Le maire Régis Labeaume (à droite) a donné la première pelletée de terre aux côtés du président de Medicago, Bruce Clark et du président de Mitsubishi Tanabe Pharma Corporation, Masayuki Mitsuka, actionnaire de Medicago (au centre) sous les yeux des députés Alupa Clarke (fédéral à gauche) et André Drolet (provincial).

Medicago s’implante dans D’Estimauville

La société biopharmaceutique Medicago a lancé officiellement mardi la construction de son usine de vaccins de 245 millions $, qui emploiera quelque 400 personnes. Une preuve selon le maire Labeaume qu’«on est en train de gagner notre pari» pour la revitalisation du secteur D’Estimauville.

«C’est un lieu qui était dévitalisé. […] Il n’y avait personne ici à l’époque. Il y a 1300 personnes qui travaillent dans les deux édifices fédéraux. La CNESST s’en vient avec 1850 employés. Avec les 400 qui s’en viennent ici [Medicago], ça fera 3500 personnes qui vont travailler à la journée longue ici. Et il y a aussi 150 unités d’habitation qui sont en construction. On est en train de gagner notre pari. On est en train de revitaliser le secteur», s’est félicité le maire Régis Labeaume.

Il a précisé que ça faisait environ cinq ans que lui et divers intervenants politiques travaillaient sur ce dossier avec l’entreprise.

Il est vrai que les grillages et les grues se multiplient dans le coin. Le chantier de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) est commencé et sera livré en 2021. Des projets résidentiels sont aussi enclenchés pour la construction de 70 logements sociaux et de 20 maisons en rangée. Une deuxième phase de 14 autres unités est dans les cartons. 

Le maire a fait valoir que cette revitalisation profitera aux propriétaires, qui verront la valeur de leur maison ou leur immeuble à logements grimper, ainsi qu’aux commerces, qui auront plus de consommateurs.

Medicago s’implante quant à elle sur les terrains de l’ancienne ferme SMA, à côté de l’Institut universitaire en santé mentale de Québec (anciennement Robert-Giffard). L’entreprise, qui embauche actuellement 250 personnes à Québec, produit des vaccins à l’aide de plantes. Une technique qui lui permet de les fabriquer en cinq à six semaines plutôt qu’en cinq à six mois pour les méthodes traditionnelles avec des œufs.

«Ce n’est pas par hasard que ce complexe sera construit ici», a commenté le président et chef de la direction de Medicago, Bruce Clark, lors de son allocution. Il a rappelé que le maire avait une vision de développement durable, qu’il voulait un environnement de travail et de vie attrayant. «Medicago est fière de faire partie de cette vision.»

Aide des gouvernements

La Ville avait octroyé un rabais de 6,5 millions $ lors de la vente du terrain à Medicago. Les gouvernements provincial (60 millions $) et fédéral (8 millions $) ont aussi mis la main dans leur poche. Le maire indique toutefois que cet argent reviendra rapidement dans les coffres de la Ville. 

«Nous, on les a accompagnés tout le long, on les a dirigés. Ils nous ont négocié les terrains moins chers, mais [...] au bout de trois ans, on s’est repayé. Et sur 10-15 ans, c’est presque 50 millions $ de taxes, alors c’est extrêmement payant pour la Ville», a-t-il fait valoir après l’annonce.

En entrevue, Jean-Luc Martre, vice-président marketing et développement chez Medicago, explique que l’entreprise a arrêté son choix sur D’Estimauville parce qu’elle «a eu des encouragements de tous les paliers de gouvernement, et en particulier du maire de Québec. […] C’est à peu près le seul endroit à Québec où on pouvait vraiment penser s’installer à cause de la taille de l’usine», qui occupera une surface de 44 000 mètres carrés. 

Une expansion potentielle a d’ailleurs déjà été pensée, si le besoin s’en fait sentir. «On a déjà un très grand terrain, on a aussi des droits sur des terrains environnants», note M. Martre. Québec a aussi été choisie en raison de sa main-d’œuvre qualifiée.

Le projet avait été annoncé en 2015 et devait être prêt pour 2019, puis avait été repoussé. M. Martre avait expliqué au Soleil à la fin août que «les plans avaient changé à plusieurs occasions». Le complexe entrera finalement en service à l’hiver 2021. Il comprendra le siège social, les installations de recherche et de développement ainsi que la production. 

Medicago compte y produire entre 40 et 50 millions de doses de vaccins. 

+

L'usine de Medicago sera terminée en 2021.

VERS UN VACCIN PLUS EFFICACE?

Le vaccin contre la grippe saisonnière de Medicago devrait arriver en 2020 au pays. Et l’entreprise estime qu’il sera plus efficace que ceux produits actuellement.

«On vient de compléter la phase trois, donc c’est la dernière étape avant l’homologation de notre produit. On va l’homologuer et normalement on devrait commencer à le vendre à partir de 2020», explique Jean-Luc Martre, vice-président marketing et développement chez Medicago. Au départ, il sera produit dans l’usine américaine de l’entreprise. Le nouveau complexe produira ses premières doses à partir de 2023.

Quels sont les avantages de produire à l’aide de plantes, plutôt qu’avec des œufs? Il y en a deux principaux, explique M. Martre. Le premier, la vitesse de production. «En cas d’une pandémie de grippe, si on a un vaccin en cinq à six semaines au lieu de cinq à six mois, on peut sauver de nombreuses vies.»

Deuxièmement, la méthode de production permet d’avoir un produit qui correspond mieux aux souches en circulation. «Donc, on espère pouvoir démontrer que notre vaccin va être plus efficace que celui fait de façon traditionnelle sur œuf.»