Les crevettes sont conservées dans la glace avant d'être envoyées à l'usine de transformation.

Marinard Biotech doit envoyer les résidus de crevettes au dépotoir

La production de chitosane est bel et bien terminée chez Marinard Biotech de Rivière-au-Renard. Les résidus de crevette prennent dorénavant le chemin du dépotoir, mais une nouvelle entreprise pourrait les valoriser de nouveau dès 2013.
Marinard Biotech a écoulé ses derniers stocks de chitosane l'hiver dernier et n'a rien produit depuis 2010. Depuis 1999, Marinard Biotech récupérait les carapaces de crevette de son entreprise mère, Pêcheries Marinard. Une fois extraits les minéraux, les protéines et l'eau, il restait des petits copeaux blancs : le chitosane, que l'entreprise vendait en moyenne 30 $ le kilo. Son principal client, Sani Marc, l'utilisait pour purifier l'eau des piscines.
Marinard Biotech était la seule productrice de chitosane en Amérique du Nord. Elle a longtemps été citée en exemple pour la valorisation des résidus. L'entreprise a déjà produit 32 tonnes de chitosane par an, comparativement à une dizaine en 2010.
«Le marché était là» pour le chitosane, affirme Benoit Reeves, directeur général de Pêcheries Marinard. Mais il manquait d'eau potable pour alimenter à la fois l'usine de décorticage de crevette récemment modernisée et la chaîne de production du chitosane. Cette dernière a été sacrifiée, d'autant plus que l'équipement était désuet, explique M. Reeves.
Marinard Biotech continue d'exister : ses cinq employés font des analyses de laboratoire pour les usines de transformation gaspésiennes. Ils ont déjà été 40.
Développement économique Canada avait prêté 1,8 million $ à Marinard Biotech entre 1997 et 2003. En 2002, le gouvernement du Québec, la Fondaction CSN et Innovatech Régions-ressources y avaient investi 3 millions $.
De la farine de crevette?
Pêcheries Marinard paie maintenant 200 000 $ par an pour enfouir un peu moins de 2000 tonnes de résidus de crevette au dépotoir de Gaspé. L'usine voisine, Crevette du Nord Atlantique, de L'Anse-au-Griffon, fait de même. Les deux usines se sont associées pour valoriser leurs résidus dans une nouvelle usine qui serait construite à Rivière-au-Renard. «On cherche un équipement plus moderne pour refaire du chitosane ou faire de la farine de crevette», explique M. Reeves.
Selon Bastien Denis, de Crevette du Nord, la solution la plus plausible consiste à produire de la poudre (farine) de crevette pour l'alimentation humaine. Des représentants de Crevette du Nord et de Marinard s'envoleront vers la Norvège d'ici la fin du mois pour visiter les installations de l'entreprise Seagarden.
«Seagarden fait déjà de la poudre de crevette et n'arrive pas à fournir le marché, rapporte M. Denis. On n'inventera pas le bouton à quatre trous. On sécherait et on moudrait à Rivière-au-Renard. La dernière étape se ferait en Norvège, et Seagarden nous garantirait un prix.» L'investissement totaliserait environ 4 millions $ et créerait une dizaine d'emplois à partir de 2013.