Pierre Moreau, président-directeur général, Restos Plaisirs

Main-d'œuvre, techno et Cie: ce que réserve 2018

Le Soleil a demandé à quelques entrepreneurs de la région de Québec et à des analystes de raconter ce qu’ils prévoient dans leur secteur d’activités. Dans bien des cas, la pénurie de main-d’œuvre sera au cœur des préoccupations, comme l’utilisation des nouvelles technologies. Voici donc de quoi sera fait 2018 selon eux.

Pierre Moreau, président-directeur général, Restos Plaisirs

«L’année 2018 pour Restos Plaisirs, en sera une de consolidation, après l’ouverture de deux nouveaux Cochon Dingue en moins de 12 mois (Lévis en mai et Place Sainte-Foy en novembre) et l’ouverture d’une boutique traiteur dans la tour Jules-Dallaire, également en novembre. Nous ne planifions aucun nouveau projet d’envergure avant 2019.

Nous ne prévoyons pas non plus de très grosses augmentations des ventes, au plus 3 % sauf peut-être si la saison touristique s’avère aussi exceptionnelle que cette année.  Notre plus gros défi sera sans aucun doute l’enjeu de la main-d’œuvre. En 35 ans de carrière, je n’ai jamais connu une telle pénurie de main-d’œuvre. Cela qui risque d’ailleurs de limiter le potentiel de croissance de notre entreprise dans le futur. Il existe une série de solutions pour résoudre ce problème, comme l’allègement des critères d’immigration et la modification du calendrier scolaire. Il faudra par contre que nos gouvernements légifèrent rapidement… Ça, c’est mon vœu pour la nouvelle année !»

Sylvain Charlebois, professeur titulaire, à la faculté en Management et en Agriculture et doyen de la faculté en Management à l’Université Dalhousie

Sylvain Charlebois

«Notre système de quotas et de tarifs douaniers excessifs pour protéger certaines filières démontre une désuétude avancée et empêche notre économie agroalimentaire de devenir une réelle force mondiale. Les négociations entourant l’Accord de libre-échange nord-américain ont inquiété avec raison plusieurs de nos producteurs agricoles cette année. Pour 2018, les choses ne s’annoncent guère meilleures. Pour la première fois, en 2017, un président américain clamait publiquement la fin de la gestion de l’offre, répandant la consternation partout sur notre territoire canadien puisque nous n’avons aucun plan, aucune stratégie pour passer à autre chose.

La gestion de l’offre réclame un nouveau souffle, une réforme qui donnerait à nos agriculteurs la possibilité de rivaliser avec la production nord-américaine. Nos transformateurs laitiers et nos restaurateurs en ont grandement besoin. Des années d’inertie nous ont empêchés de tenir un véritable débat de société sur la question. Espérons que l’année 2018 nous fera passer aux actes.»

Stéphane Agnard, directeur R et D et performance usinage, APN

«2018 sera marqué par l’intégration de systèmes prescriptifs et prédictifs à tous les niveaux de l’entreprise. On assistera à l’augmentation des interactions homme-système dans la prise de décision et dans l’exécution des opérations. L’introduction de robots collaboratifs permettra d’éliminer les tâches sans valeur ajoutée. La collecte et l’utilisation de la donnée est une considération des plus importantes pour assurer le futur de l’entreprise.

L’entreprise est en pleine transformation d’un secteur traditionnel à un secteur des technologiques de l’information. La différenciation ne sera plus celle du produit, mais des systèmes qui font les produits.»

Jean Laberge, président de Canac et du Groupe Laberge

«Nos perspectives pour la prochaine année sont encore excellentes. 2017 fut au-delà de nos prévisions, nous allons ouvrir deux nouveaux magasins en 2018. La croissance de nos magasins actuels est encore très bonne. Il est évident que nous accroissons toujours nos parts de marché. Le grand défi sera encore de trouver la bonne méthode d’opérations nécessaire pour faire marcher tout cela.»

Alain Chandonnet, président-directeur général de l’Institut national d’optique

«L’INO entrevoit un couplage de plus en plus fort entre les technologies de la photonique qu’il développe et les systèmes d’apprentissage profond et de décision automatisée basés sur l’intelligence artificielle. L’INO est déjà très actif en cette matière, mais 2018 marquera une accélération avec une accentuation de l’utilisation de l’Internet des objets et de la robotique dans toutes les sphères industrielles. Les premiers déploiements significatifs de la technologie de télécommunication ultrarapide 5G se produiront aussi en cours d’année, et conduiront à l’émergence de services basés sur des capteurs intelligents qui analyseront notre environnement urbain et les infrastructures. L’INO poursuivra son expansion partout au pays, dont une présence accrue et l’établissement d’une place d’affaires à Montréal dès le printemps 2018.»

Odina Desrochers, porte-parole de l’AMDEQ

«L’Association des marchands dépanneurs et épiciers du Québec (AMDEQ) aurait souhaité profiter de bonnes nouvelles de la part du gouvernement Couillard qui a littéralement bombardé les médias au cours des dernières semaines pour annoncer de nombreux engagements, mais sur la longue liste, rien de figure pour les détaillants en 2018.

L’AMDEQ espère que Martin Coiteux, ministre de la Sécurité publique, responsable de la Régie des alcools, des courses et des jeux, autorise des modifications aux heures d’exploitation des détaillants et mette fin aux promotions croisées. Rien n’a filtré dans le dossier de la consigne et L’AMDEQ souhaite une augmentation significative aux primes prévues pour le ramassage des produits consignés. L’AMDEQ espère que les prochaines sessions parlementaires à Québec et à Ottawa apporteront des bonnes nouvelles. On souhaite que le fédéral remette à l’avant-scène le projet de loi qui limiterait les taux des frais des cartes de crédit facturés aux marchands.»

Josée Méthot, présidente-directrice générale, Association minière du Québec

«Depuis quelques mois, le climat est favorable au développement minier. De belles mines sont en activité et de beaux projets sont en développement, favorisant notamment la diversification des filières minérales. Bien que tout ne soit pas rose, la morosité des dernières années semble avoir fait place à l’optimisme, ce qui motive à affronter les défis de 2018. Puisqu’il faut compter une dizaine d’années entre la découverte d’un gisement et la mise en opération d’une mine, c’est donc maintenant qu’il faut préparer les 15 ou 20 prochaines années. Des dossiers et enjeux importants continueront d’occuper l’Association minière du Québec et ses membres en 2018. Mentionnons : les exigences gouvernementales liées notamment à la réduction des émissions de gaz à effet de serre ; les nouvelles modalités des processus d’autorisation environnementale ; la révolution industrielle 4.0 ; les besoins de main-d’œuvre et la relève.»

Patrick Klaus, directeur général d’Ubisoft Québec

«L’année 2018 sera une année passionnante pour nos 500 créateurs et le développement de nos jeux. Nous avons l’opportunité et le talent pour travailler sur des productions qui rivaliseront avec ce qui se fait de mieux dans l’industrie à travers le monde. Les défis sont énormes et notre objectif sera de placer nos équipes dans des conditions optimales de succès pour divertir des millions de personnes à travers le monde. Tout ceci en poursuivant notre croissance, en contribuant à bâtir une relève forte dans toutes les disciplines et en attirant les meilleurs talents de l’industrie à venir travailler et vivre dans notre belle ville de Québec.»

Sébastien Vachon, président de Korem Géospatial

Sébastien Vachon, président de Korem Géospatial

«Notre marché, associé aux solutions de géolocalisation, connaît une croissance fulgurante dépassant aujourd’hui 30 milliards et les experts anticipent plus de 20 % d’augmentation par année d’ici 2024. Avec un carnet de commandes déjà bien garni, Korem envisage une année record pour 2018, année qui marquera du même coup notre 25e anniversaire. Partout en Amérique du Nord, des organisations d’envergure des secteurs de l’assurance, des télécommunications, de l’énergie et du commerce au détail nous contactent afin de profiter de notre expertise reconnue dans le marché. Notre défi principal demeure le recrutement d’employés bilingues pour l’ensemble de nos opérations afin de soutenir notre croissance.»

Martin Carrier, président et chef de la direction du studio Frima

Martin Carrier, président et chef de la direction du studio Frima

«Pour Frima, 2018 sera une année de grands défis et de grandes opportunités. Le domaine du jeu vidéo demeure porteur et en croissance. Le talent est de plus en plus planétaire et la compétition pour la création de contenu est intense. Cela représente un défi énorme et électrisant  pour une PME de Québec. Cependant, les opportunités sont toutes aussi alléchantes, car nos compétences en jeu en et animation nous positionnent comme des créateurs de contenu privilégiés au-delà de nos marchés traditionnels et nous ouvre les portes de marchés comme ceux en forte expansion des jouets connectés, la réalité virtuelle et la réalité augmentée.»

Nancy Florence Savard, présidente fondatrice de Productions 10e Ave

Nancy Florence Savard, présidente fondatrice de Productions 10e Ave

«Productions 10e Ave a tout un plan de match pour l’année à venir. Le 23 février, la société cinématographique et télévisuelle de Saint-Augustin-De-Desmaures lancera au Québec son troisième long métrage d’animation : Nelly et Simon : Mission Yéti, avec les voix de Guillaume Lemay-Thivierge, Sylvie Moreau et Rachid Badouri. Ce film 100 % québécois aura fait travailler jusqu’à 200 personnes et exigé plus de 24 mois de production dans la région de la Capitale-Nationale. En plus de suivre ce film qui sera présenté en compétition et mis en marché à l’international, l’entreprise entamera le financement du quatrième long métrage d’animation de sa boîte : Félix et le trésor de Morgäa de l’auteur Marc Robitaille et du réalisateur Nicola Lemay. Nous espérons mettre le projet en production d’ici l’été 2018 pour maintenir des champions de l’animation dans la région. Nous présenterons en mars au Cartoon Movie à Bordeaux, notre cinquième long métrage d’animation assisté par ordinateur. Le long métrage Brad le génie des Pomerleau, de l’auteure jeunesse Johanne Mercier et du réalisateur Pierre Greco, a été honoré du Cartoon Award du Cartoon Connection 2017. En 2018, 10e Ave tentera un tour du chapeau avec une équipe d’élite qui fait rayonner le talent d’ici partout sur la planète !»

Lara Emond et Olivier Brière-Leblanc, fondateurs du Groupe Sub Rosa

«En 2018, les entreprises devront se montrer plus agiles que jamais et faire évoluer leur modèle d’affaires rapidement tout en développant et en acquérant les talents nécessaires pour les épauler. Les défis seront multiples : plus grande utilisation des robots et d’intelligences artificielles ; accélération de l’implantation de la réalité augmentée ; personnalisation de l’expérience Web ; réglementation autour des influenceurs ; distinction des faits véritables des «faits alternatifs» ; évolution du marketing de contenu... À surveiller : davantage d’entreprises choisiront l’environnement comme axe de communication.»