L’Asterix, c’est le bébé de Paul E. Barbeau qui a fondé Navtech en 1977. Un bureau d’architecture navale de la capitale qui a réalisé plus de 2200 projets, dont la conception de plus de 30 navires.

Mobilisation en faveur de Davie: l’aide de Labeaume réclamée

«Il faudrait que le maire Labeaume monte au front avec nous autres pour la Davie.»

Le président-fondateur de Navtech, Paul E. Barbeau, n’a pas encore parlé à Régis Labeaume.

«Moi, si j’étais maire de Québec, j’aurais déjà pris le téléphone pour savoir ce qui se passe.»

L’architecte naval n’entend pas demeurer silencieux plus longtemps sur le sort qui guette le chantier maritime de Lévis qui pourrait voir 800 de ses 1200 employés perdre leur gagne-pain avant Noël.

Avec d’autres fournisseurs de Davie — le chantier en compte 814 au Québec — Paul E. Barbeau a choisi de faire pression sur le gouvernement fédéral afin qu’il accorde le feu vert à la construction d’un deuxième pétrolier ravitailleur pour la Marine royale canadienne.  Avec la fin des travaux de l’Asterix, le carnet de commandes de Davie est à sec.

Vitement l’Obelix!

L’Asterix, c’est le bébé de Paul E. Barbeau qui a fondé Navtech en 1977. Un bureau d’architecture navale de la capitale qui a réalisé plus de 2200 projets, dont la conception de plus de 30 navires.

C’est à coups de crayon, sur sa grande table de travail, qu’il a transformé un vraquier en un navire ravitailleur pouvant transporter 7000 tonnes de carburant équipé de deux immenses grues et abritant, entre autres, un héliport et un hôpital pouvant recevoir 60 patients.

«Vous faites un copier-coller de l’Asterix et vous avez l’Obelix! Un projet rapide et bon marché.»

Sans l’obtention d’un seul dollar d’Ottawa, Davie a financé entièrement la conversion du vraquier acheté en Allemagne. Une affaire de 600 millions $. Dès qu’il aura terminé ses essais en mer, l’Asterix sera loué à la Marine royale pour une somme variant entre 55 et 60 millions $ par année pour une période de 10 ans. 

L’arrêt des activités au chantier de Lévis serait un malheur, selon M. Barbeau. «Davie pourrait s’exposer à une importante perte d’expertise, surtout si les contrats du fédéral se font attendre trop longtemps.»

Si Paul E. Barbeau et d’autres fournisseurs ont décidé de monter aux barricades, c’est pour mettre de la pression sur les élus fédéraux.

«Notre mission à nous, les dirigeants d’entreprise, c’est de générer suffisamment de revenus pour maintenir et accroître les emplois au sein de nos organisations.»

Et pour ces 814 fournisseurs au Québec — 996 en tout d’un océan à l’autre — un chantier Davie en santé, c’est une opportunité de croissance. Selon des chiffres fournis par Chantier Davie, l’entreprise a eu un effet économique de 2,7 milliards $ au pays depuis 2012. Il a procuré des emplois directs ou indirects à un peu plus de 3000 personnes.

«Seulement pour la région de la Capitale-Nationale, les retombées des activités de Chantier Davie sont de l’ordre de 65 millions $. Ce n’est pas négligeable. C’est pourquoi nous nous attendons de pouvoir compter sur le support du maire Labeaume», affirme le président-fondateur de Navtech. «À titre d’entrepreneur, j’ai dû payer au-delà d’un million de dollars en taxes à la Ville de Québec», informe Paul E. Barbeau qui demande maintenant que «sa» ville soit présente à ses côtés pour assurer la pérennité du chantier d’en face.

Le grain de sel des employés

Dans une vidéo de trois minutes que le constructeur naval vient de mettre en ligne, des employés expriment leur fierté de travailler pour Davie et vantent les réalisations du chantier au cours des cinq dernières années.

Ils manifestent, évidemment, leurs craintes de perdre leur gagne-pain.

Ils ne manquent pas de souligner que le Québec est le parent pauvre de la Stratégie de construction navale du Canada et que les chantiers concurrents de Davie dans l’est et l’ouest du pays peinent à livrer la marchandise.

Comme leur patron, ils réclament l’obtention du feu vert d’Ottawa pour la construction de l’Obelix en rappelant que des comités de la Chambre des communes et du Sénat avaient recommandé au gouvernement l’ajout d’un deuxième pétrolier ravitailleur pour la Marine royale. 

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La Stratégie nationale de construction navale coule à pic, dit Paul E. Barbeau

Sans plus tarder, le Vérificateur général du Canada doit mettre son nez dans la Stratégie nationale de construction navale, demande Paul E. Barbeau.

L’architecte naval s’exprime à titre de citoyen canadien et de «payeur de taxes».

Un contribuable pas comme les autres, admet-il. 

«Je sais de quoi je parle. Ça fait 50 ans que je dessine des bateaux!» soumet au Soleil le capitaine de Navtech.

«Depuis le lancement de la stratégie en 2011, je constate que le gouvernement fédéral a dépensé des millions de dollars, mais je ne vois pas les résultats. Nous devions assister au lancement d’un navire par année. Je n’en ai pas vu un seul jusqu’à maintenant. Ça n’avance pas vite et ça coûte très cher», dénonce M. Barbeau qui met en cause la capacité des chantiers Irving Shipbuilding et, surtout, Seaspan, de la Colombie-Britannique, à livrer la marchandise.

L’Asterix, lors de sa première sortie sur l’eau, en octobre dernier.

Le chantier de Vancouver, mentionne M. Barbeau, a notamment reçu une subvention d’Ottawa pour accroître sa capacité de production alors qu’il est clairement indiqué dans la stratégie que les chantiers doivent financer eux-mêmes leurs propres améliorations sans recourir aux billets verts d’Ottawa. 

«Et selon les informations que nous possédons, ce n’est pas demain matin que l’on assistera au baptême d’un nouveau navire au Canada. Une chance qu’il y a eu l’inauguration de l’Asterix à la Davie en juillet dernier», mentionne celui qui a dessiné les plans du pétrolier ravitailleur.

À ce sujet, il estime urgent d’amorcer la construction du frérot de l’Asterix — l’Obelix — étant donné que la Marine royale manque de pétroliers ravitailleurs après la mise au rancart prématurée du NCSM Protecteur et du NCSM Preserver.

«Moi, ça me préoccupe de constater que le Canada doive louer un navire au Chili afin de pouvoir ravitailler en mer nos frégates.»

Paul E. Barbeau estime que les élus politiques doivent obtenir un «vrai» portrait de la situation et que seul l’œil vigilant du Vérificateur général du Canada pourrait leur apporter l’heure juste.

«Il y a quelqu’un quelque part qui n’a pas fait sa job ou il y a quelqu’un quelque part qui a raconté des menteries aux Canadiens. C’est évident que la Stratégie nationale de construction navale ne nous livre pas ce qu’elle devait nous livrer. En ayant entre leurs mains une image précise de la situation, j’ai la conviction que les politiciens à Ottawa sauront rectifier le tir», affirme le président-fondateur de Navtech.