Vue sur la ville de Québec et le fleuve Saint-Laurent

Les immigrants nécessaires à l'élan économique de Québec

Une menace guette la performance économique enviable de Québec. La croissance anémique de sa population. Et, surtout, un taux d’immigration famélique.

Derrière le micro, l’économiste Mario Lefebvre défile la liste des indicateurs économiques tournant au vert dans la région de Québec qui, «petit train va loin», connaît, depuis une décennie, une croissance annuelle constante de 2 % de son produit intérieur brut.

Et cette liste, elle est longue: création de dizaines de milliers d’emplois au cours de la dernière décennie, taux de chômage le plus bas au pays, plus d’argent dans les poches des consommateurs en raison d’une croissance de 3,5 % par année du revenu disponible après impôt.

Toutefois, il y a un «éléphant dans la pièce», lance-t-il aux 500 participants au Sommet immobilier de Québec qui se tenait mercredi au Centre des congrès de Québec. Des participants venus d’un peu partout au Canada pour essayer de comprendre ce qui se passe dans la capitale québécoise.

«D’année en année, le taux d’immigration à Québec demeure excessivement bas.»

Le conférencier qui, dans la vie de tous les jours, est vice-président Recherche, Marchés immobiliers mondiaux chez Ivanhoé Cambridge, insiste à plusieurs reprises sur l’adverbe «excessivement».

«Québec a une population vieillissante. C’est le cas également des autres régions métropolitaines au pays», a indiqué Mario Lefebvre.

Contrairement aux autres grandes villes canadiennes, Québec n’attire pas les immigrants. Du moins, pas suffisamment pour contrer le vieillissement de sa population.

«Au Canada, la part de la population née à l’étranger est de 22 %. À Québec, ce pourcentage n’est qu’à peine de 6 %», a-t-il communiqué.

«Et ce n’est pas en décidant, ce soir, de commencer à faire des bébés pour le bien de la nation que la situation va changer. Il est trop tard pour ça. Ça va prendre 25 ans avant que les nouveau-nés arrivent sur le marché du travail.»

Pas de main-d’oeuvre, pas de développement économique

Pour Mario Lefebvre, le développement économique passe par la disponibilité de la main-d’oeuvre.

«À une époque, il suffisait d’ouvrir une usine n’importe où et la main-d’oeuvre suivait. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les entreprises s’implantent là où il y a des bras et des cerveaux. Québec a bien beau être une belle ville, s’il n’y a pas de main-d’oeuvre en quantité suffisante, les entreprises iront établir leurs pénates ailleurs», a martelé le conférencier en répétant qu’il n’y avait de «potion magique» pour corriger les phénomènes de dénatalité et de vieillissement. La région de Québec doit ouvrir ses portes aux immigrants.

D’ailleurs, il ne manque pas de souligner que les travailleurs venus de l’étranger se trouvent plus facilement du boulot à Québec qu’ailleurs au pays. En effet, le taux de chômage des immigrants arrivés à Québec entre 2011 et 2016 est de 10,1 %. Il est de 11,9 % pour l’ensemble du pays. «Ça démontre que l’intégration des travailleurs étrangers se fait à Québec. Une réalité qui est susceptible d’en attirer d’autres.» 

 Pour l’économiste, la solution ne passe pas exclusivement par l’intervention des gouvernements.

À cet égard, il a cité le cas de Winnipeg, une ville qui peinait, elle aussi, à attirer des immigrants.

«Winnipeg a pris le taureau par les cornes et a encouragé ses citoyens qui sont issus de l’immigration à utiliser leurs réseaux de contacts à travers le monde pour faire la promotion de leur communauté d’adoption. Le résultat a été concluant. Aujourd’hui, la population à Winnipeg croît plus rapidement que la moyenne nationale.

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PAS DE PÉNURIE D'ESPACES DE BUREAUX À L'HORIZON

Locaux d'ABB dans l'Espace d'innovation Michelet

C’est le constat fait par Marie-France Benoit et Alain Roy du Groupe Altus qui ont posé, mercredi, un diagnostic du marché immobilier régional à l’occasion du Sommet de l’immobilier de Québec.

L’heure est à la rationalisation des espaces et à la densification dans les ministères et organismes du gouvernement du Québec et les compagnies d’assurances, a fait remarquer Alain Roy.

De plus, de nombreuses entreprises technologiques ont profité de la terminaison de leur bail avec leur locateur pour s’installer dans un immeuble leur appartenant. C’est le cas d’Olympus et, bientôt, d’Eddyfi qui ont choisi l’Espace d’innovation Michelet pour poursuivre leur expansion.

Creaform et ABB, pour leur part, ont délaissé leurs locaux sur la rue Saint-Georges à Lévis et dans le Parc technologique du Québec métropolitain pour loger dans des immeubles neufs appartenant au Groupe commercial AMT dans l’Innoparc à Lévis et dans l’Espace d’innovation Michelet.

«Et ce n’est pas terminé», a précisé Mme Benoit en mentionnant que Medicago (Espace d’innovation D’Estimauville) et Endoceutics (L’Ancienne-Lorette) établiront bientôt leurs pénates dans des immeubles conçus pour leurs propres besoins.

Pour ce qui est du secteur industriel plus traditionnel, par contre, l’espace est rarissime.

Une étude de la firme CAPREA établit le taux de vacance à 2,4 %. «Il n’y a pas de terrain disponible pour construire», a résumé Mme Benoit en mentionnant que les villes de Québec et de Lévis s’affairaient à dénicher des espaces pour répondre aux besoins des entreprises.

Dans le secteur commercial, la fermeture des magasins Sears a laissé 650 000 pieds carrés disponibles.

Un survol de la situation dans les quartiers de Québec montre que l’offre d’espaces de bureaux dans Lebourgneuf s’est accrue en raison de nouvelles constructions réalisées ces dernières années. Le déplacement des locataires de la colline Parlementaire vers le boulevard Laurier se poursuit. Dans ce secteur de la capitale, le marché s’est équilibré à la suite d’une courte période de pénurie en 2008 et 2009.

«Pour Saint-Roch, c’est encore difficile depuis la fin du programme de subventions pour les entreprises technologiques. Par contre, le quartier pourrait bénéficier du projet de tramway», a soutenu Alain Roy.  

Locaux d'Olympus dans l'Espace d'innovation Michelet