Un travailleur à l’usine Laflamme Portes et Fenêtres de Saint-Apollinaire, une propriété du Groupe Atis.

Main-d'œuvre: nouveau règlement pour sauver la mise

«J’ai beau avoir plein de commandes, mais si je n’ai pas personne pour livrer mes portes et mes fenêtres, ça ne me donne rien.»

Robert Doyon est président et chef de la direction du Groupe Atis, un géant des portes et des fenêtres au Canada.

Depuis 2004, l’entreprise a acheté plus d’une vingtaine de compagnies qui fabriquent et qui vendent au détail des portes et fenêtres. Elle est notamment propriétaire de Laflamme Portes et Fenêtres, de Saint-Apollinaire dans la région de Lotbinière.

Le Groupe Atis, c’est entre 1500 et 2000 employés et plus d’un million de pieds carrés de fabrication d’un océan à l’autre.

«Dire que nous avons un problème de main-d’oeuvre est un euphémisme. Et ce qui m’inquiète particulièrement, c’est l’âge moyen de mes employés. Ils ont entre 55 et 58 ans. Des lendemains pas trop joyeux nous attendent», expose Robert Doyon. 

«Ce qui limite ma croissance, ce n’est pas le capital, mais le manque de personnel. J’achète des compagnies, mais je ne suis pas capable de les opérer à leur pleine mesure, car je manque de monde», rend compte le patron qui doit recruter au Mexique pour pourvoir des postes vacants à Saint-Apollinaire et dans les autres usines du Groupe Atis dans la Beauce.

Meilleur arrimage

À compter du 2 août, il devrait être plus facile pour les employeurs de recruter à l’étranger les ressources humaines dont ils ont cruellement besoin.

C’est à cette date qu’entrera en vigueur le nouveau Règlement sur l’immigration. Une retombée de l’adoption, il y a déjà deux ans, de la Loi sur l’immigration.

Le règlement chambarde de façon importante la gestion du profil des candidats éligibles au Programme régulier des travailleurs qualifiés du Québec pour faire en sorte que parmi les personnes qui souhaitent immigrer ici, seules celles qui possèdent un profil répondant aux besoins du Québec seront invitées à présenter une demande formelle d’immigration.

Une façon concrète, selon le gouvernement québécois, pour contrer les pénuries de main-d’oeuvre un peu partout dans la province.

«Le nouveau règlement permettra de moderniser la manière dont le Québec accueille et intègre les personnes immigrantes, afin qu’elles soient plus en phase avec les besoins actuels du marché du travail et des régions», explique, dans un courriel envoyé au Soleil, Émilie Vézina, de l’équipe des relations médias du ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion. «Il contribuera au plein essor économique du Québec en assurant un meilleur arrimage entre les profils de personnes immigrantes et les besoins de main-d’œuvre des employeurs.» Le système actuel d’immigration est basé sur le principe du «premier arrivé, premier servi».

Le gouvernement change les règles du jeu en introduisant la notion de «déclaration d’intérêt» afin de «sélectionner en continu, et de façon rapide et efficace, des personnes dont le profil répond aux besoins des entreprises dans les différentes régions du Québec», indique Émilie Vézina.

En plus de réduire de 32 à 12 mois le temps consacré au traitement des demandes de certificat de sélection du Québec, le dépoussiérage du Règlement sur l’immigration permettra d’accélérer l’arrivée des personnes qui ont été sélectionnées pour venir gagner leur vie dans la Belle Province.

Maintenant, la grille de sélection!

Le patronat attend l’entrée en vigueur du Règlement sur l’immigration depuis des lustres.

«Nous venons de franchir un grand pas dans la façon dont nous allons sélectionner notre immigration», constate le pdg de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), Stéphane Forget, en soulignant que l’apport de travailleurs étrangers est essentiel puisque le Québec comptera 100 000 travailleurs de moins au tournant de 2030.

«En mettant au rancart le principe du premier arrivé premier servi, nous pourrons accueillir des candidatures qui répondront davantage aux besoins économiques du Québec».

Selon M. Forget, le travail, pour le gouvernement du Québec, n’est pas terminé. Il doit revoir la grille des facteurs de sélection du Programme régulier des travailleurs qualifiés du Québec qui, sous sa forme actuelle, favorise la surqualification des immigrants sélectionnés. «C’est bien d’avoir beaucoup de docteurs en physique, mais les entreprises ont surtout besoin, par les temps qui courent, de soudeurs ou autres travailleurs de métiers spécialisés.»

Du même souffle, le pdg de la FCCQ suggère que la grille de sélection devrait accorder un avantage aux immigrants qui ont déjà une offre d’emploi dans la poche de la part d’un employeur québécois avant même qu’ils se pointent ici.