L'usine Bombardier Aerospace à Belfast, en Irlande du Nord

Londres menace Boeing de représailles

Les autorités britanniques ont réagi avec virulence et menacé Boeing de représailles après la décision américaine d'imposer des droits antidumping massifs sur des avions du Canadien Bombardier, qui emploie des milliers de personnes en Irlande du Nord.
Mardi, le gouvernement de Donald Trump a décidé de taxer à hauteur de 220% les avions de transport civil CSeries fabriqués par l'avionneur canadien. Il avait été saisi par Boeing, qui accuse Bombardier de faire bénéficier ces avions de subventions publiques leur permettant d'être vendus en dessous de leur prix de revient.
«Amèrement déçue par la première décision sur Bombardier», a réagi mercredi matin la première ministre Theresa May. «Le gouvernement continuera de travailler avec l'entreprise pour protéger des emplois vitaux en Irlande du Nord», a-t-elle ajouté.
Mme May avait pourtant directement évoqué ce sujet avec le président américain Donald Trump lors d'une entrevue à l'occasion de l'assemblée générale de l'ONU le 21 septembre aux États-Unis, insistant sur l'importance de Bombardier pour l'économie nord-irlandaise.
Le ministre britannique de la Défense Michael Fallon a même évoqué mercredi de possibles représailles contre l'avionneur américain, emboîtant le pas au premier ministre canadien Justin Trudeau, qui avait menacé la semaine dernière de ne pas acheter de chasseurs Boeing Super Hornet pour l'armée canadienne si Washington mettait ses menaces à exécution.
«Boeing est un partenaire majeur de défense et l'un des grands gagnants de notre dernier passage en revue des contrats de défense, donc ce n'est pas l'attitude que nous attendons d'un partenaire de long terme», a souligné M. Fallon lors d'un discours à Belfast, non loin d'un énorme site de Bombardier.
Boeing a remporté pour des milliards de livres de contrats de défense avec le Royaume-Uni. Il a ainsi été choisi dernièrement pour lui fournir de nouveaux avions de reconnaissance maritime ainsi que des hélicoptères Apache.
«Ils vont présenter leur candidature pour d'autres contrats de défense et ce type d'attitude pourrait clairement compromettre notre relation», a menacé M. Fallon.
Mauvais signe pré-Brexit 
Outre sa présence au Canada, Bombardier est l'un des principaux employeurs en Irlande du Nord, où il emploie au total près de 8.000 personnes, dont 4.200 pour les seules activités aéronautiques, la majeure partie dans son usine de Belfast où sont fabriqués les ailes et des éléments du fuselage du CSeries.
Le parti nord-irlandais DUP, dont les 10 députés alliés au Parti conservateur permettent à Theresa May de disposer d'une majorité au Parlement, a aussi déploré la position du gouvernement américain. Sa cheffe Arlene Foster a souligné sur Sky News que sa formation userait de «toute son influence sur le gouvernement» dans ce dossier.
«C'est une décision très décevante, mais ce n'est pas la fin du processus, et d'autres étapes suivront», a-t-elle espéré, la décision américaine devant faire l'objet d'une confirmation d'ici le 12 décembre.
Le dirigeant du syndicat Unite en Irlande du Nord, Jimmy Kelly, a toutefois jugé «peu probable» que la décision initiale du secrétariat américain au Commerce soit inversée «par le président Trump dont les penchants protectionnistes sont bien connus».
Il a jugé que cette mesure représentait «une menace directe et très sérieuse» sur les emplois locaux, directs ou ceux des sous-traitants ou des prestataires de services qui dépendent de l'activité de Bombardier.
Plusieurs personnalités politiques britanniques ont aussi souligné que cette décision de Washington augurait mal des négociations commerciales à venir entre les États-Unis et le Royaume-Uni, lorsque ce dernier aura quitté l'Union européenne.
«Cela ne présage rien de bon pour un éventuel accord commercial américano-britannique», a déploré Hugo Swire, un député conservateur ancien secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères.
«Les partisans du Brexit nous promettent un super accord commercial avec les États-Unis après notre départ de l'UE (...) mais ce que nous constatons, c'est que le gouvernement américain prend une décision complètement opposée à nos intérêts économiques», a souligné l'association pro-européenne Open Britain.