Sur la photo, il est possible de voir l'emprise des pylônes d'Hydro-Québec, avant leur installation, sur la partie non aménagée des Bleuets de la Minganie.

Minganie: un champ de bleuets... électrique

Depuis 2008, Jacques Maloney compte faire pousser à Longue-Pointe-de-Mingan, sur la Côte-Nord, des bleuets sur une immense superficie. Il a enfin réalisé une première récolte en 2013, mais la première chose qu'il a vue pousser dans sa bleuetière, à son grand désarroi, ce sont des pylônes.
Ces pylônes d'Hydro-Québec sont apparus malgré le fait que M. Maloney croyait s'être entendu avec le ministère des Ressources naturelles (MRN) pour la location de 800 hectares de terres publiques pour son entreprise, Les Bleuets de la Minganie. Il n'y a toutefois pas d'entente et l'homme d'affaires n'a pas encore été compensé financièrement pour les inconvénients, bien qu'il ait reçu une proposition en ce sens.
«J'ai droit à une compensation, mais on ne veut pas reconnaître que j'ai des droits. Le Ministère m'a pourtant accordé 800 hectares, a lancé Jacques Maloney. D'après moi, l'erreur remonte à 2010 quand le Ministère a dit à Hydro qu'il n'y avait personne là où elle voulait passer ses pylônes. Il faut comprendre que si je n'avais pas eu la superficie que je pensais avoir, je n'aurais pas acheté autant d'équipement.» Jusqu'ici, 1,2 million $ a été investi dans l'aventure.
Ce différend vient de rebondir dans la campagne électorale dans Duplessis. Le syndicat de l'Union des producteurs agricoles (UPA) de la Côte-Nord demande aux candidats de s'engager à résoudre le litige. Ils ont tous reçu une lettre en ce sens.
Même si elle croyait s'être engagée avec le MRN pour 800 hectares de lots publics, l'entreprise n'a aménagé qu'environ le quart jusqu'ici. «Au départ, le Ministère m'a suggéré de payer pour 100 ou 150 hectares, le temps que je démarre correctement le projet, et on m'a dit que je pourrais payer le reste par la suite. Je trouvais que ça avait de l'allure», a confié l'homme d'affaires, aussi pêcheur.
Toutefois, en 2010, le Ministère autorise Hydro-Québec à implanter des pylônes de transport d'électricité sur les parcelles des Bleuets de la Minganie, pylônes qui se retrouvent autant sur les parties aménagées de la bleuetière, côté est, que sur celles à venir, côté ouest. Le problème avec les pylônes, c'est que leur emprise au sol crée des corridors de vent nuisibles aux plants, surtout en hiver.
Jacques Maloney indique que la société d'État lui a offert «une modeste compensation» pour les pylônes qui touchent aux secteurs aménagés et rien pour les autres. Pour l'instant, il n'a pas accepté l'offre, car il refuse de signer une entente «qui ne reconnaît pas mes droits sur les parcelles du côté ouest».
Du côté du MRN, rien ne garantit que l'entreprise aura droit à ces 800 hectares. «Pour ce qui est de l'ensemble de la superficie demandée par le promoteur, ça sera étudié quand il y aura une demande d'agrandissement après la phase en cours», a lancé la porte-parole du bureau régional du Ministère, Julie Richard.
Pas de marche arrière
Le Ministère ne voit pas non plus de problème à ce que des pylônes d'Hydro-Québec traversent une bleuetière. «Dans son traitement de demandes de location des terres publiques, le Ministère privilégie l'harmonisation des différents usages possibles. On souhaite donc que les parties s'entendent», a ajouté Mme Richard.
Jacques Maloney a vraiment hâte de voir son projet prendre un autre essor, car il ne peut faire marche arrière. «On a à peu près 200 hectares d'aménagés et on a eu notre première récolte l'an dernier. C'est sûr qu'à 200 hectares et tout l'argent investi, ça ne peut pas être rentable», conclut-il en espérant que le futur député de la circonscription de Duplessis saura trouver une solution.