Des travailleurs étrangers embauchés par iGATE - une firme de sous-traitance internationale -, dont plusieurs en provenance de l'Inde, ont été dépêchés au pays pour travailler à Toronto jusqu'en 2015.

Les réseaux sociaux font la leçon à la Banque Royale du Canada

La semaine sera longue pour la Banque Royale du Canada, alors que la controverse entourant l'embauche de travailleurs étrangers pour remplacer des dizaines de ses employés canadiens ne s'estompe pas. Mais pas du tout.
Lundi, sur les réseaux sociaux Twitter et Facebook, la colère et le cynisme des internautes étaient toujours au rendez-vous contre la plus grande banque au pays, qui compte plus de 57 000 employés.
Il faut dire que la Banque Royale n'a rien fait pour calmer le jeu en expliquant très mal sa position tout en s'en remettant à une firme de sous-traitance internationale nommée iGATE. C'est cette firme qui a obtenu les visas des employés par le biais du Programme fédéral des travailleurs étrangers temporaires (PTET).
Des travailleurs étrangers embauchés par iGATE, dont plusieurs en provenance de l'Inde, ont été dépêchés au pays pour travailler à Toronto jusqu'en 2015. Ces travailleurs sont actuellement formés par des employés du service informatique de la Banque Royale qui perdront par la suite leur emploi.
Lundi, le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Thomas Mulcair, a déploré l'attitude de la Banque Royale et du gouvernement conservateur dans ce dossier. «C'est un scandale et le gouvernement doit renverser cette décision qui ne sert qu'à rabaisser les salaires des employés au Canada», a-t-il dit lors d'un point de presse dans la métropole.
La Banque Royale, qui a déclaré l'an dernier un bénéfice net record de 7,5 milliards $, a expliqué qu'elle sous-traitait le travail pour des raisons d'économie et d'efficacité.
Sévère leçon
Les explications de la Banque Royale n'ont toutefois rien fait pour faire baisser la tension sur les réseaux sociaux. Dimanche et lundi, près de 25 000 messages dénonçant l'attitude de la banque ont été relayés par des utilisateurs de Twitter.
Sur la page officielle Facebook de la Banque Royale, lundi, des internautes déchaînés avaient du mal à cacher leurs sentiments avec des commentaires cinglants. «Vous me rendez malade», a écrit un internaute alors qu'une autre disait «ne pas acheter les excuses» d'une banque dont les services ne répondent plus à ses besoins. Résultat : «La gestion de cette crise est pitoyable. Demain, je ferme mon compte ouvert depuis 25 ans à la Banque Royale», a pour sa part écrit une cliente de longue date visiblement vexée.
Sur Facebook, une page spécialement créée pour l'occasion dimanche (arborant un enfant qui dit pleurer la perte d'emplois au Canada) et appelant au boycottage de la Banque Royale (Boycott Royal Bank of Canada) avait recueilli lundi soir l'appui de près de 5000 personnes.
«C'est un raz-de-marée qui envoie un message clair. La semaine sera longue pour la Banque Royale», a signalé lundi le président d'Influence Communication, Jean-François Dumas.
La controverse permet surtout de mesurer la force insoupçonnée du pouvoir des médias sociaux et de leurs utilisateurs dont les réactions se font au «je». «Il y a de quoi être nerveux», a rappelé M. Dumas alors que 2,5 % des messages envoyés sur Twitter évoquent le boycottage possible des services de la Banque Royale.
Selon M. Dumas, la plus grande banque canadienne a commis plusieurs erreurs dans la gestion de cette crise au cours des derniers jours, dont celles d'avoir d'abord nié le problème et d'avoir démontré un manque réel d'empathie pour les travailleurs qui seront mis à pied.
Le cas Oasis
Cette sévère leçon sur le pouvoir des médias sociaux servie à la Banque Royale n'est d'ailleurs pas sans rappeler le «cas Oasis» survenu à pareille date l'an dernier au Québec.
Le fabricant de jus Lassonde, qui possède la marque Oasis, s'en était alors pris à une jeune entrepreneure (Deborah Kudzman) pour avoir appelé son savon à l'huile d'olive Olivia's Oasis. Lassonde alléguait une usurpation de sa marque de commerce Oasis.
Or, Lassonde, qui avait perdu sa cause en première instance, était revenue à la charge et avait gagné en appel. On connaît la suite. Des médias s'emparant de l'affaire et les internautes s'étaient défoulés sur la page Facebook du fabricant de jus dans une cause d'abus de procédures d'un Goliath contre David.
Lassonde, pris de court et incapable de répondre aux réactions des internautes, a alors reconnu son erreur et fait marche arrière en concluant une entente à l'amiable satisfaisante avec la propriétaire d'Olivia's Oasis.
Lundi, à la Bourse de Toronto, le titre de la Banque Royale (RY : TOR) a terminé la journée à 59,44 $, en baisse de 18 ¢.