Les mesures pour protéger la baleine noire font très mal à l’industrie des croisières et à l’industrie touristique de la Gaspésie.

Les mesures pour protéger la baleine noire font mal à Escale Gaspésie

GASPÉ — L’application de la réduction de vitesse sur une partie encore plus grande du golfe Saint-Laurent afin de protéger la baleine noire portera encore un coup à Escale Gaspésie. Cet organisme d’accueil compte déjà six annulations de navires de croisières en 2019 au port de Gaspé, où l’on s’attend à des annulations supplémentaires.

En décrétant le 27 juin la réduction de la limite de vitesse à 10 nœuds même dans les deux corridors où une vitesse supérieure était autorisée, Transports Canada pourrait bien involontairement sonner le glas de 10 autres escales du CTMA Vacancier à Gaspé.

La firme CTMA a annulé cette semaine son escale de mercredi à Gaspé, et le directeur d’Escale Gaspésie, Stéphane Sainte-Croix, craint que les 10 autres arrêts prévus jusqu’en septembre soient aussi contremandés.

«Tant qu’il y avait des corridors dans lesquels les navires pouvaient circuler à une vitesse normale, les compagnies pouvaient inclure dans leur horaire une distance où la navigation serait limitée à 10 nœuds. Si la vitesse de 10 nœuds est appliquée dans un cadre local élargi, on remet le compteur à zéro», explique M. Sainte-Croix.

Marge de manœuvre

Les deux corridors dans lesquels les navires pouvaient naviguer à plus de 10 nœuds étaient situés au nord et au sud de l’île d’Anticosti. Les navires n’étaient contraints à réduire leur vitesse que sur une distance relativement limitée à l’approche de Gaspé.

Cette marge de manœuvre n’existe probablement plus pour le CTMA Vacancier, qui relie Montréal aux Îles-de-la-Madeleine à raison d’un aller-retour par semaine, avec un arrêt à Gaspé à l’aller.

«En août 2017, quand Transports Canada avait imposé la limite de vitesse de 10 nœuds la première fois, la CTMA avait annulé le reste de ses escales à Gaspé pour la saison», souligne M. Sainte-Croix.

L’instauration de corridors d’exception au sud et au nord d’Anticosti avait facilité la planification de l’horaire de la CTMA en 2018.

L’arrêt à Gaspé dure sept heures quand le CTMA Vacancier s’y rend, et presque tous les passagers descendent, le tiers pour des visites guidées entre le Parc Forillon et Percé, et les autres au centre-ville de Gaspé.

Un impact financier majeur

Stéphane Sainte-Croix craint qu’au cours des prochains jours, les compagnies de croisières internationales annulent des arrêts. Entre le 29 avril et le 19 octobre, Escale Gaspésie attendait, lors de sa planification de mars, 35 escales porteuses de 21 330 passagers, dont 24 escales de navires internationaux. Cinq de ces 24 arrêts ont été annulés depuis le printemps.

«Je m’attends à des discussions […]. L’information est rendue dans les bureaux de planification des compagnies de croisières. Je m’attends à des plages horaires modifiées, à des annulations», note-t-il.

En 2017, l’imposition de la limite de vitesse de 10 nœuds sur une grande partie du golfe avait fait très mal à Escale Gaspésie. Quinze arrêts sur 47 avaient été annulés, et ces annulations avaient touché les plus gros navires, puisque 24 303 passagers ne s’étaient pas rendus à Gaspé, sur un potentiel de 43 233. Le fameux Queen Mary 2 était du nombre des absents, après une escale mémorable en octobre 2016.

«Il y a des contraintes incontournables, comme le ravitaillement à Montréal et à Québec. C’est particulièrement vrai pour les gros navires. Quand la marge de manœuvre disparaît, ce sont les escales qui mangent la claque», précise M. Sainte-Croix.

En 2017, si Escale Gaspésie avait pu bénéficier des 47 escales prévues initialement, «nous aurions atteint l’autofinancement. Gaspé et les environs ont perdu 2 millions $ en retombées directes et indirectes, et Escale Gaspésie a perdu 175 000 $ de revenus. En 2018, les escales perdues ont créé un manque à gagner de 1 million $ en retombées, et de 100 000 $ pour Escale Gaspésie», précise-t-il.

En 2018, neuf navires ont annulé leur escale à Gaspé. Ils transportaient 17 594 personnes. Les 36 navires ayant fait escale ont transporté 23 080 personnes.

Escale Gaspésie développe conséquemment une spécialité avec des navires un peu plus modestes et avec des compagnies promouvant des thèmes de visite donnant plus de flexibilité aux horaires. On n’abandonne pas les grands navires pour autant.

«On ne peut être contre ça, la protection des baleines noires. C’est triste, ce qui arrive. D’un point de vue affaires, ça fait mal», conclut M. Sainte-Croix.

Six baleines ont péri depuis le début de juin dans le golfe Saint-Laurent. Trois de ces six décès, et peut-être un quatrième, sont assurément compatibles avec un choc provoqué par une collision avec un navire. Il reste environ 400 baleines noires dans le monde, toutes sur la côte est de l’Atlantique nord. Les résultats de quatre nécropsies pratiquées sur autant de carcasses ne seront disponibles que dans quelques semaines.