À Québec, la chaîne Loews fermera l'hôtel Le Concorde le 12 février prochain pour cause de non-rentabilité.

L'industrie hôtelière québécoise en crise

Des fermetures d'hôtels comme celles annoncées du Loews Le Concorde à Québec et du Holiday Inn Midtown à Montréal sont à prévoir au cours des prochains mois, soutient l'Association des hôteliers du Québec (AHQ).
«Ce n'est pas terminé. On s'attend à d'autres annonces de fermeture en 2014», prévient la présidente et directrice générale de l'AHQ, Danielle Chayer.
Selon cette dernière, l'industrie québécoise de l'hôtellerie est véritablement en «crise» alors que plusieurs hôteliers peinent à rentabiliser leurs établissements sur une base annuelle. Le taux d'occupation des hôtels serait maintenant de 55 % au Québec.
«Les marges bénéficiaires des hôteliers ont fondu de 40 % en cinq ans. Pendant que les revenus stagnent, les coûts d'opération augmentent à une vitesse folle», signale Mme Chayer, en citant notamment les nombreuses hausses successives de taxes foncières observées ces dernières années (3000 $ en moyenne par chambre) et les augmentations de salaires de 7 % entre 2007 et 2011.
Résultat: les marges moyennes de profits des hôteliers québécois ont fondu comme neige au soleil entre 2007 et 2012, passant de 8,7 % à 5,5 %.
Pas étonnant que dans ce contexte, les fermetures d'hôtels se succèdent à un rythme accéléré au Québec, croit l'AHQ. À Québec, la chaîne Loews va fermer l'hôtel Le Concorde de 405 chambres le 12 février prochain pour cause de non-rentabilité. Cette fermeture du Concorde s'ajoute à d'autres observées ces dernières années dans la région de Québec, dont celles de l'hôtel Gouverneur, du Manoir Saint-Castin et de l'Hôtel Val des Neiges.
Dans la métropole, plusieurs hôtels ont fermé leurs portes l'an dernier, dont le Maritime Plaza, le Delta Centre-Ville, l'Hôtel des Seigneurs Saint-Hyacinthe et La Sapinière dans les Laurentides.
Mardi dernier, le gestionnaire Rosdev a annoncé la vente de l'hôtel Holiday Inn Midtown du centre-ville de Montréal. Le bâtiment de 488 chambres sera transformé en résidence pour étudiants au cours des prochains mois.
Clientèle à la baisse
En plus de cette explosion des coûts pour exploiter un établissement hôtelier, Mme Chayer rappelle que les clients ne sont plus au rendez-vous comme par le passé en sol québécois. «Les Américains se relèvent d'une crise et les Européens ne viennent plus. Et par-dessus tout, les Québécois préfèrent plutôt aller dans le Sud en achetant un forfait tout-inclus à des prix plus bas qu'opter pour un séjour au Québec», explique-t-elle.
La présence très agressive de sites de réservation en ligne a également orchestré tout un changement au sein de l'industrie, fait remarquer la présidente de l'AHQ. «Les prix des chambres sont moins élevés alors que les frais de commissions demandés par ces sites sont considérables (entre 10 % et 25 % par transaction)», fait-elle remarquer.
L'AHQ avance que près de 200 établissements hôteliers ont ainsi fermé leurs portes au cours des trois dernières années au Québec, entraînant la disparition de plus de 3000 chambres.
L'Association est d'avis que le Québec encaisse plus durement le coup de cette mutation de l'industrie hôtelière en raison de la présence d'un important nombre d'hôteliers indépendants. Ces derniers détiennent 80 % des parts de marché, comparativement à seulement 20 % pour les grands groupes hôteliers, pour la plupart bien capitalisés.
Pour tous ces facteurs qui affectent le rendement de l'industrie, incluant celui de l'hébergement illégal, Mme Chayer a bon espoir de voir des pistes de solution émerger rapidement. «Il y a beaucoup de travail à faire», reconnaît-elle.
À Québec, le ministre du Tourisme, Pascal Bérubé, semble prendre le dossier au sérieux. Un comité de travail formé de gens de l'industrie sera bientôt créé pour étudier les difficultés du secteur hôtelier dans son ensemble.
Le travail de ce comité viendra s'ajouter à celui d'un autre groupe de travail qui se penche en ce moment sur la problématique de l'hébergement illégal.
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Les meilleures années seraient à venir
C'est une simple question d'offre et de demande. Pendant que des hôtels disparaissent du paysage québécois, d'autres pourraient tirer profit de cette «consolidation» au sein de l'industrie.
C'est du moins l'avis de la firme de consultants Horwath HTL. Dans son plus récent rapport sur l'industrie hôtelière au Québec, les analystes de Horwath HTL croient que les hôtels seront occupés comme ils ne l'ont jamais été depuis très longtemps, notamment dans les régions de Montréal et de Québec.
La raison? Les fermetures d'hôtels et les conversions réduisent le stock de chambres disponibles, créant davantage d'achalandage dans les hôtels existants. «La disparation de 405 chambres au centre-ville de Québec avec la fermeture du Concorde aura du bon pour les autres hôteliers du secteur qui verront leurs taux d'occupation augmenter», souligne l'analyste chez Horwath HTL, Peter Gaudet. Ce dernier croit que le taux d'occupation des hôtels du centre-ville de Québec pourrait passer de 62 % à 65 %, alors que le prix quotidien moyen progresserait de 135 $ à 138 $. Avec un dollar canadien faible (autour de 90 ¢US hier), Horwath HTL s'attend d'ailleurs à voir débarquer plus de touristes américains et européens au Québec cette année.
«L'industrie hôtelière pourrait connaître ses meilleures années depuis l'an 2000», soutient M. Gaudet. Les données compilées par Horwath HTL font état d'un taux d'occupation moyen de 58 % (avec prix quotidien moyen de 132 $) en 2013 pour les hôtels de la région de Québec, comparativement à un taux de 68 % pour les hôtels de la métropole (prix quotidien moyen de 130 $).