Le directeur général de Cité Joie, Denis Savard.

Manque criant de personnel à Cité Joie

«Il y a des parents de personnes handicapées qui n’auront pas de vacances cette année.»

À l’autre bout du fil, Denis Savard semble résigné.

«Dans votre article, allez-vous l’écrire que nous avons encore des postes à pourvoir ? Ça serait tellement apprécié.»

Depuis 40 ans, Denis Savard dirige Cité Joie. Il s’agit d’un centre de vacances et de répit pour les personnes handicapées. Situé à Lac-Beauport, il est le plus important du genre dans l’Est-du-Québec.

Bon an mal an, Cité Joie accueille plus de 2600 personnes handicapées intellectuellement et/ou physiquement. Pas seulement des enfants, mais des gens âgés jusqu’à 80 ans.
Cité Joie est ouvert 361 jours par année.

De septembre à juin, des fins de semaine de répit sont proposées aux proches des personnes handicapées afin qu’ils puissent reprendre leur souffle. Puis, à l’arrivée du mois de juin, les camps d’été se mettent en branle. Des séjours de six et de douze jours sont offerts jusqu’à la mi-août.

«Nous pouvons accueillir jusqu’à 150 vacanciers à la fois», fait remarquer Denis Savard. «Dans les circonstances actuelles, nous devons nous restreindre à héberger guère plus de 100 personnes.»

Ces «circonstances actuelles» se résument en trois mots : rareté de main-d’œuvre. Un fléau qui n’épargne personne.

«Nous savions que l’année 2018 allait être difficile au chapitre du recrutement des étudiants pour l’été. Jamais nous n’avons anticipé que ça allait être aussi pire que ça. Écoutez, nous sommes rendus à la fin du mois de juin et nous rencontrons encore des candidats ! Et j’ai l’impression que ça va être comme ça une bonne partie de l’été», raconte le directeur général qui en a pourtant vu d’autres.

«Il y a deux ou trois ans encore, tout notre personnel était embauché à la fin du mois d’avril et dès les premières semaines de juin, nous débutions la période de formation de 75 heures.»

Encore une dizaine de postes à combler

C’est à compter de la mi-décembre de l’an dernier que le patron de Cité Joie a commencé à constater que l’année 2018 n’allait pas être tout repos.

«Malgré tous les efforts que nous avons déployés, les CV des étudiants n’entraient qu’au compte-gouttes. Ça se poursuit comme ça depuis.»

L’été, habituellement, Cité Joie embauche près de 70 étudiants.

«Aujourd’hui, il nous en manque encore une dizaine pour être vraiment à l’aise», confie Denis Savard qui s’inquiète particulièrement pour les camps qui se tiendront au mois d’août. «C’est pourquoi nous travaillons d’arrache-pied pour combler tous les postes vacants.»

Ce manque de personnel a des répercussions sur les activités quotidiennes des camps d’été.

«Évidemment, nous ne faisons aucun compromis en ce qui a trait à l’encadrement et à l’animation des vacanciers. Leur bien-être, leur assurer un bon hébergement et une saine alimentation, c’est notre devoir. Pour ce qui est des sorties extérieures et autres activités sociales à plus grand déploiement, par contre, nous mettons la pédale douce afin de ne pas surcharger notre personnel.»

À l’occasion, Cité Joie va demander du renfort du côté des bénévoles et des personnes retraitées.

Surenchère salariale

Denis Savard raconte que des jeunes embauchés le printemps dernier lui ont fait faux bond avant même de mettre les pieds à Lac-Beauport pour aller gagner leur croûte ailleurs.

Selon lui, la rareté de main-d’œuvre provoque actuellement une surenchère. Les entreprises du secteur privé proposent des salaires horaires de 15 $, 16 $ ,17 $ et même plus aux étudiants.
«Aucun camp comme le nôtre ne peut rivaliser avec ça», témoigne M. Savard en soulignant que les billets verts que recueille Cité Joie dans ses campagnes de financement servent principalement à réduire de moitié les coûts de séjour pour les vacanciers.

«À nos étudiants, nous leur offrons un forfait d’environ 325 $ par semaine. Ils sont nourris et logés. Le privé, lui, va être en mesure de leur verser 600 $ et le jeune va coucher chez lui tous les soirs.»

Au Soleil, Denis Savard précise que la Cité Joie ne propose pas qu’un petit boulot aux jeunes, mais un lieu d’apprentissage et de formation, principalement pour ceux et celles qui se dirigent vers une carrière en éducation spécialisée ou en psychoéducation.

Des fermetures à l’horizon ?

Au rythme où vont les choses, Denis Savard se demande comment les camps vont résister à la tourmente actuelle.

«Ça risque d’avoir un effet sur notre capacité d’accueillir des personnes handicapées et, par le fait même, à accorder un brin de répit à leurs proches. Ça peut risquer, aussi, la fermeture de camps.»

Les médias de Québécor rapportaient plutôt cette semaine, la fermeture, cet été, du Camp Canawish à Rivière-Ouelle dans le Bas-Saint-Laurent qui accueille depuis près d’un quart de siècle des personnes atteintes de déficience intellectuelle ou physique. L’établissement a recruté seulement quatre moniteurs. Il lui en fallait le triple.

«Nous avoir une grosse réflexion à l’automne afin d’entreprendre 2019 d’une autre façon», annonce Denis Savard. «Comme tout le monde, on va regarder du côté de l’immigration. Il peut y avoir aussi des pistes intéressantes du côté des personnes retraitées.»