Les statistiques de fréquentation des hôtels de la région élargie de Québec, colligées par l'Association hôtelière de Québec et Tourisme Québec, dépeignent un marché en perte de vitesse.

Marché hôtelier à Québec: un creux en 10 ans

Que le Concorde rouvre ou pas, il n'y aura jamais eu aussi peu de chambres d'hôtel sur le marché à Québec. Et ce dernier n'est pas le seul responsable, puisque l'offre a rétréci de 800 chambres en 10 ans. Mais d'autres pourraient bientôt combler le vide, ce qui laisse croire à différents observateurs que l'industrie n'est pas en crise, mais plutôt en profonde mutation.
Pourtant, les statistiques de fréquentation des hôtels de la région élargie de Québec, colligées par l'Association hôtelière de Québec et Tourisme Québec, dépeignent un marché en perte de vitesse. Par exemple, en quatre ans, le nombre de chambres sur le marché est passé de 12 069 à 10 531 en février dernier, c'est une diminution de 1538 chambres (13 %). Et le taux d'occupation a peu augmenté pendant la même période, ce qui signifie que beaucoup moins de chambres ont été louées. Le portrait est sensiblement le même de l'autre côté du fleuve (voir l'encadré).
La tendance n'est pas particulière à la région de Québec. Plus d'une soixantaine d'hôtels ont fermé au Québec en 2013 (200 en trois ans), incluant une quinzaine à Québec.
Manque d'adaptation
Outre l'hôtellerie illégale, la hausse des impôts fonciers et des coûts d'exploitation souvent évoqués, la présidente de l'Association des hôteliers de la région de Québec, Michelle Doré, soutient que ce sont surtout les établissements qui ont refusé de s'adapter à la demande de plus en plus pointue et raffinée, que le marché a sanctionnée naturellement (lire autre texte). Dans le contexte où, sur Internet, la plus modeste des auberges est sur un pied d'égalité avec les grandes chaînes, les établissements qui, par exemple, ont négligé de rénover leurs salles de bain ou d'offrir le Wi-Fi sont pénalisés.
On sait maintenant que le Concorde a besoin de rénovations majeures et que ses chambres ne sont pas de la dernière mode. En janvier dernier, un analyste de la firme spécialisée Horwath HTL expliquait qu'avec sa fermeture, la tarte allait se partager entre les autres hôtels, avec un influx positif au taux d'occupation.
Mais cette hausse ne peut se concrétiser que si le nombre de chambres offertes reste bas. Or, de nombreux projets sont dans les cartons aux quatre coins de la ville et de la région. Le Soleil en a recensé pas moins de neuf (voir le tableau) annoncés dans la dernière année, dont plusieurs comptent au-delà de 100 chambres.
«Si tous ces projets se concrétisent la même année, c'est sûr qu'il va y avoir bouchon dans entonnoir», souligne Gilles Larivière, président de Horwath HTL. Mais c'est peu probable, s'empresse-t-il d'ajouter. «Il y a toujours beaucoup d'intentions, beaucoup de projets, mais avant de passer à la réalisation, il y a beaucoup de temps et beaucoup de pression financière.»
Spécialisation
Ce qui le rassure également, c'est cette tendance à la «spécialisation». «On ne bâtit plus d'hôtels de 500 chambres. On fait des hôtels plus petits, ce qui permet de se spécialiser un peu plus [... et] c'est bien pour tout le monde.» Il donne l'exemple du projet résolument familial du village vacances au nord de Québec. «S'il se construit un hôtel à Valcartier, ça ne va pas vraiment déranger la clientèle du boulevard Laurier», illustre-t-il. De cette façon, l'offre peut croître, sans affecter négativement le taux d'occupation.
L'Office du tourisme de Québec remarque aussi cette diversification. «Si l'offre est différente, la clientèle est différente, alors pour nous, comme destination, c'est positif», résume Sylvain Gagné, responsable de communications pour l'Office du tourisme de Québec.
Depuis la crise en 2009, «les tarifs suivent la croissance de l'inflation et les taux d'occupation s'améliorent un peu», poursuit M. Larivière, ajoutant que les hôtels urbains se portent mieux que les hôtels de villégiature, en raison d'un certain retour en ville de la clientèle d'affaires. La fermeture du Concorde est peut-être une surprise, dit-il, mais il est convaincu que ses chambres «vont être remplacées» par des projets viables.
Le Conference Board, cité dans un rapport préparé par la CSN, avance que cette période de restructuration que vit le marché tire à sa fin et prévoit «une hausse de la fréquentation touristique de 2,1 % par année jusqu'en 2017».
Ne pas «faire l'autruche»
La tendance est mondiale et «si on fait l'autruche, on va rater le bateau», lance la présidente de l'Association des hôteliers de la région de Québec, Michelle Doré. Au fait, quelle tendance? D'abord Internet, «qui a tout changé», et celle de l'expérience client et de ces petites attentions qui défavorisent souvent les grandes chaînes d'hôtel.
Avant, dit-elle, y'avait l'Auberge des gouverneurs «qui plaisait à tout le monde. Tout le monde allait dans les grandes chaînes et ne se posait pas la question.» Mais depuis plusieurs années déjà, sur Internet, ces hôtels se trouvent sur un relatif pied d'égalité avec les bed and breakfast, les hôtels de grand luxe et les auberges plus modestes. «Le petit hôtel comme j'ai [l'auberge Place d'armes] a autant pignon sur rue que le Château Frontenac!» souligne-t-elle, et ils se font compétition sur les sites de réservation en ligne.
Dans le contexte où «tout le monde a un peu moins d'argent, les clients regardent tout ce qu'ils peuvent avoir de mieux avec leur argent» et la base, donc, ne suffit plus, résume l'aubergiste. «Aujourd'hui, la salle de bain est presque plus importante que la chambre!» Les touristes, selon elle, recherchent aussi «une expérience pour se fondre dans la vie de la ville», ce qui explique du même coup la popularité du couch surfing, de AirBnB et des logis chez l'habitant. La clientèle d'affaires recherchera quant à elle une connexion Internet rapide, un bon déjeuner, une salle d'entraînement, etc.
Ceux qui négligeront de s'adapter à ces tendances courent à leur perte, croit Mme Doré. «Il faut s'adapter, changer, se renouveler. L'Auberge des gouverneurs, le Concorde, ça faisait combien d'années que ce n'était plus rentable? Pas rénové?»
Mais elle n'est pas pessimiste pour autant. «Ce n'est pas un portrait qui est rose, pas un portrait qui est sombre. Tout est dans la philosophie de chacune des entreprises pour garder sa clientèle.»
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Lévis sur l'élan des congrès
Le Centre de congrès et d'expositions de Lévis déborde, à un point tel qu'il doublera bientôt de superficie. «On est parti sur une envolée», lance son directeur général, Michel Douville. «On va prendre des plus gros congrès, donc il y aura plus de demandes pour demeurer sur place.» C'est pourquoi il prévoit l'agrandissement de l'hôtel adjacent au centre des congrès, le Four Points, un immeuble de 24 étages qui comprendrait 14 étages de condos. Les travaux pourraient débuter dès l'automne.
Mais entre-temps, le directeur général de Tourisme Chaudière-Appalaches, Richard Moreau, confirme que sa région subit la même tendance que Québec quant au nombre de chambres sur le marché. Même qu'au sud du fleuve, leur prix moyen est à la baisse, alors qu'il suit l'inflation à Québec. Il l'explique par un ralentissement général du pouvoir d'achat, et par la force du dollar canadien, qui incite les Québécois à déserter la province au profit des tout-compris du Sud offerts à des prix très bas. Mais c'est cyclique, dit-il. «Ça va prendre deux, trois ans avant de remonter la pente.» Il voit la baisse du dollar comme un signe encourageant.