Dans l’entrepôt de Gibiers Canabec, un employé du Groupe TAQ s’affaire à préparer les commandes d’échantillons de saucisses qui seront livrés aux goûteurs.

Les goûteurs à domicile passent à table

Branle-bas de combat dans l’entrepôt réfrigéré de Gibiers Canabec à Saint-Augustin-de-Desmaures. Des employés du Groupe TAQ, une entreprise de Québec spécialisée en préparation postale, déposent des échantillons de saucisses dans des boîtes de carton.

Une journée plus tard, Isabelle Saillant ouvre sa boîte à surprises. 

Elle y découvre des cubes de poulet, des fromages coupés en portion individuelle, des rillettes de canard confit et trois paquets contenant deux saucisses au sanglier, gouda et sauce aux poivres et au porc et canard confit.

«Ça s’annonce bien», lance Mme Saillant en commençant à consulter les informations sur la préparation des petits plats et les questionnaires qui vont lui permettre d’en faire une évaluation rigoureuse. 

Isabelle Saillant fait partie de la première cuvée de goûteurs à domicile recrutés par huit entreprises du secteur de la transformation alimentaire de la région de Québec dans le cadre d’un projet pilote. Parmi elles, Gibiers Canabec, La Maison Orphée et Fruit d’Or.

Les cinq autres transformateurs préfèrent demeurer dans l’ombre pour le moment. Histoire de ne pas influencer l’opinion des goûteurs.

Depuis une quinzaine de jours, plus de 200 consommateurs ciblés provenant des quatre coins du Québec ont reçu à la maison leur boîte contenant des saucisses, des mayonnaises, des charcuteries, du poulet, du fromage ou des collations santé. Chaque envoi contient au moins quatre produits différents d’un ou de plusieurs transformateurs.

Évidemment, la «tâche» des goûteurs est de déguster les nouvelles trouvailles culinaires et de donner leur avis à partir de questionnaires fort détaillés.

«Nous ne cherchons pas seulement à savoir s’ils ont aimé ou pas le goût du produit et s’ils l’achèteront au moment où il se retrouvera sur les tablettes des supermarchés, mais s’ils ont apprécié sa composition ou encore s’ils ont mis beaucoup de temps à le préparer avant de le manger», explique Daniel Leblanc, le cofondateur et président d’Inbe, une plateforme de validation de marché qui permet aux entreprises de valider des produits ou des concepts publicitaires grâce à un accès direct à des consommateurs. Dans la Belle Province, Inbe rejoint une communauté de consommateurs s’approchant de près de 5000 personnes.

Au besoin, Inbe a recours à un réseau de blogueurs affiliés à travers l’Amérique du Nord. 

La jeune entreprise de Québec a collaboré avec les transformateurs alimentaires, le créneau d’excellence Aliments santé et Québec International pour établir le profil des goûteurs recherchés et pour la préparation des questionnaires. Inbe a également développé une plateforme de collecte de données afin de maximiser la fiabilité et l’utilité des commentaires exprimés par les goûteurs.

***

«Les gens tripent à l’idée de goûter de nouveaux produits»

Trois jours après l’envoi des premiers échantillons de saucisses à 110 goûteurs à domicile, Sophie Desforges constatait que le taux de réponse de ces derniers affichait déjà 80 %.

«C’est un pourcentage très satisfaisant», juge la responsable de la recherche et développement et du contrôle de la qualité chez Gibiers Canabec. «Nous en demandons beaucoup à nos goûteurs. Ils sont généreux de leur temps. Ils doivent cuisiner le produit et répondre à des questions. Et ils ne reçoivent aucune rémunération pour ça», précise Sophie Desforges. «En même temps, je sais que les gens tripent à l’idée de goûter de nouveaux produits.»

En effet, la directrice du créneau d’excellence Aliments santé chez Québec International, Sandra Hardy, mentionne que de nombreux consommateurs sont allés cogner à sa porte après que Le Soleil eut fait part du projet collaboratif à ses lecteurs, en mai dernier. 

En passant, petite précision, seuls les gens inscrits à la communauté de consommateurs d’Inbe (www.inbe.ca) ont la chance de devenir goûteurs à domicile.

De nouveaux produits, Gibiers Canabec en concocte beaucoup. Pour les tester avant d’en faire la commercialisation, le transformateur a l’habitude de regrouper une cinquantaine de volontaires parmi ses employés et des connaissances de ces derniers. «Toute la logistique entourant la livraison des échantillons est complexe», explique Sophie Desforges. 

Cette responsabilité, dans le cadre du projet pilote, est l’apanage du Groupe TAQ, un spécialiste en la matière.

«De plus, je vais pouvoir bénéficier de l’expertise d’Inbe pour l’interprétation fine des résultats obtenus auprès des goûteurs», ajoute-t-elle.

Selon le président d’Inbe, Daniel Leblanc, 85 % des produits développés dans le secteur alimentaire s’avèrent des échecs. Ils sont retirés des tablettes après un an.

«Il s’agit d’un secteur extrêmement compétitif. Le cycle d’innovation étant ultra rapide, l’entreprise, bien souvent, ne prend pas toujours le temps nécessaire pour effectuer toutes les études de marché et ainsi s’assurer qu’elle investit dans le bon produit. De là l’importance de consulter les consommateurs en amont. Une façon de réduire les risques d’échec. Les technologies de l’information permettent, aujourd’hui, de démocratiser l’accès à l’opinion des consommateurs», affirme le président d’Inbe.

Dans la région de Québec, l’industrie de la transformation alimentaire regroupe 160 entreprises qui font travailler 6750 personnes et dont le chiffre d’affaires annuel dépasse 1,3 milliard $.