Au départ, les métallurgistes américains ont applaudi les tarifs douaniers de Donald Trump, mais cet enthousiasme a été de courte durée.

Les tarifs sur l’acier imposés par Trump n’ont pas aidé l’industrie

WASHINGTON — Les tarifs douaniers imposés l’an dernier par le président Donald Trump sur l’acier importé devaient protéger cette industrie aux États-Unis, même s’ils faisaient du coup augmenter les prix pour les fabricants américains qui dépendent de ce métal.

Or, ces tarifs de 25 % n’ont pas été très utiles pour le secteur qu’ils devaient aider. Après avoir vécu une soudaine embellie l’année dernière, les sidérurgistes américains ont connu une baisse de leurs bénéfices et un exode des investisseurs.

Le secteur de l’acier n’a créé que 1800 emplois depuis février 2018, un mois avant l’entrée en vigueur des tarifs; pendant ce temps, les entreprises américaines en général ont ajouté près de 4 millions de travailleurs. En fait, les sidérurgistes emploient 10 000 personnes de moins qu’il y a cinq ans.

La promesse de Donald Trump de galvaniser ce secteur de l’économie américaine l’avait aidé à remporter des votes à l’élection de 2016 dans des États clés comme l’Ohio, la Pennsylvanie et le Wisconsin. Trois ans plus tard, son incapacité à générer un boom dans cette industrie soulève des doutes quant à ses performances dans ces États clés à la présidentielle de 2020.

La chute des prix de l’acier s’explique par divers facteurs, notamment une demande moins forte — due à une économie mondiale plus faible — et une hausse soudaine de production aux États-Unis après l’entrée en vigueur des droits de douane.

Pendant les premiers mois qui ont suivi l’entrée en vigueur des tarifs douaniers, les prix de l’acier ont augmenté pour atteindre 1006 $US la tonne métrique d’acier à bande laminée à chaud en juillet 2018, selon le site SteelBenchmarker; aujourd’hui, cet acier se vend 557 $, soit moins qu’avant l’imposition des tarifs.

La campagne du président Trump contre l’acier étranger a été par ailleurs éclipsée par sa guerre commerciale avec la Chine — mais les tarifs sur l’acier ont été imposés avant ce litige.

Des effets pervers

Par ailleurs, en taxant l’acier importé, M. Trump risquait d’augmenter les coûts pour les nombreuses industries américaines qui utilisent ce métal, de nuire aux liens avec ses alliés américains, comme le Canada, et de défier les limites de son pouvoir de punir unilatéralement tous ses partenaires commerciaux.

Mais le président était déterminé à revitaliser des industries lourdes comme l’acier et à les protéger de ce qu’il appelait une «concurrence étrangère déloyale». Il a nommé un avocat expérimenté de l’industrie de l’acier, Robert Lighthizer, au poste de principal négociateur commercial — le représentant américain au Commerce.

La décision de protéger les sidérurgistes était à certains égards étrange. Après tout, les avantages économiques sont modestes : l’industrie emploie seulement 142 000 travailleurs — Home Depot emploie à lui seul 400 000 personnes. Et les nouvelles aciéries sont hautement automatisées : elles n’ont pas besoin d’autant de travailleurs que par le passé, de sorte que les gains potentiels en termes d’emplois sont limités. Mais pendant des décennies, des emplois sidérurgiques bien rémunérés ont permis à des millions de ces travailleurs d’accéder à la classe moyenne.

Au départ, les métallurgistes ont d’ailleurs applaudi les tarifs douaniers, mais cet enthousiasme a été de courte durée. Et les premiers signes sont apparus sur les marchés boursiers : la valeur des actions des producteurs d’acier à Wall Street a plongé de 32 % depuis l’imposition des tarifs.

Par contre, ces mesures n’ont jusqu’à présent rien fait pour affaiblir la domination de la Chine, qui compte pour 54 % de la production mondiale d’acier — les États-Unis pèsent pour 5,0 %.

Qu’est-ce qui n’a pas marché? Le cercle vicieux d’une croissance ralentie par une mesure protectionniste : les tarifs douaniers ont entraîné une augmentation des coûts et une incertitude accrue pour les entreprises, ce qui a mené à une croissance plus lente, qui se traduit par... moins d’activité pour les aciéries.