Une partie de l’équipe du Camp, de gauche à droite, Léa Hardy, Louis-Jérôme Doran, Guillaume Blanchard, Éric Beauregard et Sébastien Tanguay

L'incubateur-accélérateur Le Camp de Québec: à l'image de la Silicon Valley

Camp: lieu où sont rassemblées et sommairement installées un grand nombre de personnes.

Une définition du dictionnaire qui s’applique en mille à l’incubateur-accélérateur Le Camp, établi à Québec, sur le boulevard Charest, depuis mars 2016.

À gauche, à la sortie de l’ascenseur, plus d’une cinquantaine de responsables des ressources humaines d’entreprises de la région de Québec assistent à une présentation de Québec International sur le recrutement à l’étranger.

De l’autre côté, dans une grande salle, des jeunes pianotent sur le clavier de leur ordinateur. D’autres «campeurs sont enfermés dans des bureaux et discutent entre eux.
«Bienvenue chez nous !», lance au Soleil le directeur principal des lieux, Sébastien Tanguay.

«C’est ça Le Camp ! Un lieu d’accompagnement des jeunes pousses technologiques, mais aussi une sorte d’ancrage de l’écosystème de cette industrie dans la capitale. J’aime dire que la mission de l’équipe du Camp est de dynamiser cet écosystème en provoquant d’heureuses collisions entre tout ce beau monde.»

La Mecque des technos à Québec

Ce «beau monde», c’est la quinzaine de campeurs qui séjournent dans l’incubateur-accélérateur pendant une période moyenne de douze mois, le temps d’établir les bases solides de leur entreprise en démarrage.

C’est aussi, sur place, un réseau d’experts en droit des affaires, en financement, en marketing et en matière de protection des propriétés intellectuelles.

Sans compter les visites régulières des «sherpas élites», ces entrepreneurs émérites de Québec qui viennent «montrer leurs cicatrices» pour illustrer que le métier d’entrepreneur n’a rien d’une paisible balade dans le parc. Parmi eux, notons les noms d’Élaine Bélanger (Maison Orphée), de Sylvain Cossette (Cominar), de Jean-Yves Germain (Groupe Germain), de Marie-France Poulin (Camada), d’Alain-Jacques Simard (TeraXion) et de Geneviève Marcon (GM Développement).

«Nous nous inspirons de ce qui se fait dans la Silicon Valley, la Mecque de l’entrepreneuriat technologique. Là-bas, un entrepreneur accorde, en moyenne, un petit peu plus de six heures de son temps à chaque deux semaines au développement de gens d’affaires de la relève», explique Sébastien Tanguay.

Ce «beau monde», c’est aussi l’équipe de la Division du développement de l’entrepreneuriat du Service du développement économique de la Ville de Québec.

Sans compter la présence des gestionnaires du Fonds Innovexport qui, avec une capitalisation de 45,5 millions $, supporte l’amorçage et le démarrage d’entreprises innovantes visant les marchés internationaux.

Le Camp, c’est aussi 24 postes de travail dans un espace de coworking, 11 bureaux fermés, trois salles de conférence, deux salles d’événement et un lounge.

Le coût de location d’un espace de coworking est de 250 $ par mois; celui d’un bureau fermé de 650 $.

Pas seuls dans leur chaloupe

En général, les entrepreneurs qui se pointent au Camp ont déjà parcouru un bout de chemin avec leur entreprise évoluant, notamment, dans l’univers des logiciels ou des jeux vidéo.

«Ces entreprises en sont, bien souvent, au début de l’étape de commercialisation de leur produit technologique. Certaines ont déjà débusqué leurs premiers clients», explique Sébastien Tanguay.

Un comité passe au crible les demandes d’hébergement faites par les jeunes pousses. «Nous évaluons, évidemment, le potentiel du produit développé, mais aussi l’ouverture démontrée par les entrepreneurs. Ici, ils doivent s’attendre à se faire brasser, à se faire remettre en question.»

Au contact quotidien de leurs semblables, les campeurs découvrent qu’ils ne sont pas tout seuls au monde dans leur chaloupe. «On voit des collaborations s’établir entre des entreprises qui n’ont pourtant rien en commun. Elles vont même se partager des travailleurs.»

Les interventions du Camp ne se limitent pas à fournir un toit et de l’accompagnement aux compagnies naissantes.

L’organisation propose une panoplie de programmes visant à accélérer la croissance des entreprises qui volent déjà de leurs propres ailes. Comme faire grimper à deux millions de dollars en quelques mois le chiffre d’affaires d’une compagnie dont les ventes sont actuellement de 100 000 $ ou de 250 000 $. Au cours des prochaines années, Le Camp entend intensifier ses actions auprès de ces entreprises qui commencent à prendre leur vitesse de croisière.

«Nos interventions vont au-delà de la simple recherche de capitaux», insiste M. Tanguay. «Elles se font à tous les niveaux de l’entreprise.»

L’incubateur-accélérateur Le Camp est une division de l’organisme de développement économique Québec International. Il mise sur une équipe de six employés et un budget annuel de 1,5 million $ provenant de partenaires publics et privés dont iA Groupe financier, BCF avocats d’affaires et PWC. 

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Deux des quatre associés d’Umaneo, Geneviève Pellerin et Jean Morissette.

Umaneo au Camp

Une jeune pousse technologique trouve de tout à l’incubateur-accélérateur Le Camp. Même de nouveaux associés!

En janvier 2016, Jean Morissette et Martin Labrecque, deux développeurs de logiciels, tournent le dos à leur boulot au sein de grandes sociétés de télécommunication pour fonder Umaneo, une entreprise spécialisée dans le développement de logiciels d’affaires.

Pendant plus d’un an, ils vont plancher intensément sur des algorithmes pouvant soutenir des environnements complexes.

Leur défi est de développer un logiciel permettant aux entreprises de gérer plus efficacement le lourd et répétitif processus des soumissions publiques en faisant appel à l’intelligence artificielle.

Leur premier produit, Aloha, a été lancé à l’automne 2017.

Jean Morissette et Martin Labrecque ont débarqué au Camp l’automne dernier. Ils ont croisé sur leur chemin Geneviève Pellerin et Émilien Edmond qui sont devenus des associés au sein d’Umaneo.

«Le développement des affaires, ce n’est vraiment pas la tasse de thé de Jean et de Martin. Ils sont d’abord et avant tout des développeurs de logiciels», signale Geneviève Pellerin qui vient de terminer sa maîtrise en administration des affaires à l’Université Laval.

«Des gens au Camp savaient que je m’intéressais au développement des affaires. Alors le contact s’est établi avec Jean et Martin et, aujourd’hui, nous travaillons ensemble au sein d’Umaneo.»
Émilien Edmond, lui, apporte à l’équipe son savoir-faire en matière de design d’interface et d’«expérience utilisateur».

Le Camp: un tremplin

Depuis son arrivée au Camp, Umaneo a fait des pas de géant. Le logiciel Aloha est devenu une marque de commerce. Un site web a été mis en ligne. Des projets pilotes seront bientôt déployés chez les premiers clients.

Le séjour au camp, qui devrait se terminer au début de la prochaine année, a été bénéfique pour les jeunes entrepreneurs.

«Nous sommes super bien encadrés. Un mentor est affecté à chaque campeur. Quand nous sommes confrontés à une quelconque difficulté, il y a toujours un expert pas loin pour nous apporter des pistes de solution», signale Geneviève Pellerin.

«Le réseautage est un autre avantage que nous procure Le Camp. Nous avons accès au vaste réseau de Québec International. Des tas d’événements et de formations se tiennent ici. Cet été, on nous a parrainé pour nous permettre de participer au Startupfest à Montréal l’un des plus grands événements dans le domaine des startups en Amérique qui réunit 1500 personnes.»
Pour Umaneo, le Camp a été un tremplin qui a favorisé l’accélération de la commercialisation de son produit vedette.

«Maintenant, nous nous préparons tranquillement à voler de nos propres ailes», conclut Geneviève Pellerin.

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Le directeur principal du Camp, Sébastien Tanguay

Pour assurer un atterrissage en douceur

La région de Québec ne cherche pas seulement à recruter des travailleurs étrangers, mais aussi des entrepreneurs qui vont investir ici, déménager ou fonder leur compagnie technologique et créer des emplois de qualité et bien rémunérés.

À ces gens d’affaires un brin aventuriers, Le Camp leur fournit une piste pour un atterrissage en douceur.

«Ils arrivent ici dans l’espoir de prendre racine, mais leur réseau de contacts est inexistant. Ils n’ont pas de place pour déposer leurs valises. Eh bien, Le Camp leur offre un toit», explique Sébastien Tanguay, le grand manitou de l’incubateur-accélérateur.

Depuis les premiers pas du Camp, il y a un peu plus de deux ans, neuf entreprises étrangères ont profité de son accueil.

Leurs dirigeants venaient des États-Unis, du Brésil, de la France et de la Belgique.

«Ils s’installent ici. Ils se connectent avec le milieu. Ils dénichent un banquier, un avocat. Ils trouvent un local. Ils embauchent leurs premiers employés et les voilà fins prêts à se lancer en affaires à Québec.»

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Au Camp, les jeunes entrepreneurs se sentent moins seuls.

Le Camp...en chiffres

136 entreprises participantes aux divers programmes d’accompagnement et d’accélération

46 entreprises hébergées

1251 heures d’accompagnement individuel

375 activités tenues avec les partenaires de la communauté entrepreneuriale de Québec

7366 participants aux activités

Source: Le Camp, Résultats de mars 2015 à décembre 2017