Martine Hébert, de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, estime que les entreprises devront hausser les prix ou couper des heures travaillées pour encaisser les nouvelles normes du travail proposées.

Les PME feront les frais des «cadeaux» aux salariés

Ce sont les petites et moyennes entreprises qui feront les frais des «cadeaux» accordés aux employés dans le projet de loi sur les normes du travail. Elles espèrent que le gouvernement les compensera dans le prochain budget pour cette nouvelle facture qui s’ajoute sur la pile.

Le projet de loi est «moins pire que ce qui avait été initialement prévu», note d’entrée de jeu Martine Hébert, vice-présidente principale à la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI). Le gouvernement Couillard avait soumis différentes hypothèses concernant les vacances, dont l’ajout d’une troisième semaine de congé après un an.

Parmi les mesures proposées, notons entre autres que les salariés pourront obtenir une troisième semaine de vacances après trois ans de service chez le même employeur. Deux des 10 congés sans solde autorisés pour maladie ou obligation familiale devront être rémunérés. Une facture estimée entre 610 et 695 millions $ pour les entreprises, selon le gouvernement.

Mme Hébert note que ce sont, en proportion, les plus petites entreprises qui devront assumer la plus grande partie de ces coûts, puisque leurs conditions de travail sont souvent plus près de celles qui sont dans les normes minimales.

«Ça crée une pression à la hausse sur l’ensemble des conditions dans les plus petites entreprises. Une maison, si vous relevez la fondation, tous les étages du haut suivent», illustre-t-elle. Elle ajoute que, si ces mesures semblent sensées prises individuellement et sont «sexy politiquement», c’est surtout l’accumulation qui pose problème aux PME.

Salaire minimum 

«Il faut se rappeler qu’il y a l’augmentation du salaire minimum de 6,7 % [12 $ au lieu de 11,25 $] à compter du 1er mai qui va rajouter un fardeau et une pression à la hausse sur l’ensemble des salaires des petites entreprises. Il faut rajouter à ça aussi l’augmentation des cotisations au régime des rentes du Québec et là, demain [jeudi], on nous annonce qu’on va déposer un projet de loi qui va bonifier le Régime québécois d’assurance parentale, qui est aussi payé à 60 % par les employeurs. Ça commence à faire beaucoup de factures qui s’additionnent», fait valoir Mme Hébert.

Fournir les horaires au moins cinq jours à l’avance pourrait aussi causer tout un casse-tête pour les entreprises. «Dans un restaurant, tu ne peux pas prédire à l’avance combien tu vas avoir de réservations», donne-t-elle en exemple. La FCEI fera valoir son point de vue en commission parlementaire et ose espérer que certains aménagements seront possibles.

La vice-présidente de la FCEI ajoute qu’il ne faut pas croire qu’il n’y aura pas de conséquences. Les entrepreneurs vont hausser leurs prix, couper dans les heures travaillées ou reporter des projets. Ajoutant que les PME québécoises sont déjà les plus taxées à l’échelle canadienne, elle a dit souhaiter que le gouvernement offre une compensation suffisante pour absorber une bonne partie des coûts imposés par ces mesures. 

La FCEI a tout de même salué la nouvelle norme proposée qui permettrait l’étalement des heures, une demande des employeurs. Ainsi, un employé qui ferait 50 heures dans une semaine, mais 20 dans l’autre, pourrait voir ses heures réparties sur les deux semaines.

De son côté, l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés a accueilli de façon positive plusieurs modifications proposées dans le projet de loi, «dont celles relatives à la conciliation travail-vie personnelle et à l’encadrement des agences de placement. Toutefois, il considère que les mesures visant à contrer le harcèlement en milieu de travail auraient pu aller plus loin.»

L’Ordre juge que «plusieurs organisations ont déjà compris l’importance de la conciliation travail-vie personnelle et offrent notamment la troisième semaine de vacances après trois ans de service ou les deux jours de congé payé pour absence en raison de maladie ou d’obligations familiales.» Ces nouvelles mesures auront donc peu d’impacts.

Mardi, le Conseil du patronat avait fait valoir que les entreprises devront évaluer les répercussions et les coûts de cette réforme. «Je ne peux pas dire que c’est une bonne réforme; il n’y a rien pour les employeurs», s’est exclamé son président, Yves-Thomas Dorval.

Le syndicat FTQ ne digérait pas que l’interdiction d’avoir des régimes de retraite ou d’assurance à deux vitesses dans une entreprise ne s’applique pas aux cas existants.

«On donne une amnistie à tous les employeurs qui ont été délinquants» en leur disant «vous avez fait de la discrimination et vous pouvez continuer», avait-il dit. 

Avec La Presse canadienne