Mon beau Château

Le Soleil fêtait ses 120 ans en 2017. Dans la région de Québec, plusieurs autres entreprises peuvent se vanter d’avoir atteint et même dépassé cet âge vénérable. Nous vous en avons présenté tout au long de l’année. Aujourd’hui : Le Château Frontenac

«Chaque année, notre budget pour le temps des Fêtes est d’environ 40 000 $. C’est une période très importante pour nous.»

Depuis maintenant 124 ans, les sapins brillent au Château Frontenac, qui se met sur son 31 en cette période de l’année. Ça en fait des bals et des rigodons.

Dans l’histoire de l’établissement, la musique a d’ailleurs souvent pris une place de choix. Et les traditions sont importantes, concède le patron de l’endroit depuis 10 ans, Robert Mercure. 

D’ailleurs, afin de faire vivre le plus longtemps possible la magie et l’ambiance des Fêtes aux touristes, l’hôtel de 611 chambres installe maintenant ses décorations dès le mois de novembre, et ce, depuis 2008. 

Le Château Saint-Louis

Il était une fois un château, dont l’image est aujourd’hui un emblème de Québec qui figure dans le passeport canadien.

L’histoire débute en 1620. Cet antre servait alors à héberger les troupes de Samuel de Champlain. L’édifice en bois n’avait rien de comparable avec ce qu’on connaît aujourd’hui.

En 1636, avec l’arrivée de Charles Huault de Montmagny, premier gouverneur de la Nouvelle-France, le bâtiment qu’on nommait le fort de Québec subit d’importants travaux, notamment visant à renforcer ses fortifications, et il est rebaptisé le Château Saint-Louis.

«C’était une demeure avec des chambres. Il y avait des bastions. C’était assez grand pour que la population de Québec puisse s’y retrouver en cas d’attaque», raconte au Soleil l’historien Jacques Saint-Pierre.

En 1690, l’établissement s’effondre lors d’une attaque des Anglais. Le comte de Frontenac le reconstruit en 1692. «Durant toute l’époque de la Nouvelle-France, le château continue d’être la résidence des gouverneurs. Et plusieurs travaux sont effectués», précise le spécialiste du temps.

En 1786, le général Haldimand, qui occupe la chaise de gouverneur du Canada, fait ériger à proximité du Château Saint-Louis un nouvel établissement de plus petite taille qui portera son nom. Il était situé près de l’escarpement.

«C’était au départ davantage une salle de réception avec quelques étages au-dessus», note M. Saint-Pierre. 

Cette décision s’avère toutefois salutaire, car le Château Saint-Louis est la proie des flammes en 1834. Le lieu est transformé en partie en ce qui est aujourd’hui nommé la terrasse Dufferin.

Au fil des ans, plusieurs projets de reconstructions du château sont pondus, mais rien ne sort de terre, faute de fonds. Les choses bougent seulement en 1892-1893. Le Château Haldimand est jeté au sol, affirme M. Saint-Pierre. 

Sur la carte mondiale

Un projet d’hôtel de luxe comptant 170 chambres est présenté par un groupe d’hommes d’affaires, entre autres de Montréal. Dans le lot, on retrouvait Sir William Van Horne, patron du Canadien Pacifique, une compagnie de chemin de fer. 

L’aile Riverview (avec vue sur le fleuve Saint-Laurent) accueille ses premiers visiteurs le 18 décembre 1893. Et l’aventure débute.

«L’année suivante, l’établissement participait au premier Carnaval structuré de Québec. Cela avait attiré beaucoup d’Américains. En 1896, le bal des citoyens avait lieu au Château», relate M. Saint-Pierre. «Cela a un peu mis Québec sur la carte mondiale», poursuit-il.

L’engouement étant au rendez-vous, plusieurs travaux d’agrandissement sont effectués. Les premiers en 1898, pour l’ajout de l’aile de la citadelle (aile Bruce Price) et, quelques années, plus tard, l’aile Mont-Carmel, dont la facture s’est élevée à 1,5 million $. 

«Grâce à cette nouvelle aile [du côté de la rue Mont-Carmel], le Château Frontenac devenait le plus grand hôtel au pays», peut-on lire dans le livre Le Château Frontenac, de France Gagnon Pratte et Éric Etter. L’établissement accueillait déjà des congrès.

«La vie mondaine de Québec s’organisait autour de l’édifice», précise pour sa part M. Saint-Pierre. «Il y avait beaucoup de réceptions.»

En 1919, on cherche à doubler la superficie locative du Château. La tour centrale de 17 étages (80 mètres de haut) est érigée sous la supervision des frères Maxwell. L’aile Saint-Louis voit également le jour.

«Il a aussi été question de la construction de la salle de bal», indique l’historien. «C’était un moment important, car cela donnait à Québec une grande salle de réunion très bien équipée. Il y avait des salles dans la région, notamment au Manège militaire, mais cela n’était pas luxueux. Il y avait une vie musicale très très importante au Château. Il y avait plusieurs orchestres», ajoute-t-il, précisant que l’édifice avait alors l’allure de celui qu’on connaît aujourd’hui.

Incendie

En 1926, l’aile Riverview est ravagée par un incendie. La facture des dégâts frôle les 760 000 $. Elle est reconstruite et l’hôtel cherche à se positionner comme une destination hivernale en faisant la promotion des plaisirs de l’hiver, en offrant entre autres une glissade, du curling, du patin, de la raquette et même des balades de traîneau à chiens, du bobsleigh et du saut à skis. De quoi faire sourire les visiteurs. 

Au fil des années, plusieurs travaux de restauration sont effectués. En 1989, le Canadien Pacifique injecte 65 millions $. Et l’aile Claude-Pratte, adjacente à celle de Mont-Carmel, sort de terre. On y retrouve notamment la piscine.

Avec AccorHotels

Le Château Frontenac, nommé en l’honneur de Louis de Buade, comte de Frontenac, est vendu en 2007 à la Caisse de dépôt et placement du Québec. Et en 2015, dans une transaction de 3,9 milliards $CAN, le géant hôtelier AccorHotels se porte acquéreur des enseignes Fairmont, Raffles et Swissôtel. Il est depuis le gestionnaire de tous les hôtels Fairmont.

Au cours des dernières années, l’établissement, qui compte 750 employés, s’est refait une beauté. Entre 2012 et 2014, Ivanhoé Cambridge a investi près de 75 millions $, entre autres pour rénover une partie des chambres, les salles de réunion, les boutiques, la toiture, le centre de santé, le hall, les corridors et les restaurants, soit le Champlain, le Dufferin, le bistro Le Sam et le bar Le 1608. Le mobilier a également été rajeuni. 

D’ici 2020, le propriétaire devrait investir un autre 20 millions $ pour poursuivre la cure de jouvence.

Mais avant tout, pour les prochains jours, on se prépare à la visite du père Noël et pour les festivités entourant la nouvelle année.

Source : Le Château Frontenac, de France Gagnon Pratte et Éric Etter

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TROIS QUESTIONS AU DIRECTEUR GÉNÉRAL ROBERT MERCURE

Q Comment a été la dernière année touristique?

En 2016, nous avons dépassé le taux d’achalandage de 2008, soit lors du 400e anniversaire de Québec. Et cette année, nous devrions éclipser la marque historique de 2000. On parle d’un taux d’occupation de plus de 75 %. Et nous sommes numéro cinq dans le monde au niveau du taux de satisfaction de la clientèle dans les Fairmont. Nous sommes très fiers.

Robert Mercure

Q Des investisseurs chinois envisagent de reproduire le Château Frontenac et une partie du Vieux-Québec. Qu’en pensez-vous?

R C’est une très bonne nouvelle. Ce n’est pas de la compétition. C’est une belle visibilité, c’est magique pour nous. C’est clair qu’on veut toutefois que ce projet soit bien fait. On va suivre le dossier de près. Il va falloir avoir des discussions.

En 2015, le géant hôtelier AccorHotels a acheté les enseignes Fairmont, Raffles et Swissôtel. Il est depuis le gestionnaire de tous les hôtels Fairmont, notamment le Château Frontenac à Québec. Avez-vous vu des impacts?

C’est la première fois que la compagnie de gestion Fairmont appartient à des propriétaires qui sont des hôteliers. C’est une chaîne française très dynamique et en croissance. Ils sont intéressés à développer Québec. D’ailleurs, en 2018, nous allons mettre sur pied le Club Accord. Nous allons multiplier par 10 le nombre de nos membres. C’est beaucoup de visibilité. Depuis qu’ils sont propriétaires, on voit plus d’Européens. L’augmentation de l’achalandage provient surtout des États-Unis. Avec la série coréenne Goblin, le marché asiatique a aussi explosé.

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UNE ANNÉE DE CÉLÉBRATIONS

Pour 2018, pour les 125 bougies du Château Frontenac, la direction souhaite faire vivre aux touristes et aux Québécois différentes époques de l’établissement et faire découvrir certaines vedettes qui y ont fait escale durant quelques jours. «Cela va être une année de célébrations. C’est le Château des Québécois. C’est une icône et on veut que les gens comprennent l’histoire de l’endroit», indique le directeur général, Robert Mercure. Des expositions et des spectacles de Canadian Rock Story et des Respectables, qui fêteront leurs 25 ans, seront entre autres présentés dans la salle de bal. Durant toute l’année, des visites guidées seront à l’horaire. Au mois d’avril, huit suites ayant fait l’objet de rénovations majeures seront ouvertes aux visiteurs. Elles feront découvrir des personnalités et des vedettes qui ont séjourné à l’hôtel, comme la reine Élisabeth II, Roosevelt, Churchill, William Van Horne (ex-patron du Canadien Pacifique), Charles de Gaulle, Alfred Hitchcock, Trudeau (père et fils) et Céline Dion.