Vincent Routhier, à l’avant-plan, avec une partie de l’équipe de LÜ

LÜ: réinventer le plaisir de jouer à l’école

«Nous ne bougeons pas le petit doigt pour mousser les ventes ou encore pour générer des opportunités. Nous ne faisons que répondre aux demandes des clients potentiels. Dans ses rêves les plus fous, tout entrepreneur aspire, un jour, à se retrouver au cœur d’une telle situation qui, dans les faits, provoque son lot de défis qu’il faut apprendre à gérer promptement. En tout cas, c’est stimulant sans bon sens!»

Chaque semaine, par les temps qui courent, l’équipe de Vincent Routhier reçoit entre 250 et 300 demandes d’information au sujet de son aire interactive de jeu LÜ qui vise — rien de moins — à réinventer la pratique de l’activité physique à l’école grâce au jeu vidéo en alliant les dernières technologies de réalité augmentée et d’Internet des objets.

«LÜ est un environnement spatial intelligent qui comprend et réagit aux comportements et aux interactions des joueurs en temps réel», explique Vincent Routhier, le président de l’entreprise.

«Grâce à l’information transmise par ses caméras 3D installées au plafond du gymnase de l’école, LÜ dirige les aires de jeu en projetant différents éléments interactifs sur les murs, auxquels les joueurs doivent réagir. Les systèmes d’éclairage et de son synchronisés en temps réel offrent une expérience immersive aux participants, leur donnant l’impression d’être un personnage du jeu dans lequel ils jouent.»

Depuis la diffusion sur Internet, en février 2017, des premières images des possibilités offertes par LÜ, la jeune entreprise de Québec a le vent dans les voiles.

«Le lendemain de la diffusion de la vidéo filmée à l’externat Saint-Jean-Berchmans de Silley, nous avons recensé 800 000 visionnements. Des journalistes d’un peu partout voulaient savoir qui nous étions. Des médias influents rapportaient même que LÜ était la plus belle invention depuis la console Nintendo Switch!»

Depuis février 2017, les différentes vidéos mises en ligne par LÜ comptent plus de 30 millions de visionnements. La plupart des populaires émissions du matin des grands réseaux de télévision des États-Unis ont réalisé des reportages sur la trouvaille québécoise.

25 000 unités d’ici 2021

En l’espace de cinq mois, le prototype est devenu un produit livrable aux quatre coins de la planète.

En collaboration avec Advanta, un studio de design de produit de Québec, un boîtier en aluminium a été conçu dans lequel toutes les composantes assemblées par LÜ (caméra 3D, projecteurs, systèmes de son et d’éclairage) se trouvent.

«Il suffit de monter les équipements au plafond du gymnase, de brancher les appareils et le tour est joué. Chaque mois, nous réalisons des mises à jour à distance. Nous ajoutons de nouvelles fonctionnalités, de nouvelles applications.»

À ce jour, 150 unités ont été vendues dans plus de 15 pays, notamment aux États-Unis, en France, en Belgique, en Corée du Sud et aux Philippines.

Les appareils se vendent entre 15 000 $ et 27 500 $ selon la configuration choisie par le client.

«Nous voulons vendre 25 000 unités d’ici 2021», avance Vincent Routhier. «C’est un objectif ambitieux, mais tout à fait réalisable.»

L’un des jeux conçus par LÜ consiste à lancer des ballons sur des cibles projettées sur un mur pour obtenir des points. À l’avant-plan, le président de LÜ, Vincent Routhier.

Pour le moment, l’équipe de LÜ consacre toutes ses énergies au marché des écoles primaires, un marché plein de potentiel qui apporte une forte valeur à la jeune pousse de la capitale.

Par ailleurs, l’entreprise met les bouchées doubles pour développer un équipement qui pourrait être utilisé dans de plus petits espaces qu’un gymnase traditionnel. «Comme dans une classe ou une salle d’attente d’un hôpital, par exemple», signale Vincent Routhier.

Ce dernier estime qu’il reste encore du travail à faire pour faire bouger les enfants. Il rappelle qu’à peine 10 % des gamins font les 60 minutes d’activité physique quotidiennes recommandées par les spécialistes.

Il souligne également que la plupart des gymnases des écoles primaires n’ont guère changé de mine depuis les 50 dernières années et qu’ils ont besoin d’une bonne dose d’amour.

D’ailleurs, c’est en cherchant des écoles pour ses deux filles que Vincent Routhier a réfléchi à l’idée d’utiliser les nouvelles technologies dans les gymnases pour «émerveiller» les enfants.

Avant LÜ, M. Routhier dirigeait SAGA, une entreprise spécialisée dans la création d’univers interactifs permettant d’enrichir, par exemple, l’expérience des visiteurs d’un musée.

Croissance à la vitesse grand V

En un an, le nombre d’employés de LÜ est passé de 3 à 18 personnes.

La gestion de la croissance est un défi pour le jeune entrepreneur détenteur d’une formation en création et montage sonore du Cégep de Drummondville et d’un certificat en management du Massachusetts Institute of Technology (MIT).

«Il faut établir les canaux pour s’assurer que la communication à l’interne soit fluide et comprise par tous les membres du personnel. Il faut aussi recruter les meilleures ressources et laissez-moi vous dire que ce n’est pas une mince tâche lorsque vous cherchez un développeur de logiciel à Québec!»

Pour financer sa croissance, LÜ s’appuie essentiellement sur les ventes de ses aires interactives de jeu. La compagnie prévoit mener une ronde de financement en 2019.

«Nous regardons également ce qu’il peut y avoir de disponible auprès des institutions en matière de commercialisation et d’exportation de nouvelles technologies. Je suis convaincu que nous allons réussir à tirer notre épingle du jeu et obtenir l’argent nécessaire à la progression de LÜ.»