En février 2017, la direction de l’Université Laval s’était engagée à tourner le dos aux placements liés au monde du pétrole pour miser davantage sur les énergies renouvelables.

L’UL toujours dans les énergies fossiles

Près de deux ans après avoir annoncé le retrait de ses investissements dans les énergies fossiles, l’Université Laval n’a toujours pas apporté de modifications à son portefeuille, a appris Le Soleil.

En février 2017, la direction s’était engagée à tourner le dos aux placements liés au monde du pétrole pour miser davantage sur les énergies renouvelables.

À ce moment, l’Université Laval était la première institution d’enseignement supérieur à travers le Canada à prendre une telle position. Elle répondait à une demande d’un groupe d’étudiants.

Questionnée à savoir où était rendu le chantier, la direction a confirmé que le plan de modifications n’a toujours pas obtenu tous les feux verts nécessaires pour sa mise en marche.

«Au cours de la dernière année et demie, l’Université Laval a effectué un important travail de recherche, d’étude et de planification afin d’établir un plan complet en investissement responsable qui permettra notamment d’accomplir l’objectif d’aligner nos investissements sur les objectifs climatiques de manière rationnelle, structurée et prudente, c’est-à-dire sans compromettre la relation risque-rendement», répond la porte-parole, André-Anne Stewart, précisant que cette étape n’est pas encore complétée.

L’Université Laval a toutefois bon espoir de pouvoir amorcer rapidement, soit d’ici la fin de l’année, sa transition financière.

Le nouveau plan d’investissements a récemment été présenté au comité de direction. Il devrait prochainement aboutir sur le bureau du conseil d’administration, dit Mme Stewart, ne pouvant pas élaborer davantage sur la nouvelle mouture.

Pour Greenpeace, il est déplorable que l’Université Laval n’ait pas encore apporté de changements à sa stratégie d’investissements. L’organisation craint que l’institution soit victime de pressions dans ce dossier.

«C’est un engagement qui est essentiel. Elle a la chance de marquer l’histoire dans le bon sens. Lorsqu’on constate la lenteur pour mettre en place un plan crédible, c’est de nature à nous inquiéter. La première chose qui devrait déjà être réalisée, c’est la divulgation des investissements actuels dans les hydrocarbures», indique au Soleil Patrick Bonin, responsable de la campagne Énergie-Climat chez Greenpeace Canada.

«Là, l’institution traîne de la patte. Les universités doivent montrer l’exemple dans notre société. Il y a une urgence d’agir», poursuit-il


« Quand l’université dit qu’elle souhaite faire cette opération sans compromettre la relation risque-rendement, elle est déjà en retard. La Caisse gère plus 200 milliards $ par année et elle évalue maintenant ses investissements en fonction du risque, du rendement et de l’impact sur le climat »
Karel Mayrand, directeur pour le Québec et l’Atlantique de la Fondation David Suzuki

«Déjà en retard»

Même son de cloche du côté de la Fondation David Suzuki qui s’inquiète aussi de la lenteur du processus. Elle rappelle que plusieurs grandes organisations ont déjà opté pour des stratégies financières axées davantage sur les énergies renouvelables.

Le Fonds de solidarité FTQ s’est  notamment retiré du secteur du charbon, la Caisse de dépôt et placement du Québec a accéléré ses investissements dans les énergies renouvelables et Fondaction (CSN) offre aujourd’hui des solutions de placements qui excluent les activités dans le pétrole.

«Il faut être capable de se faire un plan rapidement pour agir, car après tu as souvent besoin de plusieurs années pour déplacer les investissements. [...] Une compagnie qui reste dans les énergies fossiles en ce moment, c’est un peu comme miser sur le fait qu’on ne réussira pas la lutte aux changements climatiques», avance Karel Mayrand, directeur pour le Québec et l’Atlantique de la Fondation David Suzuki.

Il était présent lors de l’annonce de l’Université Laval en févier 2017.

«Quand l’université dit qu’elle souhaite faire cette opération sans compromettre la relation risque-rendement, elle est déjà en retard.  La Caisse gère plus 200 milliards $ par année et elle évalue maintenant ses investissements en fonction du risque, du rendement et de l’impact sur le climat», poursuit-il, estimant que le pétrole va devenir un actif financier risqué.

M. Mayrand demande à l’Université Laval de dévoiler rapidement le portrait de ses actifs financiers. «Il nous faut avoir des chiffres pour avoir un bon portrait à la fin. Si on veut que cela soit crédible, il faut avoir de l’information».

L’Université Laval se classe aujourd’hui au 6e rang des meilleures universités à travers le monde en développement durable selon l’accréditation STARS (Sustainability Tracking Assessment and Rating System). Elle a reculé de trois places par rapport à 2017.