Les deux copropriétaires d'Atelier Ëdele, Hélène Bagirishya et Joëlle Boutin

Les jeunes entrepreneurs et la peur de l'échec

«La peur de l'échec, je l'ai», confie Joëlle Boutin, copropriétaire avec Hélène Bagirishya d'une jeune entreprise, Atelier Ëdele, qui conçoit des ensembles de literie artistiques pour bébés et enfants en coton biologique.
«Subir un échec en affaires, c'est une possibilité. Et si ça devait arriver, eh bien, je me relèverai!» précise-t-elle. «Le risque, ça fait partie du quotidien d'un entrepreneur. Il faut savoir le gérer et transformer la peur d'échouer en énergie positive», renchérit Hélène Bagirishya.
Atelier Ëdele a été mise sur les rails en octobre 2012. Le lancement de ses produits, principalement en ligne, a débuté l'automne dernier. Les premières ventes ont permis de faire diminuer le taux de nervosité des deux jeunes femmes qui n'ont pas un profil d'entrepreneur. Joëlle Boutin a été pilote d'avion et analyste en développement durable. Hélène Bagirishya est sociologue.
«Au départ, la pression est forte sur nos épaules. Tu n'as pas de vente. Tu n'as pas de salaire. Les dettes, elles, s'accumulent. Oui, c'est stressant, mais, en même temps, c'est extrêmement excitant», insiste Joëlle Boutin qui est aussi maman de deux enfants.
Des jeunes comme Joëlle Boutin et Hélène Bagirishya - elles ont respectivement 34 et 32 ans -, il y en a de plus en plus qui ont le goût de démarrer leur entreprise. Ceux et celles qui passent à l'action, par contre, peinent à garder leur entreprise en vie.
Les jeunes plus fougueux
Tel est l'un des constats émanant de la plus vaste enquête menée à travers le monde sur l'activité entrepreneuriale.
Cette semaine, à l'occasion d'une activité de réseautage organisée à l'Université Laval par la Fondation canadienne des jeunes entrepreneurs, Étienne St-Jean, qui est le responsable québécois de cette recherche - Global Entrepreneurship Monitor - au Canada, a levé le voile sur quelques éléments du rapport d'enquête qui sera publié en avril. Des entrepreneurs provenant de plus de 70 pays ont participé à ce sondage.
«Au Québec, les intentions d'entreprendre des 18 à 35 ans - c'est-à-dire les jeunes qui ont le goût de démarrer des entreprises et qui veulent le faire dans les trois prochaines années - sont très grandes comparativement à leurs aînés québécois de 35 à 64 ans et aux jeunes du reste du Canada», rend compte M. St-Jean qui est aussi titulaire de la Chaire de recherche sur la carrière entrepreneuriale à l'Université du Québec à Trois-Rivières.
Par contre, ils sont trop peu nombreux les jeunes Québécois qui parviennent à conduire leur entreprise au-delà d'une période de plus de trois ans et demi. La plupart du temps, ils finissent par mettre la clé sous la porte.
«Nous accusons, à ce chapitre, un retard important par rapport au reste du Canada», témoigne Étienne St-Jean. Dans les faits, les 18 à 35 ans composent à peine 1 % des entrepreneurs qui sont à la tête de compagnies dites établies, c'est-à-dire qui tiennent encore sur leurs deux pattes trois ans et demi après leur fondation.
Plusieurs raisons expliquent cette réalité. M. St-Jean en avance quelques-unes.
«Les gens ont souvent tendance à démarrer des entreprises qui ne se démarquent pas de la concurrence. Ils voient un bistro qui marche bien et ils vont en ouvrir un de l'autre côté de la rue. Aussi, les entreprises naissantes n'ont souvent pas de visées de croissance, elles ne penseront pas suffisamment à l'internationalisation de leur marché ou elles ne développeront pas un contenu technologique qui leur permettra de se différencier. Il arrive aussi parfois que le projet de création d'entreprise n'ait pas été suffisamment mûri.»
L'étude permet également de mesurer les perceptions liées à l'entrepreneuriat.
«Le Québec est l'endroit au Canada et dans le monde où l'on estime que nous sommes les moins bons pour devenir des entrepreneurs. Nous avons aussi plus peur de l'échec qu'ailleurs au Canada. C'est sans doute lié au fait que nous nous trouvons moins compétents que les autres pour mettre au monde des entreprises», conclut Étienne St-Jean en mentionnant que l'entrepreneuriat féminin se portait de mieux en mieux. «Sur cinq personnes qui démarrent une entreprise aujourd'hui, deux sont des femmes. Jadis, les deux tiers des gens qui mettaient au monde des entreprises étaient des hommes.»
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Pas de frontière pour Atelier Ëdele
Il n'y a pas l'ombre d'un doute dans la tête de Joëlle Boutin et d'Hélène Bagirishya : il n'y aura pas de frontière pour Atelier Ëdele!
«Nous visons le marché américain», affirme Joëlle Boutin.
Et c'est par l'entremise de sa boutique en ligne et d'une présence assidue sur les réseaux sociaux et les blogues qu'elles veulent faire connaître leur produit.
«Nous livrons gratuitement partout en Amérique du Nord. Nous pouvons aussi envoyer un échantillon de nos tissus. Et si les consommateurs sont insatisfaits de leur achat, ils peuvent nous retourner le produit. Nous les rembourserons et nous paierons même les frais de livraison de retour», fait remarquer Mme Boutin en soulignant que l'entreprise cherchera également à se positionner dans certaines boutiques spécialisées.
Atelier Ëdele fabrique ses ensembles de literie principalement au Québec et fait appel à des artistes d'ici pour illustrer ses collections.
Des consommatrices un brin frustrées
Ni l'une ni l'autre des copropriétaires n'est couturière. Elles se décrivent plutôt comme des consommatrices un brin frustrées qui n'arrivaient jamais à trouver dans les magasins des ensembles de literie à leur goût.
Puis un jour, elles ont décidé de se lancer en affaires. Elles ont suivi des cours en lancement d'entreprise. Elles ont profité de l'accompagnement de la Société de développement économique de Lévis et d'un mentor. «Nous cherchions quelqu'un qui serait en mesure de nous pousser et de nous faire profiter de son sens des affaires pour nous aider à voir venir les choses. Et nous l'avons trouvé!» pousse Mme Bagirishya.
«Côté financement, c'est bien simple, nous n'avions pas une cenne!», signale Joëlle Boutin. «Il a fallu, évidemment, mettre un peu d'argent sur la table au départ. Nous nous sommes attardés à aller puiser auprès de toutes les sources de financement disponibles.»
Bonnes vendeuses, les deux jeunes femmes avouent ne s'être jamais fait fermer la porte au nez par les financiers, et ce, même si elles devaient «affronter» parfois des panels d'hommes sérieux et austères et les convaincre d'investir dans les douillettes, les draps et les petits coussins pour les bébés et les enfants de 3 à 10 ans!