Au fil des ans, Martin Malenfant a investi au moins 4 millions $ dans ses installations d’Érablière Escuminac.

Les grands honneurs pour une érablière gaspésienne

ESCUMINAC — Une firme gaspésienne, Érablière Escuminac, vient de remporter la médaille d’or nationale de l’Ordre du mérite agricole, une récompense décernée tous les cinq ans par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, en collaboration avec l’Union des producteurs agricoles.

Érablière Escuminac devient la première entreprise acéricole à mériter cette distinction. Fondée en 1998, la firme se spécialise dans la production de sirop d’érable certifié biologique et sa direction réalise l’ensemble de sa mise en marché de façon autonome. En 21 ans d’existence, la famille Malenfant a investi au moins 4 millions $ dans l’entreprise.

Érablière Escuminac n’est que la deuxième entreprise gaspésienne en 130 ans d’histoire d’Ordre du mérite agricole à gagner la médaille d’or nationale, 60 ans après une récompense similaire décernée à la ferme Dugas, de Nouvelle.

Le président d’Érablière Escuminac, Martin Malenfant, précise que la firme avait terminé en première position régionale et en deuxième position nationale il y a 10 ans pour la médaille de bronze, en soumettant son premier dossier, puis au deuxième rang régional il y a cinq ans, pour la médaille d’argent, sans se classer à l’échelle nationale.

Étonnement

«Cette année, on était inscrit à l’or. Lors de l’annonce, ils ont nommé les troisièmes et ce n’était pas nous. Ils ont nommé les deuxièmes et on s’est dit que ce ne serait pas nous cette année. Quand ils ont annoncé notre première place, on était vraiment surpris, surtout que ça arrive après notre plus petite année de production à vie, à 300 000 livres, au lieu d’une moyenne de 330 000 livres», précise Martin Malenfant.

Il aurait facilement pu manquer cette occasion d’affaires si, à l’automne 1998, il était passé quelques jours plus tôt ou plus tard en allant livrer des équipements acéricoles à un client du Nouveau-Brunswick, alors qu’il vivait à Sainte-Rita, au Bas-Saint-Laurent.

«Je passais de l’autre côté de la baie des Chaleurs et je voyais les beaux flancs de montagnes rouges. “Il y a de l’érable là-dedans”. Au Bas-Saint-Laurent, les belles érablières étaient déjà exploitées», dit-il.

Il a appris peu après qu’une part appréciable des forêts d’érable d’Escuminac étaient situées en terres publiques. Il a obtenu un bail d’exploitation de 65 000 entailles du ministère des Ressources naturelles, puis il s’est installé, d’abord avec un associé gaspésien, de qui il a racheté plus tard les actions.

«On a commencé la production avec 60 000 entailles au début. C’était en 2000. On a 65 000 entailles maintenant. Les quotas du gouvernement ont été imposés en 2004. On exploite 350 hectares d’un potentiel de 700. Je pourrais doubler la production facilement, mais les quotas nous empêchent pour le moment», précise M. Malenfant.

Vente en ligne

Cette limite de production pourrait changer dans un avenir prévisible, même si l’État québécois n’ajuste pas les quotas. C’est que depuis 2013, Érablière Escuminac réalise sa propre mise en marché, en visant essentiellement la vente en ligne, et à des particuliers, plutôt que de vendre des lots en vrac à la Fédération des producteurs acéricoles.

«La vente en ligne n’est pas contingentée. C’est considéré comme la vente au consommateur. Mais ce n’est pas facile. Développer une image de marque, comme on a décidé de faire en 2013, c’est cinq ans. Il faut que tu piges dans tes poches, mais c’était ma décision», note M. Malenfant.

C’est effectivement plus difficile de vendre du sirop en petits contenants de table qu’en barils, mais c’est plus rentable aussi. La firme vend notamment des produits cadeaux de luxe et des petites bouteilles aussi petites que 50 millilitres. Elle a aussi développé un sirop de merisier dont les ventes augmentent constamment.

Martin Malenfant exportait depuis le milieu des années 2000 quand il présidait l’association Gaspésie Maple et il a continué d’y arriver en optant pour l’autonomie il y a six ans.

«On exporte aux États-Unis, en Angleterre, en Espagne, en France, en Italie, en fait dans les plus gros marchés d’Europe. On touche aussi l’Autriche et la Belgique. On vend aussi en Australie, en Nouvelle-Zélande et on a un client en Corée du Sud. On va vendre au Japon dans les prochains mois, en ligne, et on a envoyé une palette-test en Chine», explique M. Malenfant.

Si ces marchés débloquent comme il le pense, Érablière Escuminac pourra alors postuler et obtenir un second bail d’exploitation du bloc forestier adjacent à celui que la firme gère déjà.

«Il y a des choses intéressantes à venir. Il y a du potentiel pour 75 000 entailles de plus […] J’achète déjà du sirop bio d’autres érablières comme Harold Baker à Grande-Rivière, environ 200 000 livres. J’approche de l’âge de la retraite, mais je vais faire un bout encore. Il faut aussi que je décide avec Jason [son fils, intégré à l’entreprise] comment on va organiser la suite», conclut Martin Malenfant.

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PARTICULARITÉS RÉGIONALES

ESCUMINAC — Le bassin d’entreprises dans lequel évoluent la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine en ce qui a trait à l’Ordre national du mérite agricole comprend aussi le Bas-Saint-Laurent, l’Abitibi-Témiscamingue, le Saguenay-Lac-Saint-Jean et la Côte-Nord, des régions caractérisées par des tailles de fermes un peu plus modestes que celles du reste du Québec. En acériculture toutefois, la taille des entreprises gaspésiennes est plus grande que la moyenne québécoise. «En Gaspésie, nous avons un plus grand nombre d’entailles par entreprise. Nous n’avons pas beaucoup d’entreprises, mais il y a encore beaucoup de potentiel inexploité. Les quotas limitent la croissance, excepté si les nouvelles entreprises choisissent la vente directe au consommateur, ce qui n’est pas facile», souligne Martin Malenfant, président d’Érablière Escuminac. Gilles Gagné (collaboration spéciale)