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Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie et de l’Innovation
Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie et de l’Innovation

Les propos du ministre Fitzgibbon sur l'AERAM soulèvent la grogne

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
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Le dévoilement par Pierre Fitzgibbon, le ministre de l’Économie et de l’Innovation, dans le Soleil mercredi, de statistiques visant à confirmer l’accessibilité du programme de l’AERAM et son succès auprès des entrepreneurs a soulevé la grogne auprès d’associations représentant de petites et de moyennes entreprises.

«Si le programme fonctionnait aussi bien, on aurait pas 62 % des PME qui demanderaient davantage d’aide du gouvernement provincial», a mentionné François Vincent, vice-président pour le Québec à la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante. «C’est une donnée que l’on a sortie la semaine dernière. Le nombre d’entreprises qui ont été aidées par rapport à toutes celles qui ont dû temporairement fermer à cause du confinement envoie un signal assez clair, soit qu’il y a un manque de communication par rapport au programme, soit qu’il est trop complexe pour les entrepreneurs ou soit qu’il ne répond pas aux besoins des entreprises.»

Faisant le décompte des entreprises qui avaient été obligées de fermer au printemps et à l’automne 2020 au Québec, M. Vincent a indiqué qu’il y avait au dessus de 20 000 restaurants, 2500 bars, 2500 services spéciaux de traiteurs, 807 gyms et une centaine de cinémas. Il a ajouté que si des entreprises n’appliquaient pas à l’AERAM ce n’était pas parce qu’elles n’en avaient pas besoin.

«Les commentaires formulés par les entrepreneurs devraient envoyer le message au ministre qu’il doit faire une introspection sur le programme dont il est l’architecte pour l’améliorer plutôt que de communiquer que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes», a ajouté M. Vincent.

Mais qu’est-ce qui cloche dans le programme d’Aide aux entreprises en régions en alertes maximales? Les représentants des petites et moyennes entreprises croient d’abord que les critères d’admissibilité au programme sont trop stricts. C’est le cas de M. François Meunier, vice-président aux affaires publiques et gouvernementales de l’Association des restaurateurs du Québec. Il a dit que le programme de l’AERAM est bon.... à condition de l’obtenir.

«Et c’est ça tout l’enjeu. Au départ, il fallait démontrer que l’on était profitable. En octobre, les restaurants, par exemple, avaient d’abord dû vivre plus de trois mois de fermeture au printemps. Et ce n’est pas vrai que tout le monde avait bien performé pendant l’été. Démontrer une profitabilité, ça ne marchait pas. Le critère est ensuite devenu la viabilité. Mais plusieurs restaurants avaient dû s’endetter pour aller se chercher du financement. Et aux yeux d’un analyste, ils étaient dans une situation précaire, dont non viable.»

M. Meunier s’est dit désolé que le gouvernement n’admette pas que beaucoup de dossiers avaient été refusés. Des gens à qui il a parlé lui ont avoué qu’on leur avait demandé toutes sortes de rapports comme des budgets de caisse sur sept mois. 

«Comment faites-vous pour déposer un tel budget quand vous ne savez même pas quand vous allez ouvrir comme c’est le cas à Montréal? Celui-ci est basé sur quoi? C’est du vent. Et à la fin des entreprises se font dire qu’elles ne sont pas assez rentables et que leur viabilité est trop dangereuse pour qu’on leur donne un financement.»

Autre bogue pointé du doigt par les entrepreneurs, la paperasse nécessaire à l’ouverture d’un dossier à l’AERAM. Oui, le formulaire à remplir ne comporte que cinq pages. Mais s’ajoute tout ce qui est afférent aux cinq pages. Par exemple, une demande au programme vient avec l’obligation de produire des prévisions budgétaires ce qui pousse souvent les gens à aller consulter un comptable ce qui leur occasionne des coûts.  «Et au bout de tout ça, les entrepreneurs n’ont aucune garantie qu’une aide leur sera accordée», a lancé M. Vincent.

La pilule ne passe pas

L’autre pilule qui ne passe pas chez les associations représentant les PME est la décision du gouvernement d’avoir annoncé qu’il cessait d’aider rétroactivement les entreprises pour les mois d’octobre, de novembre et de décembre 2020 à compter du 18 février. Plusieurs attendaient des nouvelles du gouvernement fédéral à qui elles avaient demandé la Subvention d’urgence canadienne pour le loyer (SUCL), dont les critères avaient été dévoilés à la fin du mois de novembre.

«On a été un peu trop vite sur la gâchette là-dessus», a lancé M. Meunier. «L’AERAM s’applique après les programmes fédéraux. On ne peut pas  demander les deux programmes en même temps. Et au moment de l’annonce du gouvernement provincial, bien des gens commençaient à peine à finaliser leur dossier pour l’AERAM. Plusieurs se sont fait couper l’herbe sous le pied.» 

«Il y a une prescription des mois d’octobre à décembre pour aucune raison, à part, peut-être, l’épuisement des sommes disponibles de certains fonds publics», a affirmé Pierre Thibault, président de la Nouvelle Association des bars du Québec (NABQ) et propriétaire de la Taverne Saint-Sacrement à Montréal. «Ce qui est vraiment déplorable, c’est que l’on semble dire aux entrepreneurs qui ont décidé de supporter le fardeau de la crise avant les Fêtes : «on vous pénalise et on vous empêche de demander rétroactivement l’aide à laquelle vous aviez droit pour sauver votre compagnie.» Ça ne tient pas la route. Il n’y a aucune stratégie du gouvernement autre que de vouloir fermer le coffre. Et rien de tout ça n’a jamais été écrit dans les conventions signées par le gouvernement avec les intermédiaires. J’ai relu le contrat et nulle part on ne parle de prescription pour les mois d’octobre à décembre.»

Les membres des associations des PME ont reconnu que depuis le lancement de l’AERAM, le gouvernement avait accepté d’assouplir certaines règles du programme après qu’ils aient fait des représentations auprès du ministère du Commerce et de l’Innovation. «On sent que ces critères très stricts étaient une tactique pour contingenter les demandes», a affirmé Pierre Thibault, «Chaque fois que le gouvernement est débarqué avec un programme d’aide, il y a toujours eu des conditions très strictes que l’on a contestées et qui par la suite, ont été revues souvent revues à la baisse. C’est une perte de temps.»

M. Sylvain a conclu et disant que beaucoup d’entreprises étant dans une situation difficile voudraient rouvrir. Il a ajouté que le gouvernement devrait être en mesure de les écouter et d’adapter ses programmes pour répondre à leurs besoins. «Le fédéral a été en mesure de le faire, je ne vous pas pourquoi le gouvernement du Québec ne le ferait pas non plus».