Seulement entre 2015 et 2016, selon des données de Statistique Canada, le nombre de dossiers d’insolvabilité (faillites et propositions) pour les personnes de 65 ans et plus a bondi de 10%.

Les retraités de plus en plus endettés

Alors que la population est vieillissante, la vulnérabilité financière des personnes âgées commence à se faire ressentir. «Aujourd’hui, près d’un dossier d’insolvabilité sur huit est pour une personne de 65 ans et plus. C’est énorme!» s’inquiète le syndic Jean Fortin & Associés.

Seulement entre 2015 et 2016, selon des données de Statistique Canada, le nombre de dossiers d’insolvabilité (faillites et propositions) pour les personnes dans cette tranche d’âge a bondi de 10%. Rien de rassurant, vous direz.

«Et ça va continuer d’augmenter», prévient le propriétaire du syndic, Pierre Fortin, se réjouissant toutefois de constater que les finances des personnes de moins de 30 ans semblent en meilleure santé. Les données pour l’ensemble de 2017 n’étant pas encore disponibles.

À titre de comparaison, le nombre de personnes de 65 ans et plus éprouvant des difficultés financières est aujourd’hui similaire aux données pour les travailleurs de 45 à 49 ans. Ces derniers ont représenté 11,8 % du nombre de dossiers d’insolvabilité traités au Québec (43 009) en 2016.

«Ce sont souvent des gens qui sont à la retraite avec comme revenu leur fonds de pension ou la Régie des rentes. Ils ne peuvent pas dire : ‘‘Je vais changer d’emploi pour gagner plus d’argent pour régler mes problèmes financiers’’», avance le patron de l’entreprise. «Ces gens ne ralentissent pas leur train de vie et ils arrivent à la retraite avec des dettes de consommation. Pour une personne de 65 ans et plus, les cartes de crédit représentent un poids plus important dans l’endettement, car c’est plus difficile d’avoir des prêts ou des marges de crédit», poursuit-il.

D’ailleurs, M. Fortin dresse un parallèle entre la quantité de dossiers d’insolvabilité et le nombre de saisies de propriétés dans la Capitale-Nationale.

Selon des données fournies par le portail Nominis, l’année 2017 a égalé le record de la dernière décennie — établi en 2016 — pour le nombre de saisies de propriétés. Au total, 180 propriétaires de la région — Lévis, Québec, Portneuf et la Côte-de-Beaupré — ont dû délaisser leur résidence par voie d’un jugement de délaissement ou d’un délaissement volontaire. Cela représente une hausse de 27 % comparativement à la cuvée 2015.

«Lorsqu’on regarde les taux d’insolvabilité, 40 % de nos dossiers proviennent de gens qui n’ont pas vécu de changement dans leur situation financière; aucune perte d’emploi ou de séparation. C’est seulement du surendettement», relate au Soleil M. Fortin. «Ce qu’on remarque dans ce 40 %, c’est que ce sont des gens avec une très bonne stabilité financière. Ils ont parfois tendance à se croire un petit peu à l’abri des problèmes. Cela les entraîne parfois au-delà de leur capacité», poursuit-il. 

Augmentation à Québec

Pour la Ville de Québec, les 12 derniers mois s’avèrent un record, bien que ce chiffre est à prendre avec des pincettes vis-à-vis l’ensemble des citoyens. En 2017, 96 mauvais payeurs ont été contraints de remettre les clés de leur demeure, comparativement à 91 en 2016 et 77 en 2015.

Au Québec, toujours selon des données de Nominis, une diminution de 10 % des reprises de propriétés a été enregistrée en 2017. Il y a eu 2471 saisies, comparativement à 2753 en 2016. La valeur des propriétés a été de 560 millions $.

«C’est étonnant de voir une baisse des saisies à travers la province et une légère hausse à Québec», s’interroge M. Fortin. «Si on regarde pour le dernier trimestre de 2017, par rapport au même trimestre de 2016, au Québec, nous avons eu une baisse des faillites de 5,3 %. Dans la Capitale-Nationale, on parle d’une augmentation de 4,5 %. Et le nombre de dossiers d’insolvabilité déposés est en hausse de 5 %», poursuit-il. Comme quoi les ménages de la région font moins bonne figure.

M. Fortin explique cette situation entre autres par l’endettement des familles, mais également en raison des importants délais de vente pour une propriété. Un citoyen n’étant plus en mesure de rembourser son prêt hypothécaire — par exemple, en raison de sa retraite — peut devoir attendre aujourd’hui plusieurs mois avant de dénicher un acheteur pour sa maison. Alors que la moyenne pour la province est de 111 jours, dans la Capitale-Nationale, on parle de 140 jours pour une résidence unifamiliale et de 167 jours pour une copropriété. 

Du côté du syndic LeBlond et Associés, on déplore le fait que plusieurs consommateurs ont aujourd’hui «une méconnaissance des finances et un manque d’intérêt».

«C’est catastrophique. Les gens ont de plus en plus de dépenses et ils ne savent plus compter. Ils ne réalisent pas la situation. Ils réussissent à arriver, car ils ont une longue liste de créanciers. Les gens ont besoin de savoir comment faire un rapport d’impôt. [...] Ça urge d’apprendre aux jeunes à compter au secondaire», indique le président, Stéphane LeBlond. «Aujourd’hui, une chose qu’on ne voyait pas il y a quatre ou cinq ans, ce sont les prêts à la semaine, sans enquête de crédit. Cela se fait avec des taux d’intérêt très élevés et le consommateur n’arrive plus à payer à la fin», poursuit-il.

Dans le même sens que le syndic Jean Fortin & Associés, M. LeBlond note avoir constaté dans ses bureaux une hausse du nombre de clients plus âgés au cours des derniers mois. «Certains ont des difficultés à s’ajuster à la diminution de leur revenu durant leur retraite». 

Par ailleurs, les données tirées du portail Nominis indiquent que 381 préavis de délaissement (avis de 60 jours) ont été envoyés par des institutions financières à des citoyens de la Ville de Québec en 2017, soit le même nombre qu’en 2016. 

À travers la province, 8098 avertissements ont été transmis, une diminution de 11,38 %.