Au cours des dernières années, le Groupe Océan a investi 25 millions $ pour construire le plus gros bateau de dragage de l'est du Canada, l'Océan Traverse Nord.

Libre-échange avec l'Europe: l'industrie maritime lance un S.O.S.

Et si la drague d'une société néerlandaise ou belge venait gratter le fond du Saint-Laurent entre Saint-Jean-de-l'Île-d'Orléans et L'Isle-aux-Grues, tassant du chemin, du coup, le Groupe Océan de Québec?
Voilà l'une des conséquences que pourrait avoir l'entrée en vigueur de l'Accord économique commercial et global entre le Canada et l'Union européenne.
L'industrie maritime canadienne est tombée à la renverse en apprenant que la Loi sur le cabotage allait perdre des plumes dans l'accord de libre-échange que s'apprête à signer le Canada avec ses partenaires européens.
«En constatant que l'activité maritime faisait partie de l'accord, nous n'en croyions pas nos oreilles. Jamais nous n'avons été consultés», affirme le directeur général des Armateurs du Saint-Laurent, Martin Fournier. Cette association représente 14 entreprises dont le Groupe Océan et le Groupe Desgagné, possédant plus de 130 navires et procurant des milliers d'emplois.
L'Association canadienne des armateurs et le Syndicat international des marins canadiens ont aussi monté aux barricades. Selon le syndicat, entre 7000 et 10 000 emplois seraient en jeu.
Martin Fournier n'hésite pas à parler d'une brèche sans précédent dans la Loi sur le cabotage qui protège l'industrie maritime au pays. 
«Cette loi stipule qu'une compagnie étrangère ne peut pas faire du transport dans les eaux canadiennes. Pas plus qu'Air France ne peut transporter des voyageurs canadiens entre Montréal et Toronto», explique le directeur général des Armateurs du Saint-Laurent.
Ainsi, selon ce que l'industrie a pu apprendre, le Groupe Océan pourrait devoir affronter la dure concurrence de compétiteurs néerlandais et belges dans son propre marché. Martin Fournier rappelle qu'une compagnie comme le Groupe Océan peut difficilement rivaliser avec les géants européens du dragage.
De plus, les Européens auraient accès au marché du transport de conteneurs vides et de marchandise d'un port à l'autre au Canada. Ils n'auraient pas à embaucher des marins canadiens formés selon les normes canadiennes comme doit le faire le Groupe Desgagnés. 
«La brèche créée par l'accord de libre-échange établit un précédent qui pourrait menacer certains secteurs de l'industrie et remettre en question des investissements dans de nouveaux navires», note M. Fournier en rappelant que le Groupe Océan avait investi 25 millions $ pour construire le plus gros bateau de dragage de l'est du Canada, l'Océan Traverse Nord.
Ce qui désarme l'industrie, c'est l'absence totale de réciprocité. Les Européens pourraient envahir les eaux canadiennes, mais le Groupe Océan serait persona non grata de l'autre côté de l'Atlantique.
«Nous n'arrivions pas à le croire, mais c'est bel et bien le message qui nous a été livré par Transports Canada», explique Martin Fournier qui souhaite que le gouvernement Harper colmate la brèche.
Il espère aussi un coup de pouce de la part du gouvernement du Québec qui mise sur sa stratégie maritime, notamment le transport maritime sur courte distance, pour relancer l'économie du Québec.
Au cabinet du ministre délégué aux Transports et à l'implantation de la Stratégie maritime, Jean D'Amour, le message de l'industrie a été bien entendu. «Puisque les textes n'ont pas encore été diffusés, il est possible d'évaluer les effets de l'accord. Nous demeurons vigilants», a assuré l'attachée de presse, Léa Nadeau.
Des retombées de 3,2 milliards $
L'activité maritime sur le Saint-Laurent et les Grands Lacs génère plus de 44 000 emplois directs, près de 2 milliards $ en revenus fiscaux pour les gouvernements et des retombées économiques locales de près de 3,2 milliards $.
Source : The Economic impacts of the Great Lakes - St. Lawrence Seaway System