Avec l'acquisition du Groupe Jean Coutu, Metro souhaite augmenter ses parts de marché afin de compétitionner davantage avec ses rivaux, notamment les Compagnies Loblaw.

Metro veut se payer Jean Coutu

Le géant québécois de l'alimentation Metro souhaite avaler le Groupe Jean Coutu pour la somme d'environ 4,5 milliards $, selon les analystes financiers. Une transaction vue d'un bon oeil par des propriétaires franchisés de deux organisations.
Mercredi, par voie de communiqué, les deux entreprises ont confirmé «qu'elles entretiennent des discussions en vue d'une proposition visant un regroupement». En avant-midi, le titre des sociétés avait été suspendu à la Bourse de Toronto, alimentant ainsi de nouveau les rumeurs d'une possible fusion entre les deux fleurons québécois, dont la valeur boursière combinée frise les 14 milliards $.
L'offre présentée par Metro est de 24,50 $ par action. Elle est payable «par le biais d'une combinaison de comptant, à raison de 75 % de la contrepartie, et d'actions de l'entreprise, à raison de 25 % de la contrepartie».
Metro et Jean Coutu précisent dans leur missive que «la transaction reste assujettie à la négociation d'ententes définitives». Les deux entreprises n'ont pas voulu émettre d'autres commentaires.
Metro, présent principalement au Québec et en Ontario, détient 942 succursales dans le secteur de l'alimentation. La société brasse également des affaires dans le domaine pharmaceutique avec ses bannières Brunet, Clini Plus et Pharmacy Drug Basics. Metro détient un réseau de 258 pharmacies à travers l'est du pays.
Du côté de Jean Coutu, le groupe compte 419 établissements au Québec, au Nouveau-Brunswick et en Ontario. 
Avec cette acquisition, Metro souhaite augmenter ses parts de marché afin de compétitionner davantage avec ses rivaux, notamment les Compagnies Loblaw (TSX : L). Cette dernière avait acquis, en 2013, la chaîne canadienne Shoppers Drug Mart, propriétaire de la bannière Pharmaprix au Québec. La compagnie doit également livrer bataille aujourd'hui contre des géants américains comme Walmart et Costco qui hébergent aussi des pharmacies dans leurs points de vente.
Pour le propriétaire de deux supermarchés Metro dans la région de Québec, Serge Ferland, cette transaction est une bonne nouvelle pour le consommateur et l'industrie.
«Il y avait des rumeurs depuis longtemps», indique au Soleil l'homme d'affaires, qui a siégé durant près de 20 ans sur le conseil d'administration de la société. D'ailleurs, comme actionnaire et marchand, il voit d'un bon oeil le mariage entre les deux entités. L'idée d'abriter des pharmacies Jean Coutu dans des supermarchés Metro le fait sourire.
«Il faut voir comment on pourrait faire. Il y a déjà des pharmacies dans certains magasins. Bien souvent, la succursale est située dans un centre commercial où il y a des droits d'exclusivité. Ce ne sera pas toujours possible», explique-t-il. «Cette transaction va permettre de sauver beaucoup d'argent dans la distribution et l'achat de produits. Tu peux aller chercher un volume plus important. Il y a beaucoup d'économie à faire et je pense qu'on gagnera tous à être ensemble», poursuit-il.
Climat difficile
Du côté du Groupe Jean Coutu, l'entreprise a signalé à maintes reprises au cours des derniers mois le climat difficile dans son secteur d'affaires en raison d'un mouvement de consolidation du marché. En avril, la compagnie américaine McKesson avait mis le grappin sur Uniprix et ses 330 pharmacies. Rien pour rassurer les joueurs indépendants. Il s'agissait de l'une des plus importantes transactions dans ce secteur pour la province.
Devant une concurrence féroce, le Groupe Jean Coutu avait également dénoncé les politiques du gouvernement dans le domaine pharmaceutique. Surtout «le manque de respect» du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, avec sa réforme de la santé. En janvier, la société avait même confié réévaluer ses investissements pour toute la province.
Selon un pharmacien propriétaire, qui a préféré taire son nom, cette transaction n'aura pas ou très peu d'impacts sur le réseau. 
«Lors de l'achat de Brunet par Metro, il n'y a pas vraiment eu de différences. Pour moi, c'est une transaction en argent, mais est-ce que cela va faire une différence sur le terrain? Je ne suis pas certain. Ils vont probablement utiliser les mêmes infrastructures et les mêmes sites de vente à travers le réseau», avance-t-il, indiquant ne pas avoir reçu plus de détails de sa maison-mère. «Nous allons sûrement avoir plus d'information au cours des prochaines semaines. Toutefois, il faudra attendre de voir si la transaction aura vraiment lieu», poursuit-il.
Le pharmacien concède qu'un regroupement des bannières permettrait d'offrir de meilleurs prix aux consommateurs.
Si la transaction se concrétise, Metro deviendrait propriétaire du plus grand réseau de pharmacies de la province.
À la Bourse de Toronto, l'action de Metro (TSX : MRU) a bondi de 8,78 % pour clôturer la journée à 43,61 $. Un gain de 3,52 $. 
Celle du Groupe Jean Coutu (TSX : PJC.A) affichait 25,54 $ à la fermeture des marchés. Une hausse de 6,28 % ou de 1,45 $.
Familiprix croit en son modèle d'affaires
Déjà propriétaire de 186 établissements Brunet, Metro bouleverse l'industrie pharmaceutique en mettant le grappin sur le Groupe Jean Coutu et ses 418 commerces au Québec, en Ontario et au Nouveau-Brunswick. Rien pour semer la panique chez Familiprix, un autre gros joueur de l'industrie. Le président de Familiprix, Albert Falardeau, n'a pas voulu commenter la transaction. «Familliprix demeure le seul réseau de pharmaciens indépendants regroupant 368 pharmacies et possédant son centre de distribution. Notre modèle d'affaires répond plus que jamais au marché d'aujourd'hui et de demain», affirme M. Falardeau. «Nous offrons des outils novateurs au sein de notre réseau santé de proximité. Le concept Familiprix Santé se déploie présentement et a initié la tendance à prioriser les produits axés sur les saines habitudes de vie.» En mars, Familiprix amorçait un tournant en sortant les chocolats et les croustilles de certains de ses établissements.  Gilbert Leduc