L’ancien premier ministre du Québec, Lucien Bouchard, interviendra à nouveau à l’ABI à titre de médiateur spécial.

Lock-out à l'ABI: Lucien Bouchard à la rescousse

Bécancour — Après plus de 14 semaines de lock-out à l’Aluminerie de Bécancour, la ministre responsable du Travail, Dominique Vien, est passée de la parole aux actes en procédant à la nomination de Me Lucien Bouchard, de la firme Davies Ward Phillips & Vineberg, à titre de médiateur spécial dans le conflit de travail à l’ABI. Le conciliateur au dossier, Jean Nolin, accompagnera Me Bouchard afin de faciliter l’intervention. En 2011, l’ancien premier ministre du Québec était aussi venu à la rescousse de l’entreprise en cours de convention, et ce, avec succès.

«Le gouvernement du Québec est grandement préoccupé par ce conflit de travail, tant pour le sort des familles concernées que pour les conséquences sur l’économie de la région. J’ai convoqué les parties concernées le 9 février dernier afin de discuter des solutions possibles. Nous faisons un pas de plus en nommant Me Bouchard à titre de médiateur spécial. Je le remercie d’ailleurs d’avoir accepté cet important mandat. Bien que ce conflit de travail relève du domaine privé, nous continuerons de faire tout ce qui est en notre pouvoir afin que les parties en viennent à une entente négociée le plus rapidement possible», a-t-elle commenté lundi.

Le président de la section locale 9700 du Syndicat des Métallos, Clément Masse, a accueilli favorablement cette annonce. «Pour nous, c’est une bonne nouvelle. On est bien content parce que Lucien connaît notre dossier. On a déjà fait une médiation avec lui. Ce n’est pas quelqu’un qui arrive avec rien. Il connaît notre convention, il nous connaît ainsi que plusieurs des dirigeants du côté de l’employeur, il connaît les problèmes qu’on a eus, les tensions qu’on a vécues. On n’aura pas à tout expliquer un paquet de choses, c’est quelqu’un qui a une bonne notoriété, qui a déjà vu passer d’autres conflits», a-t-il confié au Nouvelliste.

Toutefois, le seul bémol, dit-il, «c’est qu’on espère que l’employeur va arriver disposé à négocier et chercher un règlement». «C’est juste le petit hic qu’on ne connaît pas», avoue le représentant syndical.

Du côté de l’employeur, on répète que la direction d’ABI a pour objectifs d’améliorer la productivité et la compétitivité de l’usine à long terme. «Nous apprécions le support du ministère du Travail et travaillerons avec les médiateurs nommés au dossier», a simplement fait savoir la conseillère en communication, Sara Dubé.

Pour sa part, le ministre responsable du Centre-du-Québec, Laurent Lessard, réaffirme la volonté de son gouvernement de continuer à accompagner les parties «afin qu’elles en viennent à s’entendre sur une annonce qui sera bénéfique pour tous». «Le développement économique de la région est grandement lié aux activités de l’aluminerie», a-t-il souligné.

Le député de Trois-Rivières, Jean-Denis Girard, a salué les talents de négociateur de Lucien Bouchard. «Il connaît le dossier. C’est une excellente nouvelle et je veux lui souhaiter la meilleure des chances pour réconcilier les deux parties, et faire en sorte que cette belle usine puisse continuer à être un fleuron de notre économie régionale, et que cette entreprise puisse encore fonctionner pendant plusieurs années. Ça commence par un rapprochement des deux parties pour en venir à une entente potentielle», a-t-il indiqué.

Quant au maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, il avoue que le nom de Lucien Bouchard lui trottait dans la tête quand il a organisé cette sortie avec ses homologues de la région la semaine dernière.

«C’était exactement la personne. Mission ré-accomplie en ce qui me concerne. J’ose espérer que ça va faire avancer le dossier. La question est toujours celle du temps et plus le temps passe, plus ça m’inquiète. J’exhorte Lucien à faire vite», lance le premier magistrat. 

Son de cloche toutefois différent chez le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel. «C’est un constat d’échec de la ministre et de son ministère où il y a les ressources pour faire un bon travail. Il y a des gens très compétents là-dedans, mais je pense que la ministre a voulu s’en décharger, n’a pas voulu s’en occuper», croit-il.

«Une fois que je dis ça, au moins, je suis content qu’il y ait un geste posé. La crédibilité de Lucien Bouchard n’est pas à faire, c’est un gros mandat qu’il a. Je souhaite que ça marche parce que le conflit a des répercussions et ça s’enlise de plus en plus. Tout ce que je demande, c’est que les parties participent de bonne foi à cet exercice. Tout le monde perd dans le conflit, et tout le monde gagnerait à ce que ce soit réglé», renchérit le représentant caquiste.

Si l’intervention de Lucien Bouchard avait été nécessaire il y a sept ans, c’est que la direction avait alors imposé une réorganisation du travail à la fonderie et au secteur de l’électrolyse. Le directeur de l’époque, Pierre Lapointe, mentionnait qu’ABI avait besoin d’une collaboration de ses employés pour atteindre une plus grande flexibilité opérationnelle afin de s’adapter efficacement aux fluctuations du marché et majorer la productivité.

Les relations de travail étaient épicées de mises en demeure et de contestation devant la Commission des relations du travail, d’où le recours à Lucien Bouchard à titre de médiateur. Le dossier 

fut réglé en juin 2011. Les syndiqués avaient accepté le rapport de M. Bouchard, pavant la voie à la signature d’une nouvelle convention collective. 

«Et on avait réussi à replacer nos relations. La médiation avait été un succès», conclut le président syndical, Clément Masse.



Faits saillants du conflit à l’ABI

- Les trois conventions collectives sont échues depuis le 22 novembre 2017

- Dès le 9 novembre 2017, le directeur de la médiation-conciliation, de la prévention et de l’arbitrage a contacté les parties afin d’offrir des services de conciliation

- Le 22 novembre 2017, à la demande de l’employeur, un médiateur‑conciliateur a été nommé au dossier par le gouvernement. À ce jour, 21 rencontres de conciliation ont eu lieu

- Les 9 et 10 janvier 2018, les membres des syndicats ont refusé la dernière offre globale et finale de l’employeur et ont voté pour un mandat de grève

- Le 11 janvier 2018, l’employeur a décrété un lock-out, conformément aux dispositions du Code du travail

- Le 9 février 2018, la ministre Vien a rencontré les parties concernées

- Le 18 avril 2018, les maires concernés réclament une autre intervention de la ministre Vien

- Le 23 avril 2018, la ministre Vien nomme Lucien Bouchard comme médiateur spécial