Isaac Tremblay, cofondateur du Trou du diable et Sandra Gagnon, directrice générale de la microbrasserie, étaient soulagés d’annoncer cet investissement longtemps attendu.

Microbrasserie Le Trou du diable: les célèbres bières bientôt en canettes

Shawinigan — En investissant neuf millions de dollars au cours des trois prochaines années à Shawinigan, la division Six Pints de Molson Coors démontre à quel point l’émotive acquisition de la microbrasserie Le Trou du diable, annoncée à l’automne 2017, était devenue essentielle pour soutenir la croissance de ce joyau local. Lundi matin, plusieurs représentants des milieux politiques et économiques de la région étaient au Salon Wabasso pour marquer cette importante étape.

«C’est un peu où on était rendus (avant la vente)», explique Isaac Tremblay, cofondateur du Trou du diable et chargé de projets. «Vous voyez l’ampleur de l’investissement: personne n’avait ça dans son compte de banque! Pour nous, c’est une belle opportunité d’assurer la pérennité de l’usine de Shawinigan et des emplois.» D’ici trois ans, une trentaine de travailleurs s’ajouteront à la centaine déjà en place.

Au lendemain de la vente du Trou du diable à Six Pints, l’arrivée d’une encanetteuse sur l’avenue de la Station faisait partie des priorités. Il a toutefois fallu attendre près de deux ans avant que le projet soit ficelé chez Molson Coors et que le traitement d’une quantité plus importante de rejets soit approuvé par le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques.

«C’est un projet qui exigeait beaucoup de préparation, de validation, de soumissions», explique M. Tremblay. «Pour nous, c’est un autre monde, avec un investissement d’une ampleur que nous n’avions jamais fait.»

Pour M. Tremblay, la transition vers la canette était devenue inévitable. Cependant, le plan d’affaires ne prévoit pas la condamnation de la traditionnelle bouteille de verre. Au contraire, ce contenant sera remodelé au cours des prochains mois.

«Les deux formats sont importants pour nous», estime M. Tremblay. «Les deux ont leurs avantages et leurs inconvénients. Rendu là, c’est au consommateur de trouver le format qui sied le mieux à son besoin au moment où il veut s’acheter une bière.»

La nouvelle encanetteuse du Trou du diable doit entrer en production en juin 2020. Les amateurs de houblon pourront toutefois tester le produit dès le début septembre, grâce à la collaboration d’une autre marque de Six Pints, l’ontarienne Creemore Springs. Des étiquettes telles que MacTavish In Memoriam, SuperPils, Les 4 surfeurs de l’Apocalypso et Shawi Beach ont donc été brassées en Ontario pour apparaître en canettes un peu partout au Québec dès la semaine prochaine.

Sandra Gagnon, directrice générale du Trou du diable, s’est chargée d’établir le contact pour permettre à la microbrasserie shawiniganaise de prendre un peu d’avance.

«C’est vraiment un projet temporaire», assure-t-elle. «Creemore nous rend service de faire de la canette, mais dès que ce sera possible d’en faire à Shawinigan, on ramène la production. C’est un service entre brasseries.» 

André Trudel, maître-brasseur du Trou du diable, précise que la différence dans la qualité de l’eau a constitué un défi. 

«L’idée de brasser ailleurs des bières qu’on fait chez nous depuis toujours, c’était un peu stressant», explique-t-il. «Ils ont une eau dure alors que la nôtre est très douce. C’était la contrainte la plus difficile. Les bières brassées chez Creemore auront leur signature, tout en étant assez fidèles, pour le commun des mortels, à nos recettes ici. Les palais aiguisés verront peut-être quelques petites différences.» 

Autres volets

Le plan d’investissement prévoit également doubler le nombre de cuves, qui passera d’une vingtaine à une quarantaine d’ici 2022. Une modification à l’entrepôt et le déplacement de l’embouteillage se retrouvent aussi dans les plans.

Ces manœuvres devraient permettre d’atteindre une production annuelle de 50 000 hectolitres, précise M. Tremblay,  soit près de trois fois le rythme actuel, qui frôle les 20 000 hl. Déjà, les produits du Trou du diable sont distribués dans 1500 points de vente, précise Patrick D’Anjou, vice-président aux ventes pour le Québec chez Molson Coors.

Dix nouvelles cuves sont attendues d’ici la fin 2019. Elles seront conçues par l’entreprise HM Systèmes de brassage de Bécancour. Ce volume additionnel mettra la table pour offrir les produits en canette l’an prochain.

La logistique deviendra également un enjeu au cours des prochains mois. Mme Gagnon précise d’ailleurs que des sites sont présentement étudiés, en Mauricie, pour l’entreposage de la matière première comme des produits finis. De plus, des bureaux administratifs additionnels seront loués au Centre d’entrepreneuriat Alphonse-Desjardins.

Cette valse de millions donne un peu le vertige. 

«On rêvait à ça depuis le début», sourit M. Tremblay, en parlant au nom de ses partenaires André Trudel, Luc Bellerive et Franck Chaumanet. 

«On est partis de rien, vraiment, littéralement, de rien et quinze ans plus tard, on se retrouve avec une marque nationale. On ne voit pas ça si souvent dans le monde des affaires. Nous sommes super fiers, super contents que ça se fasse à Shawinigan, la ville où nous avons tous grandi.»