On observe un engouement pour la Gaspésie depuis quelques années. L’intérêt pour les propriétés gaspésiennes a fait monter les prix de 10 % depuis le début de 2019. Ci-dessus, Carleton.
On observe un engouement pour la Gaspésie depuis quelques années. L’intérêt pour les propriétés gaspésiennes a fait monter les prix de 10 % depuis le début de 2019. Ci-dessus, Carleton.

Marché immobilier: la Gaspésie convoitée

MARIA — Les demandes d’information de «gens de la ville» voulant acheter une maison en Gaspésie convergent vers les agents immobiliers de la Gaspésie depuis avril en raison de la pandémie, mais le nombre de transactions a tardé à suivre la même courbe. En fait, les transactions sont souvent conclues avec des acheteurs s’étant manifestés avant la flambée de COVID-19.

Le nombre de demandes d’information est à ce point élevé, ce qui laisse présager une flopée de visites à venir, que des agents immobiliers déterminent un quota de visites quotidiennes, pour ne pas passer l’été à laver des poignées de porte et à aérer des maisons.

Louise Brash, agente pour Via Capitales Horizon à Maria, dans la Baie-des-Chaleurs, dit avoir vu nettement augmenter le nombre de demandes de renseignements pour des maisons à vendre sur son territoire quand, le 29 avril, l’État québécois a statué que la Gaspésie serait décloisonnée le 18 mai.

Bref, la recherche d’une propriété en zone à faible densité de population et à incidence réduite de coronavirus suscite de la convoitise.

«À partir de ce moment d’avril, j’ai eu 50 % plus de demandes d’information. Les gens voulaient venir visiter tout de suite. Je devais leur dire : “Vous ne pouvez venir ici parce que ce n’est pas permis et je ne peux travailler”. Les agents immobiliers n’ont été autorisés à travailler que le 11 mai», explique Mme Brash.

Trois visites par jour

Elle a conséquemment instauré un contingent de visites quotidiennes pour éviter de perdre «des journées du mois de juillet avec du monde dont je n’ai jamais entendu parler par la suite», dit-elle.

«Il m’est arrivé de visiter 10 et même 12 maisons la même journée, avec un client. Cette année, à cause de la pandémie, il faut aérer la maison avant et après la visite, et désinfecter tout ce que le client a touché. C’est aussi une question de respect pour le vendeur. Alors, cet été, je ne fais que trois visites par jour, avec des gens préqualifiés par leur institution financière», explique Louise Brash.

Elle et d’autres agents immobiliers de la Gaspésie tentent par ailleurs de demander à leurs clients potentiels d’avoir une bonne idée de ce qu’ils veulent avant d’entamer une ronde de visites.

«Veulent-ils une maison du côté de la mer, ou de l’autre côté de la route, mais avec vue sur la mer ou veulent-ils une terre? Sont-ils conscients que Pointe-à-la-Croix et Caplan, ce n’est pas la même chose? Quel est leur budget?» poursuit Mme Brash.

Il n’y a pas de profil homogène du citoyen urbain de Montréal, de la couronne de la métropole ou de Québec désireux de changer de vie.

«Il y a des gens qui ont des attaches, qui ont déjà vécu ici. Je reçois des courriels de gens qui sont venus en visite, en vacances ou de gens qui ne sont jamais venus, mais à qui on a vanté les vertus de la région», note-t-elle, rappelant que l’approche à prendre est différente selon les antécédents des gens.

Louise Brash croit-elle que davantage de transactions seront conclues avec l’affluence d’une saison touristique qui s’annonce déjà meilleure que les attentes laissaient croire il y a un mois à peine?

«Si j’ai vendu 25 maisons à des gens de Montréal à la fin de l’été, je serai contente. Mais est-ce un engouement passager? Je n’y crois pas, à une vague d’achats, pour le moment. En septembre, on pourra quantifier», dit-elle.

Hausse des prix

Christian Cyr, agent Royal Lepage à New Richmond, vit une situation différente de celle de Louise Brash depuis un mois, et surtout depuis deux semaines.

«Dans la pratique, depuis trois ou quatre ans, on sent un engouement pour la Gaspésie. Cet engouement s’est concrétisé en 2019 en action d’acheter. C’est le cas autant pour des retraités que pour des jeunes professionnels fatigués des grandes villes à cause du temps de transport, de la chaleur et aussi du prix des propriétés», observe M. Cyr.

Cet intérêt pour les propriétés gaspésiennes a fait monter les prix de 10 % depuis le début de 2019.

«Depuis le 15 mai, j’assiste à une augmentation de demandes. Dans quatre dossiers, j’ai deux ou trois offres, parfois immédiatement pour le prix affiché, et on voit parfois de la surenchère, donc en haut du prix affiché. Depuis deux semaines, je reçois des appels de gens de Montréal voulant visiter à deux ou trois jours d’avis. J’ai 12 propriétés avec des promesses d’achat présentement, sur 55 mandats. La pandémie a prouvé que le télétravail peut fonctionner. Ça prend la fibre optique et on l’a en bien des endroits du territoire maintenant. La pandémie a consolidé la tendance vue depuis deux ans», analyse Christian Cyr.

«La différence entre il y a 20 ans et maintenant, c’est qu’il y a de bons emplois disponibles en Gaspésie. J’ai eu en 2020 le meilleur mois de janvier depuis longtemps. C’était donc avant la pandémie. Puis, le confinement en Gaspésie, c’est comme des vacances pour bien des gens, parce qu’on peut aller dehors et profiter de l’espace, ce qui n’est pas possible dans bien des coins de Montréal, dans un édifice à logements», conclut-il.