Francois Mainguy, PDG, et Yvon Lemay, directeur opération, avec une voiture S-Class, chez Mercedes Benz de Québec, dont les soudures à point sont inspectées par les produits de PRAGMA.

Les secrets de PRAGMA

L’entreprise PRAGMA avait un secret. Aujourd’hui, son savoir-faire se retrouve, entre autres, dans des usines allemandes de la compagnie mère de Mercedes-Benz, Daimler. Un partenariat qui ouvre les portes à de nouveaux marchés pour la jeune pousse de Québec qui collabore aussi avec la société SpaceX du milliardaire américain Elon Musk.

PRAGMA, c’est une vingtaine de talents qui se spécialisent dans la conception, la fabrication et la vente d’instruments ou de sondes de mesure pour l’industrie des contrôles non destructifs — les CND pour faire plus court. 

L’objectif de la direction est maintenant de doubler ses effectifs d’ici deux ans afin de répondre à la demande croissante pour ses produits. Un défi de taille lorsqu’on sait que le taux de chômage à Québec est de 3,9 %, mais rien d’insurmontable.

«Dans le domaine des contrôles non destructifs, nous sommes toujours gagnants. Lorsque l’économie va moins bien, les propriétaires ont tendance à investir plus pour prolonger la vie de leurs infrastructures», fait valoir François Mainguy, président et fondateur. «Et lorsque l’économie va bien, ils délient les cordons de leur bourse pour obtenir les dernières technologies disponibles sur le marché», poursuit-il.

En passant, en 2018, pour les amateurs de chiffres, 100 % du chiffre d’affaires de l’entreprise qui est de «plusieurs millions de dollars» a été réalisé à l’extérieur du Québec.

Mais revenons à nos moutons. Depuis des mois, la technologie développée par la compagnie de la capitale sert à valider à partir d’ultrasons la solidité des micro-soudures lors de la construction de certains modèles de voitures, notamment de marques Mercedes-Benz. En d’autres mots, la solution détecte les défauts de fabrication ou les fissures lors de l’assemblage. Elle peut être utilisée par l’homme ou installée sur une chaîne de production.

Outre Mercedes-Benz, des collaborations avec des enseignes comme Audi, MAN et Volkswagen figurent aussi dans le portfolio de l’entreprise. «Nous avons également aujourd’hui des discussions avec Porsche», ajoute M. Mainguy. «Pour SpaceX, nous développons des solutions ensemble», se contente-t-il de répondre, ne pouvant pas fournir plus d’informations en raison de clauses de confidentialité.

Comme terrain de jeu, PRAGMA a des clients dans le secteur de l’automobile et de l’aérospatiale, mais aussi dans la pétrochimie, les transports et l’industrie lourde. La compagnie, qui a vu le jour en 2012, a pris racine dans le parc industriel Colbert, à Québec. Au cours des prochains mois, la direction prévoit ouvrir un bureau en Allemagne.

Pas une première

L’entrepreneur en série François Mainguy n’est pas à ses premiers pas dans le domaine des contrôles non destructifs. En 2001, il a fondé la compagnie HARFANG Microtechniques. Cette dernière qui comptait environ 25 cerveaux a été vendue en 2005 à la société britannique Sonatest. L’homme d’affaires détenteur d’un baccalauréat en génie électrique est demeuré dans l’organisation jusqu’en 2008. 

À la recherche d’une opportunité d’affaires et d’un nouveau défi, M. Mainguy a par la suite regardé pour emménager avec sa famille du côté de la Californie, aux États-Unis. Le climat économique n’étant par favorable, il a finalement décidé de démarrer en juin 2008 l’entreprise UNGAVA Technologies, à Québec. Une compagnie qui offrait des services en design, en ingénierie et en prototypage de systèmes d’instrumentation. 

«Il y a des limites à un modèle d’affaires de type services et je voulais continuer d’évoluer», explique M. Mainguy, pour justifier la naissance de PRAGMA après UNGAVA. La première gamme de produits a été lancée au printemps 2013. «Notre technologie est le fruit d’environ 250 années-hommes d’expérience en imagerie ultrasonore, en développement de produits et en applications industrielles», chiffre-t-il.

PRAGMA brasse aujourd’hui des affaires dans une dizaine de pays, dont le Canada, les États-Unis, le Mexique, l’Allemagne, l’Inde, le Japon, la Chine, l’Espagne et la Malaisie. En 2015, la direction avait ouvert un premier bureau de vente à Houston, au pays de Donald Trump. Il a depuis été fermé, les résultats n’étant pas au rendez-vous.

«Il y a actuellement une demande dans l’industrie pour des solutions automatisées», avance M. Mainguy, préférant ne pas trop élaborer sur ses projets à venir. Il mentionne toutefois travailler sur d’autres applications pour le secteur de l’automobile, mais aussi pour l’aérospatiale, le ferroviaire et la défense. Il cogne notamment aux portes de géants comme Bombardier.

Au cours des prochaines années, la direction souhaite appuyer davantage sur le champignon pour accélérer la croissance de l’organisation à l’étranger. Pour y parvenir, elle aura toutefois besoin de nouveaux talents. Elle mise sur son «expérience offerte» pour recruter son personnel. Elle donne comme exemple que l’un de ses employés de 22 ans s’envolera vers la Chine au cours des prochaines semaines afin de rencontrer des clients.