail ou lors d'une réunion informelle, sans tambour ni trompette.

Montée de popularité pour le prosecco italien

ASOLO, Italie — Le prosecco, ce vin mousseux fruité fabriqué dans les collines du nord-est de l’Italie, gagne en popularité. Et les producteurs de champagne, depuis toujours la vedette du vin effervescent, en sont bien conscients.

En termes de volume, le prosecco est devenu aujourd’hui le vin mousseux le plus vendu dans le monde, et les experts soulignent qu’il commence à gruger des parts de marché au champagne, le vin français synonyme de fête, mais aussi de gros sous. La production de vin italien a éclipsé celle de champagne il y a cinq ans, et est maintenant supérieure de 75 %, à 544 millions de bouteilles.

Le champagne continue de revendiquer la palme du chiffre d’affaires, encaissant un record de 4,9 milliards d’euros (7,87 G $CAN) l’année dernière sur 307 millions de bouteilles, dont 2,8 milliards d’euros (4,49 G $CAN) générés à l’exportation. Mais la bulle du prosecco ne montre aucun signe d’éclatement : la valeur des exportations est en hausse de 16 % cette année par rapport au sommet de 804 millions d’euros (1,29 G $CAN) enregistré l’an dernier. Ajoutant l’insulte à l’injure, les ventes ont augmenté de 40 % en France, berceau du champagne, selon une estimation. Et ces chiffres ne reflètent pas la hausse de 20 % des ventes saisonnières de Noël.

Michael Edwards, un expert qui a été critique de vins pour le magazine «Decanter» et a écrit le livre «Les meilleurs vins de Champagne», explique que les consommateurs sont de plus en plus intéressés par les vins mousseux. «Le prosecco capitalise sur le désir de boire du mousseux mais pas nécessairement du champagne», dit-il.

Le succès de la bouteille italienne est attribué à son prix plus abordable et à sa promesse d’une «libation à tout moment», ce qui la rend populaire au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Allemagne, marchés sur lesquels le champagne a longtemps prospéré. Avec un coût de production moyen de 3,70 euros (5,95 $CAN) la bouteille, soit une fraction des 10,24 euros (16,49 $CAN) en moyenne pour le champagne, le prosecco peut être acheté à un prix qui le rend attrayant après une journée de travail ou lors d’une réunion informelle, sans tambour ni trompette.

Méthode de production simple

Son prix plus bas est en partie attribuable à sa méthode de production, plus simple que la méthode champenoise. Elle comporte deux procédés de fermentation, tous deux dans de grands réservoirs, tandis que la seconde période de fermentation du champagne est effectuée pendant la mise en bouteille du vin. Cela nécessite de stocker les bouteilles de champagne à angle et de les tourner légèrement chaque jour, à la main, pour faciliter la fermentation - un travail onéreux lorsqu’il est effectué sur des milliers de bouteilles.

Les producteurs de prosecco eux-mêmes sont surpris du succès de leur vin — et font tout pour ne pas le gaspiller. Ils se heurtent non seulement aux imitateurs mais également à d’autres vins à bulles, tels que le cava espagnol, qui ne rivalise toujours pas avec le prosecco en termes de ventes mondiales, et le sekt allemand, dont les experts disent qu’il s’est amélioré en qualité.

«Comme le disaient les vieux aubergistes : même la fontaine à l’extérieur concurrence le bar, a ironisé Armando Serena, directeur du Consortium Asolo de fabricants de prosecco. Mais ce n’est certainement pas un phénomène auquel nous nous attendions. C’est un sujet de réflexion pour [les producteurs de champagne], peut-être.»

La popularité croissante du prosecco et la prolifération des vins effervescents générée par les jeunes consommateurs obligent les producteurs de champagne à faire mieux. «La qualité du champagne à ce jour n’a jamais été aussi bonne, parce qu’elle doit l’être. Le danger réside dans la concurrence, alors il faut que le champagne soit meilleur», estime l’œnologue Edwards.

Mais les trois consortiums qui produisent du prosecco ont tiré des leçons du champagne.

Une dénomination d’origine contrôlée

Ils ont réussi à faire pression pour que le prosecco devienne une dénomination d’origine contrôlée et garantie. Sa région de production est établie autour de la ville de Trévise et englobe cinq provinces de la région élargie de la Vénétie et quatre de la province voisine de Frioul-Vénétie julienne, jusqu’à la frontière slovène. Cette appellation, obtenue en 2009, a aidé les producteurs à mieux contrôler la qualité du prosecco et à lutter contre les imitateurs.

Conegliano Valdobbiadene, le plus renommé des trois consortiums de producteurs, cherche à inscrire le territoire au patrimoine mondial de l’UNESCO, une désignation qui, on l’a constaté ailleurs, stimule à la fois le tourisme et la valeur du produit. La Champagne a obtenu ce statut en 2015.

Les fabricants de prosecco misent sur le succès futur de millésimes de qualité supérieure, et sur des prix plus élevés. Le meilleur Valdobbiadene peut coûter jusqu’à 30 euros (48 $CAN).

Sebastiano Bonomo, directeur des exportations à la cave Giusti dal Col, près de Trévise, pourrait imaginer un jour des restaurants haut de gamme conservant une liste de prosecco, comme ils le font pour le champagne, en fonction de leurs dénominations et zones géographiques. «C’est ce que nous devons viser : pouvoir apporter des connaissances sur notre territoire, tout comme les connaissances sur le champagne ont été diffusées dans le monde entier», a expliqué M. Bonomo.

Prosolo est le plus petit des trois consortiums qui fabriquent le prosecco, mais il a étendu ses vignobles de 86 % de 2011 à 2017. Cela a donné une impulsion économique bien nécessaire à une région durement touchée par la faillite de deux banques régionales, qui a englouti des milliards en épargne. «Nous voyons beaucoup de jeunes rester dans la région pour travailler dans des entreprises familiales [...] car ils ont de bonnes chances d’en vivre», a expliqué M. Serena.