Marché de l'emploi: Québec toujours en bonne position

L'année 2013 a été marquée par la création de 1000 emplois dans la région métropolitaine de recensement (RMR) de Québec.
Au 31 décembre, on y dénombrait 422 200 travailleurs, selon les données mensuelles dévoilées vendredi par l'Enquête sur la population active de Statistique Canada. Le taux d'emploi chez les 25 à 54 ans affichait près de 90 %.
Et le taux de chômage, lui, s'établissait à 4,7 %, le plus bas au Canada devant Calgary et Edmonton (4,9 %). En 2012, la RMR de Québec - qui couvre principalement le territoire des villes de Québec et de Lévis - montrait un taux de chômage de 5,1 %. Il s'en est fallu de peu pour que la région égalise ou fracasse le taux historique de 4,6 % observé en 2008.
«Nos attentes étaient modestes pour 2013 en raison des nombreux soubresauts de l'économie, mais la RMR de Québec a maintenu le cap de la croissance en affichant la création de 1000 emplois par rapport à 2012 sur une base désaisonnalisée», a indiqué l'économiste en chef de Québec International, Louis Gagnon.
Il y a un an, ce dernier estimait que la région allait s'enrichir d'environ 2000 emplois en 2013. Douze mois plus tard, il juge que, malgré tout, la situation est «satisfaisante» étant donné que le marché de l'emploi à Québec a pris une longue pause au cours de l'été.
«L'année avait commencé en lion avec la création de 9400 emplois au premier trimestre. Puis l'emploi a pris congé durant la pause estivale», a expliqué M. Gagnon au Soleil. À la fin du deuxième trimestre, la région enregistrait une baisse de 6100 emplois par rapport au trimestre précédent. Avec l'arrivée de l'automne, le vent a subitement tourné. En décembre seulement, un gain de 4700 a été enregistré, soit la meilleure performance au Canada derrière la région de Vancouver.
Selon l'économiste en chef de Québec International, la bonne performance de l'emploi s'explique principalement par la diversification économique qui s'est faite au cours des dernières années. «Elle a permis de faire abstraction d'un secteur des services anémique en 2013. Elle a aussi contribué à redonner du tonus au marché de l'emploi après la période estivale plutôt calme.»
Dans la RMR de Québec, le secteur des services est roi et maître. Pas moins de 85 % des emplois de la région se retrouvent du côté des commerces, des compagnies d'assurances, des écoles, des hôpitaux, des hôtels, des restaurants, des administrations publiques et autres services professionnels. Or, en 2013, ce secteur n'a pas connu la performance du siècle.
«Contrairement à son habitude, la région de Québec a observé une pause au chapitre de la création d'emplois dans le secteur des services en 2013», a indiqué M. Gagnon. «Cependant, l'industrie de la construction et le secteur manufacturier ont pris la relève. Selon les données préliminaires, la construction non résidentielle connaîtra une année record avec des investissements de plus de 1 milliard $ en 2013. De leur côté, des manufacturiers ont consolidé des emplois grâce à l'ajout de nouvelles commandes au cours des derniers mois.»
Pour 2014, Louis Gagnon se risque à prévoir la création de 2000 à 3000 emplois dans la RMR de Québec surtout en raison de la reprise qui s'installe lentement mais sûrement aux États-Unis.
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Le Canada et le Québec perdent des plumes
En matière d'emploi au Canada et au Québec en décembre, le père Noël n'a été guère généreux. Près de 46 000 emplois ont disparu de la carte au pays le mois dernier et, au Québec, 10 200 emplois n'existent plus. Et ce sont principalement des emplois à temps plein qui se sont envolés, a constaté Statistique Canada qui publiait, vendredi, ses données mensuelles de l'Enquête sur la population active.
Au Canada, le taux de chômage a augmenté de 0,3 point de pourcentage pour se fixer à 7,2 %. Au Québec, il a fait un bond de 0,5 point de pourcentage, passant de 7,2 % à 7,5 %. Statistique Canada a précisé que, dans les deux cas, l'augmentation s'expliquait principalement par le fait qu'un grand nombre des chercheurs d'emploi - qui étaient sur la touche ces derniers temps - avaient repris confiance et croyaient enfin en leurs chances de se trouver un gagne-pain. Au Québec, ils sont plus de 12 000 à avoir recommencé leur recherche d'un boulot.
Ralentie par la baisse survenue en décembre, la progression de l'emploi en 2013 au Canada s'est établie à 10 2000 (0,6 %). Il s'agit du taux de croissance de décembre à décembre le plus bas depuis 2009, a révélé Statistique Canada. En 2012, l'emploi avait progressé de 310 000 (1,8 %). Plus précisément, la croissance mensuelle moyenne de l'emploi l'an dernier s'est chiffrée à 8500 comparativement à 25 900 en 2012.
«Le bilan de l'année 2013 est assez mitigé», a constaté l'économiste principal de Desjardins, Benoit P. Durocher. «Il s'agit d'une augmentation en ligne avec une économie qui progresse à un rythme modéré. En ce qui concerne les comparaisons de fin d'année, il faut être prudent, car les résultats de 2013 sont assombris par la réduction de l'emploi répertoriée en décembre dernier et par le gain significatif qui avait été observé en décembre 2012.»
Selon l'expert, «si l'emploi ne rebondit pas en janvier - comme c'est souvent le cas après une contre-performance -, cela soulèvera certaines inquiétudes concernant l'état de santé du marché du travail. Nous n'en sommes pas encore à ce point, mais la situation devra être suivie de près.»
À l'échelle provinciale, la plus forte croissance de l'emploi de décembre 2012 à décembre 2013 a été enregistrée en Alberta (3,3 %).
Québec
De décembre 2012 à décembre 2013, le Québec a gagné 2100 emplois. Pendant ce temps, l'Ontario en engrangeait 24 000. Joëlle Noreau, économiste principale chez Desjardins, parle de «faibles gains» dans les deux cas.
«Nous observons une tendance de l'emploi inversée dans les deux provinces», a-t-elle expliqué. «Selon la croissance mensuelle moyenne de l'emploi, il y a une amélioration au fil du temps pour le Québec qui ne compte qu'une moyenne de 175 emplois par mois en 2013, alors que celle-ci s'établit à 10 833 pour le dernier trimestre. On note qu'en Ontario, la situation s'est détériorée d'octobre à décembre. Cependant, les moyennes annuelles de l'emploi révèlent un portrait beaucoup plus positif. Les gains québécois se chiffrent à 47 800 et ceux de l'Ontario sont de 95 700.»
Selon elle, «un mois ne fait pas une année et il ne faut pas présumer de 2014 avec les résultats publiés vendredi. De nombreux indices permettent d'entrevoir une meilleure année pour l'emploi en 2014. Une embellie se dessine depuis plusieurs trimestres aux États-Unis, et ce, en dépit de la hausse anémique de l'emploi le mois dernier. Ce regain d'activité pourrait profiter à nos exportateurs. De même, le tonus de l'économie canadienne devrait se raffermir en 2014, ce qui bénéficierait également aux deux provinces. La faiblesse du huard pourrait soulager quelque peu les manufacturiers.»
Directrice des Solutions aux PME et du service à la clientèle chez Workopolis, Sylvie Doré a noté pour sa part que les employeurs sont réellement en mode recrutement en ce début d'année.
«Nous enregistrons une hausse de 15 % du nombre de postes affichés sur notre site», a-t-elle fait remarquer au Soleil. «Même les employeurs du secteur manufacturier sont à la recherche de travailleurs. En effet, nous notons une légère augmentation de 8,5 % du nombre de postes affichés par ces derniers.»
Selon Mme Doré, la demande demeure soutenue pour tous les emplois spécialisés (soudeurs, assembleurs, etc.), pour le personnel de la santé et pour les vendeurs de tout acabit.
Le site de recherche d'emploi a interrogé les Canadiens, en novembre dernier, sur leur niveau confiance de se trouver un boulot en 2014. Un répondant sur quatre a indiqué qu'il serait plus facile cette année de dénicher un gagne-pain qu'en 2013.
Déception aux États-Unis
Il ne s'est créé que 74 000 emplois aux États-Unis en décembre, ce qui a provoqué un brin de déception chez les observateurs. Les attentes étaient grandes étant donné qu'un gain de 241 000 postes avait été enregistré en novembre. «De si faibles embauches ne s'étaient pas manifestées depuis janvier 2011», a souligné Francis Généreux, économiste principal chez Desjardins. «La création d'emplois en décembre est très décevante, mais puisqu'elle fait écho à aucun autre signe de faiblesse de l'économie, on peut supposer qu'un rebond se manifestera rapidement», conclut-il. En dépit de cette performance décevante, le taux de chômage a chuté de 7 % à 6,7 %. Une situation qui s'explique par une sortie de près de 350 000 Américains de la population active.