Marc Dutil, président-directeur général de Canam, fils du bâtisseur Marcel Dutil et fondateur de l'École d'entrepreneurship de Beauce,

Marc Dutil: les trois leçons d'un chef

Président-directeur général de Canam, fils du bâtisseur Marcel Dutil et fondateur de l'École d'entrepreneurship de Beauce, Marc Dutil a profité de son passage devant le Cercle finance du Québec, mercredi, pour partager quelques-uns des bons filons qui ont fait de son entreprise une aventure prospère, avec un chiffre d'affaires qui a dépassé le milliard de dollars en 2013. Nous en avons retenu trois.
Faut pas attendre d'être gros pour investir, faut investir dès le départ
Quand Canam a acquis Structal-ponts à la fin des années 90, c'est parce que l'entreprise était en difficulté. Et aujourd'hui, cette division à elle seule génère entre 150 et 160 millions $ en revenus chaque année. «Il y a peut-être des gens dans la salle qui se disent : "Je rêve d'être gros. Je rêve d'avoir des millions parce que je vais pouvoir m'acheter des machines, des bébelles, engager un dg, je vais pouvoir faire tout ça..."», illustre Marc Dutil, très à l'aise comme conférencier. «Mais nous autres, la philosophie, c'est que si vous n'avez pas la machine, votre dg et vos investissements, vous ne serez jamais gros. Donc, quand on est entré dans la business de ponts qui avait de la misère, on s'est dit on va investir, on va mettre du talent, on va réfléchir... et c'est devenu gros.» Structal-ponts a notamment fait les ponts de l'autoroute 30 et 25, dans la région de Montréal... la même année!
L'humain est un être bipolaire, mais l'homme d'affaires doit faire attention
Il peut être facile de se laisser emporter par les émotions en affaires. «Quand ça va bien, tu peux être tenté de dire oui à n'importe quelle niaiserie, comme à une commande de balles de golf à 1200 $ pour un tournoi corporatif. Puis quand ça va mal, tu dis non à des nécessités, comme payer des cours d'anglais à 500 $ à des gérants de projets qui travaillent avec les États-Unis. Tu deviens fou!»
Le conseil de Marc Dutil, pour dompter l'humain bipolaire qui sommeille en chacun de nous? «Il faut être capable de se désynchroniser de l'économie. Canam travaille dans une industrie où prévoir la prochaine année, c'est très difficile. Économie américaine, prix de l'essence, construction non résidentielle... ça swingue par en haut et ça swingue par en bas. Alors, nécessairement, sur un cycle de six ou sept ans, on a des années qui vont bien et des années qui vont mal.»
Bref, ce n'est pas parce que ça va bien qu'il faut payer des fins de semaine à Las Vegas à tout le monde et ce n'est pas parce que ça va mal que tu dois mettre des employés à pied. Au contraire, dit Marc Dutil, parce que c'est quand l'industrie connaît des difficultés que les meilleurs candidats sont sur le marché du travail et que l'équipement est moins cher, ce peut donc être le meilleur moment pour prendre de l'expansion.
Il y a juste les fous qui ne changent pas d'idée
Surprise! Après avoir longtemps plaidé pour l'utilisation de l'acier dans la construction de l'amphithéâtre de Québec - et dénoncé les mesures gouvernementales favorisant l'industrie forestière -, Canam a investi au début de l'année dans une société d'ingénierie spécialisée... dans les structures de bois! «Tu as beau t'être battu pour montrer que tu étais plus fin que les autres, des fois, ça te rattrape. Tu vois que les choses ont évolué, que les moeurs ont changé, puis là, il y a une ouverture.»
Cette ouverture, c'était Massif Technologies, qui est devenu Structure Fusion depuis que Canam a acquis 66 % des parts. «On accuse nos politiciens qui ne veulent pas changer d'idée d'être têtus. Et quand ils changent d'idées, on dit qu'ils sont des girouettes! Mais croyez-moi, en affaires, vous voulez être capable de changer d'avis et de vous rallier à l'industrie», conclut Marc Dutil.
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L'humilité de l'étudiant
À la fin de son allocution, Marc Dutil a invité Sébastien Vachon, président de Korem, à venir témoigner de son expérience à l'École d'entrepreneurship de Beauce. Et celui-ci en convient : ça prend beaucoup d'humilité pour être capable de retourner sur les bancs d'école après 20 ans à la tête d'une entreprise qui va bien. Même que l'orgueil en prend un coup!
«La première chose que l'on gagne à l'École d'entrepreneurship, c'est un gros manque de crédibilité», a lancé Sébastien Vachon, semant les rires dans la salle. «Tu rencontres tes banquiers, tu rencontres tes gens d'affaires, puis ils te disent : "Ah, c'est cool, tu t'en vas à l'École d'entrepreneurship, les gens vont apprendre beaucoup avec toi." Et c'est à ce moment que tu leur annonces que tu y vas comme étudiant...»
Se faire «brasser»
Fondé en 2010, l'établissement tourné vers la relève entrepreneuriale comprend un programme Élite qui se prépare à former sa huitième cohorte dès le mois d'avril. Les frais d'inscription sont de 50 000 $. «C'est un investissement majeur pour un entrepreneur. Vous devez aller là pour vous faire brasser un peu, vous faire sortir de votre zone de confort. [...] Quand ça fait 20 ans que tu es en business, que tu as parcouru beaucoup de chemin et passé à travers des tempêtes, tu vas où pour ventiler, tu vas où pour communiquer avec des gens et échanger?»
Selon M. Vachon, il n'y a rien de mieux que de se retrouver avec d'autres entrepreneurs, pour un séminaire de cinq jours à quelques heures de ton lieu de résidence, pour s'inspirer de grands bâtisseurs comme la famille Lemaire, de la compagnie Cascades, qui accepte de donner de son temps afin de doter le Québec d'une économie plus forte. «Ça permet de te positionner, de t'évaluer un peu. Tu sors de là rempli d'énergie», expose-t-il.