Le gouvernement du Mexique refuse pour l’instant de laisser partir au Canada des travailleurs saisonniers.
Le gouvernement du Mexique refuse pour l’instant de laisser partir au Canada des travailleurs saisonniers.

Mexico suspend l’envoi de 5000 travailleurs saisonniers 

OTTAWA - Le gouvernement du Mexique refuse de laisser d’autres travailleurs saisonniers partir au Canada tant que la lumière ne sera pas faite sur la mort de deux d’entre eux des suites de la COVID-19.

L’ambassadeur du Mexique au Canada a déclaré lundi que son gouvernement voulait en savoir plus sur les circonstances entourant la mort des deux hommes, dans la région de Windsor, en Ontario. Mexico veut aussi connaître les mesures prises par les autorités canadiennes pour éviter à l’avenir de tels décès tragiques.

«C’est pour réévaluer avec les autorités fédérales, les provinces et les agriculteurs pourquoi ça s’est produit et s’il y a quoi que ce soit à corriger», a fait valoir Juan Jose Gomez Camacho en entrevue à La Presse canadienne.

Il a déclaré que Mexico retiendra pour l’instant quelque 5000 travailleurs temporaires mexicains qui devaient arriver au Canada au cours des prochains mois. Selon l’ambassadeur, le Mexique est conscient que cette main-d’oeuvre est programmée pour répondre au calendrier précis des agriculteurs - et Mexico fera de son mieux pour respecter ces échéanciers saisonniers.

Mais l’ambassadeur Gomez Camacho explique que son gouvernement veut d’abord s’assurer que le Canada fait de son mieux pour se prémunir contre de futures éclosions du coronavirus au sein des travailleurs étrangers temporaires.

Il soutient qu’environ 300 Mexicains qui travaillent au Canada sont actuellement infectés par la COVID-19 et des entreprises agricoles aux prises avec des éclosions continuent de demander au Mexique de leur envoyer de la main-d’oeuvre.

Un travailleur saisonnier mexicain de 24 ans est décédé le 5 juin à l’hôpital régional de Windsor. Un autre travailleur temporaire mexicain, arrivé au Canada en février, était décédé à la fin de mai dans la même région.

Des éclosions toujours actives dans la région de Windsor ont été évoquées lundi par le premier ministre Doug Ford pour expliquer que les restrictions sanitaires n’y seront pas assouplies de sitôt, même si le reste de la province a en bonne partie pu entrer dans la prochaine phase du déconfinement.

Et les travailleurs étrangers ne sont pas à blâmer, s’est empressé de souligner le premier ministre ontarien.

«Ils sont venus ici, ils se sont isolés pendant deux semaines et ils l’ont contracté depuis qu’ils sont ici, a-t-il précisé. Donc, je ne veux pas montrer du doigt ces travailleurs migrants qui travaillent dur. Ce sont de bonnes personnes, ils veulent bien faire et ils sont très travaillants.»

Coup dur à l’industrie agricole

La décision de freiner leur arrivée porte un nouveau coup dur à l’industrie agricole, qui a du mal à trouver suffisamment de main-d’oeuvre pour gérer la saison des semis et des récoltes, en grande partie en raison des restrictions de voyage visant à ralentir la circulation de la COVID-19.

Les Mexicains représentent environ la moitié des travailleurs étrangers temporaires employés dans le secteur agricole au Canada.

Même en temps normal, il est difficile de naviguer le nombre étourdissant de ministères qui doivent veiller à ce que ces travailleurs soient bien traités, et la pandémie soulève encore plus de défis, souligne M. Gomez Camacho.

Il félicite néanmoins le gouvernement canadien pour son effort «énorme» dans la mise en place des protections afin de limiter la propagation du virus.

Des programmes ont été mis en oeuvre aux niveaux fédéral et provincial à l’intention des travailleurs étrangers temporaires depuis le tout de début de la pandémie. Ils prévoient notamment de l’argent pour couvrir les coûts de l’isolement obligatoire et de l’achat d’équipement de protection individuelle.

L’ambassadeur mexicain souligne que la grande majorité des employeurs ont accepté de rémunérer les travailleurs pendant leur période d’isolement à leur arrivée au Canada. «Mais nous savons aussi, nous avons toujours su, que certains ne le feront pas», a-t-il avancé.

Un programme a également été mis sur pied afin de ne permettre qu’aux travailleurs spécifiquement demandés par les fermes et les serres du Canada de venir au pays.

Selon le diplomate, de nombreux travailleurs étrangers ont cultivé au fil du temps des liens étroits avec de petites exploitations agricoles familiales.

«Nous comprenons le rôle que jouent ces travailleurs dans votre chaîne alimentaire.»

Tard lundi soir, le bureau de la ministre de l’Emploi Carla Qualtrough a publié une déclaration en réponse aux commentaires de l’ambassadeur, affirmant que le gouvernement les avait pris au sérieux.

Les libéraux dialoguent régulièrement avec des responsables mexicains, selon le communiqué, citant des appels récents entre d’autres ministres du Cabinet dont les dossiers incluent le programme des travailleurs étrangers et leurs homologues mexicains.

Le premier ministre Justin Trudeau s’est également entretenu lundi avec le président mexicain Lopez Obrador et a exprimé ses condoléances pour la mort des deux hommes, selon un communiqué.

«Notre gouvernement continuera de dialoguer et de travailler en étroite collaboration avec l’ambassadeur et d’autres responsables mexicains pour garantir que leurs citoyens sont en sécurité et reçoivent le soutien dont ils ont besoin lorsqu’ils viennent travailler au Canada», indique le communiqué.