Alexandra Lachance commençait, lundi, son stage au comptoir de la réception de l’Hôtel Château Laurier à Québec.

Moins de temps en classe, plus en établissement

Alexandra Lachance passe maintenant plus de temps derrière le comptoir de la réception de l’Hôtel Château Laurier, à Québec, qu’à l’École hôtelière Fierbourg.

«Je sais que je vais aimer faire de nombreuses heures en stage. Je vais avoir la chance de parfaire mes connaissances directement sur le terrain dans un milieu qui évoque, pour moi, le professionnalisme et la passion. Ça va rendre la formation théorique plus complète», explique la jeune femme qui, après avoir décroché un baccalauréat en service social, a choisi de bifurquer vers l’industrie du tourisme et de l’hôtellerie.

Appréciant le contact humain et avouant son intérêt à veiller au bien-être des gens, Alexandra Lachance est inscrite au programme de formation Réception en hôtellerie du Centre de formation professionnelle Fierbourg. 

Un parcours qui mène à l’obtention d’un diplôme d’études professionnelles (DEP).

Et assez facilement à un emploi compte tenu de la pénurie de main-d’œuvre qui frappe ce secteur crucial pour le développement économique de la capitale. 

«Le printemps prochain, nous aurons 700 postes à pourvoir», souligne la directrice générale de l’Association hôtelière de la région de Québec, Marjolaine de Sa. «Ça exclut les hôtels qui offrent des services de restauration», précise-t-elle en ajoutant que, cette année, 20 % des postes affichés n’ont pas trouvé preneur.

Un jour à l’école sur cinq

Depuis la rentrée automnale, le programme de formation Réception en hôtellerie a été revampé. L’accent a été mis sur les stages en entreprise.

Comme c’est le cas, par exemple, au Cégep de Thetford Mines pour les élèves inscrits au programme Techniques de la plasturgie. Ou encore à la Commission scolaire de la Beauce-Etchemins pour les jeunes passionnés par les métiers de soudeur et de monteur.

L’approche duale allemande fait donc son petit bonhomme de chemin au Québec. Un modèle d’enseignement qui permet d’alterner la formation pratique en entreprise et une formation scolaire dans une école professionnelle.

De 105, le nombre d’heures de stage passe à 400 dans la nouvelle mouture du programme Réception en hôtellerie qui, dans le jargon du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES), devient un «projet d’apprentissage accru en milieu de travail.»

La durée totale du programme est de 735 heures. C’est donc dire que les élèves de la première cohorte, à l’instar d’Alexandra Lachance, passeront 55 % de leur temps au cœur de la réception de l’un ou l’autre des 13 partenaires hôteliers participants.

Le stage en entreprise ne se fait pas à la fin de la période de formation théorique, comme c’est souvent le cas, mais tout au long du parcours académique de l’élève.

Le premier mois, ce dernier le passe en classe. Les cinq autres mois, c’est l’alternance.

L’apprentissage se fait en milieu de travail le lundi, le mardi, le jeudi et le vendredi.

Le mercredi, c’est le retour sur les bancs d’école pour digérer et approfondir tout ce qui a été appris dans le feu de l’action les jours précédents.

«Les avantages sont nombreux pour les élèves», commente Mélissa Laflamme, directrice du Centre de formation professionnelle Fierbourg.

«En s’installant assez tôt au début de leur formation derrière un comptoir à la réception d’un hôtel, ils peuvent valider leur choix de carrière. Ils peuvent aussi acquérir une expérience concrète et éventuellement améliorer leur employabilité en se faisant connaître auprès des employeurs.»

Mme Laflamme mentionne qu’il a fallu adapter le matériel pédagogique et développer les outils permettant de s’assurer que les élèves acquièrent les compétences fondamentales en matière de prise des réservations, de la tenue de caisse ou de communication en langue seconde, et ce, même s’ils sont loin des salles de classe. Le centre a pu bénéficier d’une subvention de 90 000 $ du MEES pour réaliser ce travail. 

Évidemment, il a fallu prendre le temps de préparer les superviseurs de stage dans chacun des établissements hôteliers qui travailleront de concert avec les enseignants de l’École hôtelière Fierbourg pour veiller à la réussite scolaire des futurs réceptionnistes.

«C’est un beau défi pour les établissements hôteliers qui deviennent des formateurs, des professeurs», indique la directrice générale de l’Association hôtelière de la région de Québec, Marjolaine de Sa.

Une première cohorte de 13 élèves vient d’ouvrir le bal. Mélissa Laflamme annonce qu’un deuxième groupe se mettra en marche à compter du mois de janvier 2018.

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BLAIS VANT L'«OUVERTURE D'ESPRIT» DES ENSEIGNANTS

Le ministre François Blais applaudit bien fort l’«ouverture d’esprit» des enseignants de l’École hôtelière Fierbourg qui acceptent de sortir de leur salle de classe pour collaborer directement avec les entreprises hôtelières à la formation des réceptionnistes.

Lui-même un enseignant, le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale reconnaît que le changement de culture ne se fait pas en deux temps trois mouvements dans le monde de l’éducation.

«Parfois, on retrouve de la résistance face au modèle allemand en formation professionnelle», a déclaré François Blais qui participait, lundi, à l’annonce de la réforme du programme de formation Réception en hôtellerie.

«C’est une question de culture. Pendant 20 ans, un enseignant est habitué à faire les choses toujours de la même façon. Il retrouve ses élèves dans une salle de classe. Il suit leur parcours académique. Il contrôle le contenu des cours. Du jour au lendemain, on lui demande de se déplacer. D’aller dans les entreprises. De travailler avec les entreprises. [Avec l’approche duale allemande], leur rôle change beaucoup. On a la chance, à l’École hôtelière Fierbourg, d’avoir des enseignants qui ont accepté de s’adapter.»

«Résistance»

Le ministre se demande également si la «résistance» du monde de l’enseignement n’est pas animée par la peur.

«Peut-être que les enseignants ont peur, qu’un jour, nous n’aurons plus besoin d’eux et que la formation des travailleurs va se faire à l’extérieur des salles de classe?»

Le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale croit dur comme fer aux bénéfices de l’introduction rapide des stages en milieu de travail dans le parcours de formation des jeunes. «Ça se fait comme ça partout dans le monde», a-t-il insisté.

«Très tôt, ils ont une bonne idée à savoir s’ils vont aimer ou pas le métier qu’ils veulent pratiquer.»

Le ministre a rappelé que dans le Plan économique du Québec, le gouvernement s’est donné comme priorité d’accroître l’offre de stages en formation professionnelle et technique.

Pour en savoir davantage: www.fierbourg.com