Il n’y a pas si longtemps, Sani-Métal faisait travailler 210 personnes à Québec et à Lévis. Aujourd’hui, ce nombre a chuté à 175.

Les industriels veulent plus d'immigrants

Un gel de l’immigration? Une baisse du nombre de nouveaux arrivants au Québec? La Corporation des parcs industriels de Québec (CPIQ) jette à la poubelle ces deux scénarios.

«C’est simple, nous avons besoin davantage d’immigrants», tranche Pierre Dolbec, le président du conseil d’administration de l’association qui regroupe 3100 entreprises situées dans les 26 zones et parcs industriels de la région de Québec.

«Moi, je ne suis pas ici pour faire de la politique, seulement pour présenter les revendications en faveur de nos industriels», a répondu M. Dolbec lorsqu’une journaliste lui a demandé s’il voulait ainsi répliquer aux promesses de la Coalition avenir Québec (CAQ) de fermer le robinet de l’immigration en abaissant le seuil de 50 000 à 40 000 par année. «La couleur du prochain gouvernement, ça ne me dérange pas.»

Entouré d’une vingtaine d’entrepreneurs, Pierre Dolbec a dressé, lundi, la liste d’épicerie des compagnies installées dans les zones et les parcs industriels de la région de la capitale et qui font travailler près de 54 000 personnes.

Une sorte de démonstration de force à moins d’une semaine du scrutin.

Les industriels réclament plus d’investissements en matière de formation de la main-d’oeuvre pour permettre aux travailleurs d’occuper des emplois qui sont de plus en plus spécialisés.

Ils revendiquent également plus de places en service de garde.

«Si nous voulons être plus attractifs auprès des parents de jeunes familles, nous devons être en mesure de leur offrir des services pour le gardiennage des enfants», insiste M. Dolbec. «Dans les zones et les parcs industriels, ce n’est pas pareil comme ailleurs. Il y a des quarts de travail de soir, de nuit et de fin de semaine. Dans au moins une dizaine de parcs, il y a un besoin d’un service de garde adapté aux besoins particuliers de la main-d’oeuvre.»

Le transport fait aussi partie de la liste d’épicerie des industriels. Ils souhaitent notamment une meilleure desserte avec les cégeps et les universités de la région. «Les partis politiques ont pris des engagements en matière de transport dans la région. Nous nous ferons un devoir de nous assurer que les promesses seront tenues afin d’améliorer la fluidité du transport des personnes et de marchandises.»

«Droit dans le mur»

Le président du conseil d’administration de la Corporation des parcs industriels de Québec, qui est aussi président de Dolbec International et maire de Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier, a insisté sur le problème «criant» du manque de main-d’oeuvre. «On s’en va directement dans le mur et, je le répète, on a besoin d’encore plus d’immigrants.»

Pierre Dolbec demande même que les dossiers de l’emploi et de l’immigration relèvent directement de la responsabilité du premier ministre dans le prochain gouvernement.

Il propose notamment de simplifier les procédures d’immigration à la fois pour les entreprises et pour les nouveaux arrivants. «Actuellement, c’est long et c’est pénible pour tout le monde. Soit que l’employeur capitule ou bien que l’immigrant rende les armes à bout de patience. Ça n’a pas d’allure.»

Et pour faciliter l’intégration des nouveaux arrivants, il faut ouvrir les coffres et financer adéquatement les organismes communautaires qui épaulent les entreprises dans l’accueil de leurs nouveaux salariés venus des quatre coins de la planète.

L’autre solution «concrète» à la rareté de main-d’oeuvre, c’est le recours aux travailleurs expérimentés.

«Ça doit faire une bonne dizaine d’années que j’entends les politiciens promettre de changer l’environnement fiscal pour favoriser le retour au travail des retraités ou encore reporter leur départ à la retraite. De grâce, agissez!», réclame Pierre Dolbec.

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LA RARETÉ FAIT MAL

«C’est simple, nous avons besoin davantage d’immigrants», tranche Pierre Dolbec, le président du conseil d’administration la Corporation des parcs industriels de Québec.

Il n’y a pas si longtemps, Sani-Métal (SML) faisait travailler 210 personnes à Québec et à Lévis. Aujourd’hui, ce nombre a chuté à 175.

On s’activait 128 heures par semaine. C’est maintenant 96 heures.

«Nous avons mis fin au quart de travail la fin de semaine et il y a la moitié moins de monde au boulot le soir», explique le propriétaire de l’entreprise spécialisée dans la transformation de l’acier inoxydable, Michel Pelletier.

«Nous sommes rendus plus sélectifs dans l’acceptation de nouvelles commandes, car nous ne sommes tout simplement plus capables de répondre à la demande.»

Les effets de la rareté de main-d’œuvre font mal à cette entreprise qui a trouvé une niche dans le marché mondial hautement spécialisé des cuves de vinification.

Nommez un métier ou une profession et Michel Pelletier vous dira qu’il cherche des candidats, mais n’en trouve pas.

C’est le cas, notamment, des soudeurs, des machinistes, des estimateurs et des développeurs.

«C’est bien beau d’entrer des robots dans nos usines, encore faut-il des gens pour les programmer», fait-il remarquer en signalant qu’il faisait de plus en plus appel à des travailleurs étrangers.

«Au sein de mon organisation, j’ai des postes qui sont vacants depuis 6 ou 12 mois, car je n’arrive pas à trouver de la relève», explique-t-il en soulignant que malgré la rareté de personnel, il se devait de prendre soin de son monde.

Par exemple, SML permet à ses employés les plus âgés de réduire leur semaine de travail de cinq à quatre jours.

«Traiter aux petits oignons»

Le recrutement international n’a plus de secret pour LGS, une société qui offre des services de consultation dans le secteur des technologies de l’information.

«Si nous ne recrutons pas à l’étranger, nous allons perdre des millions et des millions de dollars de contrat auprès de nos clients», explique Cathie Langevin, directrice du développement des affaires.

Au cours des dernières années, l’entreprise a fait le tour de la planète pour trouver les perles rares. Pas moins de 200 de ses 540 employés sont issus de l’immigration.

«La ville de Québec fait tourner les têtes à l’étranger», indique-t-elle. «Les gens ne viennent pas ici pour repartir pour Montréal ou ailleurs par la suite. Ils restent ici», explique Cathie Langevin en signalant que LGS se faisait un devoir de «traiter aux petits soins» ses travailleurs étrangers. Pas seulement au niveau professionnel, mais dans leur vie de tous les jours.

«Ce n’est pas vrai que les immigrants ne restent pas à Québec», insiste Pierre Dolbec, président du conseil d’administration de la Corporation des parcs industriels de Québec. 

«Oui, j’en ai perdu quelques-uns au cours des dernières années, mais c’était parce que d’autres employeurs de la région étaient venus me les débaucher!»