En 2016, l'Unité permanente anticorruption a effectué 15 arrestations, soit 9 de moins qu'en 2015.

L'UPAC a permis de récupérer près de 34 M$

Cent soixante et onze arrestations. Une cinquantaine de reconnaissances de culpabilité. Et près de 34 millions $ récupérés. Voilà le butin de l'Unité permanente anticorruption (UPAC) depuis sa création en février 2011.
Le grand patron de l'UPAC, Robert Lafrenière, a livré une conférence jeudi dernier devant des gens d'affaires de la région ayant comme thème la gestion, le contrôle, les fraudes et la corruption. Il était accompagné de la vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc, et de la présidente du cabinet de services juricomptables Quantum Juricomptable, Vicky Poirier. Pour 2016, l'UPAC a effectué 15 arrestations, soit 9 de moins qu'en 2015. L'organisme, dont la mission est de s'attaquer aux pratiques de corruption, de collusion et de malversation, stipule toutefois que plusieurs autres enquêtes sont en cours. 
«Les choses avancent, mais cela ne sera jamais terminé, prévient le commissaire de l'UPAC. Le Canada se situe au 10e rang mondial en termes de qualité de vie au niveau de la corruption. Il y a encore du chemin à faire. Actuellement, dans les autres provinces pour la corruption, il ne se fait absolument rien», déplore-t-il, louangeant le fait que Québec détienne des outils pour enrayer la corruption. 
D'ailleurs, M. Lafrenière confie avoir eu dernièrement des pourparlers avec l'Ontario et fait un voyage à Vancouver afin d'expliquer le système de surveillance à travers la province. 
Plusieurs interventions et arrestations de l'UPAC ont été médiatisées en 2016. L'un des éléments forts de la dernière année pour l'organisation créée par le gouvernement du Québec aura été de voir au début du mois de décembre l'ancien maire de Laval, Gilles Vaillancourt, plaider coupable de fraude, de complot et d'abus de confiance. 
«Ce n'est pas un soulagement, mais plutôt une fierté du devoir accompli. C'était un dossier très important pour nous. Le projet Honoré, c'était 27 arrestations. C'est une avancée très importante», concède M. Lafrenière, qui dressera son bilan annuel jeudi.
Plusieurs interventions et arrestations de l'UPAC ont été grandement médiatisées en 2016, notamment celle de l'ex-vice-première ministre libérale Nathalie Normandeau, de l'ex-maire de Gaspé, François Roussy, et de l'ancien ministre Marc-Yvan Côté. Au total, sept personnes ont été visées par ce coup de filet en mars dernier. Ils font face à divers chefs d'accusation de fraude, de corruption et d'abus de confiance. Le dossier est toujours devant les tribunaux. L'enquête préliminaire a été fixée au 5 juin 2017.
Dernièrement, au mois de septembre, des enquêteurs avaient également fait irruption à l'hôtel de ville de Saguenay. Depuis sa naissance, l'UPAC a fait escale dans au moins 14 municipalités, soit Boisbriand, Mascouche, Mont­réal, Saint-Rémi, Saint-Jean-sur-Richelieu, Laval, Saint-Constant, Châteauguay, L'Assomption, Hudson, Saint-Médard, Terrebonne et Bedford. Plusieurs dossiers sont toujours devant les tribunaux. Pour Saguenay, aucune accusation n'a été portée.
Aide essentielle
Selon M. Lafrenière, l'aide de la population a été essentielle dans plusieurs des cas où l'UPAC a dû intervenir. Depuis 2011, ce sont 4500 signalements de citoyens qui ont été analysés par les enquêteurs, dont 800 en 2015. «Ce sont entre 50 et 60 signalements pas mois que nous recevons. Et 28 % des signalements vont soit en vérification ou en enquête», affirme-t-il.
Dernièrement, l'ancien entrepreneur en construction et témoin à la commission Charbonneau Lino Zambito avait écorché l'UPAC dans son livre, Le témoin, reprochant entre autres une relation malsaine entre l'organisation et le bureau du premier ministre. M. Lafrenière n'a pas voulu commenter. «Il ne faut pas oublier qu'il est un témoin important dans des dossiers à venir.»
Près de 325 personnes travaillent à lutter contre la corruption à travers la province.
«Enlevez vos lunettes roses!»
La vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc, la présidente du cabinet de services juricomptables Quantum Juricomptable, Vicky Poirier, et le grand patron de l'UPAC, Robert Lafrenière, ont livré une conférence jeudi dernier devant des gens d'affaires de la région.
Enlevez vos lunettes roses, il y a de la fraude dans toutes les entreprises! La phrase : "La fraude, ça existe, mais pas chez nous", on élimine ça.»
Pour la présidente du cabinet de services juricomptables Quantum Juricomptable, Vicky Poirier, toutes les compagnies, et ce, peu importe leur secteur d'affaires, sont touchées à un certain moment de leur vie par de la fraude, que ce soit de la part d'un employé, d'un client ou à l'administration.
L'un des mandats de Mme Poirier est d'enquêter dans les livres et les documents des entreprises privées afin de dénicher des actes illégaux comme des détournements de fonds, des faillites frauduleuses, des pots-de-vin, des conflits d'intérêts, des factures fictives ou de la contrefaçon de documents. La juricomptable agit également comme témoin expert lors de procès.
Sans surprise, Mme Poirier n'a pas voulu dévoiler le nom d'entreprise sous la loupe de sa firme lors de sa conférence jeudi dernier. Elle était en compagnie de la vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc, et du commissaire de l'Unité permanente anticorruption (UPAC), Robert Lafrenière. L'événement était organisé par le Cercle finance du Québec en collaboration avec les Regroupements des CPA de Chaudière-Appalaches et de Québec.
Selon la juricomptable, qui a également comme tâche de faire de la prévention dans les compagnies, 5 % des revenus d'une entreprise sur une base annuelle sont perdus à la suite des actes malveillants financiers.
«Il existe un triangle de la fraude. Le juricomptable et les enquêteurs vont travailler sur l'aspect opportunité. Ils vont chercher à implanter des moyens de prévention dans les organisations», explique Mme Poirier, notant qu'il peut s'agir de formation auprès d'employés afin qu'ils puissent identifier les stratèges frauduleux «qui ne cessent de croître». «Lorsqu'il y a une enquête, le juricomptable doit toujours avoir en tête de préserver la preuve, l'actif et la réputation des gens impliqués. [...] Souvent, la gestion du risque de fraude est une expression qui fait peur aux gens, mais c'est une expression à démystifier. Chaque organisation doit prendre une bouchée à la fois», poursuit-elle.
Ligne de signalement
Afin d'enrayer les actes frauduleux, de plus en plus d'entreprises québécoises se dotent d'une ligne de signalement, soit d'un service par Internet, par téléphone ou par la poste. 
«On en attend de plus en plus parler. Si on se compare aux États-Unis, cela fait partie de leurs moeurs. Ici, on commence», note Mme Poirier, avançant que selon une étude publiée en 2016, effectuée auprès de 114 pays, «39 % des 2600 cas de fraudes détectés, c'était grâce à un signalement». D'où l'importance d'emboiter le pas.
D'ailleurs, la Ville de Québec possède depuis 2012 un système de signalements. En 2015, 23 signalements avaient été logés, soit 7 par téléphone, 12 par Internet et 4 via d'autres moyens.
Au Québec, on compte une soixantaine de juricomptables.
Le triangle de la fraude
L'élément déclencheur: «C'est souvent un besoin financier, une opportunité ou la pression financière», note la présidente du cabinet de services juricomptables Quantum Juricomptable, Vicky Poirier.
L'opportunité: «Ultimement, la personne qui s'apprête à frauder va toujours se poser la même question. Si je commets un acte malveillant, quels sont les risques de me faire prendre? Plus les risques sont élevés, moins la personne en aura envie.»
La rationalisation: «Le fraudeur va toujours justifier son geste. Prenons par exemple l'ex-lieutenante-gouverneure, Lise Thibault, qui disait haut et fort qu'elle était en fonction 24h sur 24, ce qui justifiait ses gestes de réclamer des dépenses personnelles.»