Un des premiers produits crée par Marie-Christine Goupil a été un cache-couche adapté pour les enfants qui sont nourris par gastrostomie, comme sa fille Jeanne.

L’idée qui a tout changé: entreprendre, de fil en aiguille

Marie-Christine Goupil se souvient précisément qu’elle parlait au téléphone avec une amie, en regardant par la fenêtre de la cuisine, quand elle a eu le déclic. Elle allait créer et vendre des produits adaptés pour les enfants handicapés.

Quand on regarde son entreprise, les Produits adaptés Handy, et qu’on connaît son histoire, l’idée semble couler de source. L’aînée de Marie-Christine, Jeanne, âgée de six ans, est atteinte du syndrome de Rett atypique, une condition qui engendre un polyhandicap, un retard de développement global et des crises convulsives, entre autres. 

C’est évidemment en pensant à elle que la maman entrepreneure a créé ses produits. Pourtant, l’envie de créer une entreprise est venue avant l’idée d’aider les parents d’enfants handicapés. La route de Marie-Christine Goupil vers l’entrepreneuriat s’est faite de fil en aiguille, au propre comme au figuré. 

«L’inspiration pour ma business, c’est vraiment ma fille, c’est parti des besoins qu’on avait. Mais en même temps, c’est un peu parti d’un besoin que j’avais de m’épanouir. Ça faisait 6 ans que j’étais à la maison et j’avais vraiment besoin de travailler sur autre chose, d’avoir des projets, ce que j’avais mis complètement de côté dans les dernières années», raconte Marie-Christine.

Sa fille Jeanne était en santé à sa naissance, mais deux semaines plus tard, elle s’est mise à souffrir de crises d’épilepsie. Après l’annonce du diagnostic, il était clair que la jeune maman ne retournerait pas à son boulot d’opticienne. La famille a eu deux autres petits garçons, en santé, durant les années suivantes. Quand il a été temps de penser à envoyer Jeanne dans une école spécialisée, à Cap-Rouge, Marie-Christine a dû penser à son retour au travail. «J’avais eu le temps de cogiter, d’essayer de me retrouver à travers tout ça», raconte-t-elle.

Quelqu’un lui parle d’un cours en lancement d’entreprise, offert au centre de formation de son coin, à Saint-Anselme, dans Bellechasse. «C’est là que tout a commencé. La passion pour les affaires, c’est venu m’envahir. Quand je suis sortie de ce cours-là, c’était la première fois que je me sentais 100 % moi-même, 100 % épanouie, depuis des années. J’avais mis le doigt sur quelque chose», poursuit-elle, l’œil brillant. 

Épiphanie

Il lui a quand même fallu un petit moment avant de vivre son épiphanie. La bonne idée, elle l’avait sous les yeux, elle en prenait soin depuis des années. Avec son lot de défi, notamment au niveau de l’habillement. Un des premiers produits créés par Marie-Christine Goupil a été un cache-couche adapté pour les enfants qui sont nourris par gastrostomie, comme sa fille.

Elle offre aussi sur son site des habits de neige adaptés aux enfants en fauteuil roulant, des bottillons souples faciles à enfiler pour l’hiver (même disponibles en taille adulte), et une housse de jambes pour l’automne et le printemps. Des bavoirs et des tampons absorbants, fabriqués au Québec, complètent l’offre avec quelques objets pratiques liés à la gastrostomie. 

Semblant de normalité

«C’est sûr que j’aimerais que mes produits évoluent en fonction des besoins des clients. Si je vois qu’il y a vraiment une problématique pour un certain type de handicap, je vais essayer d’aller satisfaire ce besoin-là», ajoute Marie-Christine Goupil. Elle rêve aussi que ses produits se retrouvent un jour en boutique, comme chez Clément par exemple, pour qu’un parent puisse vivre un semblant de normalité en trouvant des produits pour tous ses enfants, différents ou non, sous un même toit.

De l’idée à la commercialisation de ses produits, Marie-Christine Goupil a pu compter sur différentes personnes que la vie a mises sur sa route. Une chaîne de contacts, qui l’a menée à trouver une patroniste pour l’aider dans le design. «Je ne connaissais rien là-dedans, le textile, la mode, faire affaire en Chine... Mais il n’y avait personne qui allait m’arrêter, mon idée était vraiment claire. Un soir, je me suis assise à mon ordi et j’ai dit “Envoye, la Chine, me voilà”», relate l’entrepreneure. 

À force de travail et de contacts, elle en vient à trouver des fournisseurs qui peuvent répondre à sa demande. Derrière l’idée d’aller en Chine pour la confection se trouve une préoccupation importante pour le porte-feuille des parents d’enfants handicapés, qui doivent souvent sacrifier un des deux salaires de la famille. «Les Chinois travaillent tellement bien. J’ai une belle relation avec mes fournisseurs. Ils sont vraiment talentueux», témoigne Marie-Christine. 

Et comme si toute cette aventure entrepreneuriale n’était pas assez, elle pilote maintenant avec sa belle-mère la Fondation Marthe Laverdière. Oui, c’est elle qui tenait la caméra lors du tournage des premières capsules de la dorénavant célèbre horticultrice des serres Li-Ma, qui a déridé Internet avec son bagout inimitable. Tout l’argent que Marthe Laverdière, la grand-maman de Jeanne, a fait avec ses apparitions à la télé et les livres qu’elle a écrits sont allés dans la fondation, qui veut briser l’isolement des parents d’enfants handicapés dans la région de Chaudière-Appalaches et fournir du soutien et du répit à toute la famille. 

«Parfois les gens me disent : pourquoi tu aides les autres comme ça, tu n’en as pas déjà assez sur les bras? Parce que ça fait tellement du bien de se sentir utile à autre chose. La fondation, c’est ça qu’elle nous apporte aussi à ma belle-mère et à moi», conclut l’infatigable Marie-Christine. Ne vous avisez pas de mettre des montagnes sur son chemin, elle les déplacera sans problème. 

Pour infos: www.produitshandy.com