La proposition de la Direction régionale de la santé publique de déménager le Ludoplex dans le Vieux-Québec surprend notamment le tenancier de bars Stéphane Desharnais, qui suggère plutôt la fermeture pure et simple du salon de jeux.

Ludoplex dans le Vieux-Québec: les gens d'affaires divisés

Le Ludoplex aurait-il sa place dans un secteur touristique comme le Vieux-Québec, tel que suggéré par la Direction régionale de la santé publique la semaine dernière? Les associations de gens d'affaires et les tenanciers de bars sont divisés à ce sujet. Les premiers sont persuadés que la ville gagnerait à bonifier l'offre touristique du Vieux-Québec avec un établissement de jeux, alors que les seconds craignent pour leur santé financière, s'ils se voient dans l'obligation de retirer leurs appareils de loterie vidéo.
«Je me suis déjà fait jouer le jeu, quand mon bar le 321 faisait partie du périmètre où on a dû retirer les machines à sous à cause du Ludoplex [en basse-ville], j'espère ne pas avoir à revivre ça», lance Stéphane Desharnais, qui, depuis, a déplacé ses cinq appareils de loteries vidéo dans un autre de ses établissements, le St. Matthews, en plein Vieux-Québec.
Le tenancier possède également cinq autres machines au bar Le Tonneau, rue Saint-Joseph. «Ça représente facilement 60 % de mon chiffre d'affaires. C'est pas pour rien que la dernière fois, ça n'a pas été long que mon comptable m'a dit que ça ne marcherait pas» sans la loterie vidéo. La Taverne 321 a en effet été contrainte de fermer ses portes, faute de revenus suffisants.
M. Desharnais est par ailleurs surpris de la proposition formulée par le directeur régional de la Santé publique, leDr François Desbiens. «Il me semble que la Santé publique devrait plutôt recommander de tout simplement fermer le Ludoplex. Chez nous, comme on n'a que cinq machines, il nous arrive souvent de devoir refuser du monde qui veulent jouer, donc ça diminue en quelque sorte les possibilités de jouer chez les personnes accros.»
Sans dire que ses loteries vidéo représentent à tout prix une manne importante pour lui, Michel Noël, propriétaire de l'Ozone Grande Allée, trouve pour sa part «ridicule» de croire que le Ludoplex attirerait davantage de gens de l'extérieur s'il était placé dans un secteur touristique.
«Est-ce que ça fonctionne bien à ExpoCité? Ça ne sera pas mieux dans le Vieux-Québec», tranche l'homme d'affaires, qui est également propriétaire de deux clubs de golf, à Charlesbourg et à Lac-Beauport. «Loto-Québec n'embarquera jamais là-dedans, ils ne sont pas fous. Ils n'iront pas enlever cinq machines qui marchent à quelque part pour en mettre une centaine ailleurs. Ils l'ont fait, ils ont vidé toutes les machines dans Limoilou pour les mettre au Ludoplex et ils se sont tirés dans le pied. Ça n'a jamais rapporté autant que tous les bars qui avaient des machines.»
«De l'argent neuf»
Une opinion qui est tout le contraire de deux associations de gens d'affaires avec qui Le Soleil s'est entretenu en fin de semaine.
«Je pense que ce serait positif», a commenté Jean-Pierre Du Sault, président de l'Association des gens d'affaires du Vieux-Québec. «À défaut d'avoir un casino comme dans certaines grandes villes dans le monde, je pense que ça pourrait être un attrait supplémentaire et ça pourrait peut-être même prolonger le séjour des touristes d'une nuitée ou deux», a-t-il mentionné, voyant là une façon d'amener «de l'argent neuf» chez les commerçants du coin.
«De voir ce genre d'institution s'installer dans notre secteur, je ne pense pas que ce soit néfaste», a pour sa part exprimé François-David Bernier, de l'Association des gens d'affaires Place Royale/Vieux-Port. «C'est certain que d'avoir des entreprises qui sont dans le divertissement, qui peuvent divertir les touristes et les garder plus longtemps dans notre secteur, c'est bénéfique. Parce qu'une fois qu'ils se sont installés à l'hôtel et qu'ils ont mangé au restaurant, ce n'est pas mauvais ce genre d'entreprise-là», a-t-il indiqué, soulignant que le Ludoplex pourrait combler un manque d'activités dans le secteur, notamment depuis le départ du Moulin à images et du Cirque du Soleil dans la forme qu'on a connue ces dernières années.
Quant à l'éventualité de devoir retirer les appareils de loterie vidéo dans un rayon de 2,5 kilomètres du nouveau Ludoplex, les deux représentants des communautés d'affaires croient que les impacts seraient minimes. «Je crois qu'il faut voir ça de façon plus globale et que la ville gagnerait beaucoup plus à positionner le Ludoplex dans un secteur touristique, a fait valoir M. Du Sault. J'endosse la position de la Santé publique là-dessus, parce que si ça reste un établissement plus local, il y a des gens qui vont continuer de se cacher et garder leurs habitudes en allant jouer au coin de la rue.»
Le ministère des Finances du Québec n'a pas commenté le rapport, préférant se garder une réserve. «Tout ce qui touche au Ludoplex, c'est une décision que Loto-Québec va prendre», a seulement lancé l'attaché de presse du ministre Nicolas Marceau. Le ministère de la Sécurité publique a quant à elle référé Le Soleil... au ministère des Finances.
Avec la collaboration de David Rémillard
<p>Le manège militaire</p>